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14 mars 2026les Kurdes iraniens, un atout dans la manche de Donald Trump dans la guerre contre l’Iran?
En Irak, à la frontière avec l’Iran, des milices de Kurdes iraniens se préparent à affronter les forces armées de la République islamique. Les États-Unis voient d’un bon œil cette minorité, depuis longtemps « instrumentalisée » par les Occidentaux, dans le cadre de leur guerre menée aux côtés d’Israël contre Téhéran.
La guerre qui embrase tout le Moyen-Orient a fait un mort et six blessés parmi les soldats français déployés en Irak pour des actions de formation à la lutte contre le terrorisme. Ces soldats étaient présents dans la région d’Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien. Une région ciblée par des drones de faction pro-régime des mollahs car elle abrite des Kurdes iraniens.
Quelques milliers de combattants de cette minorité ethnique, discriminée par la République islamique, s’entraînent au maniement des armes dans les montagnes situées à la frontière avec l’Iran. Car ils n’attendent qu’une chose: la fin de la République islamique, frappée par les États-Unis et Israël. Avec l’espoir d’enfin accéder à l’autodétermination, souhaitée depuis des décennies.
Les Kurdes sont un peuple sans État principalement réparti entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. En Iran, ils représentent 10% de la population, à majorité perse, et constituent la minorité la plus importante. À l’image des Kurdes irakiens, les Kurdes iraniens qui vivent surtout dans l’ouest de l’Iran, aimeraient obtenir leur autonomie. Une volonté que Washington et l’État hébreu pourraient être tentés d’exploiter dans leur offensive contre Téhéran.
« Les Américains se sont rendus compte qu’en l’absence de troupes au sol faire tomber le régime serait particulièrement difficile. Comme ils ne sont pas prêts à envoyer eux-mêmes des troupes pour des tas de raisons liées à la politique intérieure, et au risque de voir des victimes revenir dans des corbillards aux États-Unis, ils ont eu cette idée d’instrumentaliser les Kurdes », explique à BFM Karim Emile Bitar, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste du Moyen-Orient et de la politique étrangère des États-Unis.
« Ils renouent avec une vieille tradition occidentale qui consiste à jouer sur les angoisses existentielles des minorités, d’essayer de leur promettre une certaine autonomie s’ils contribuent à faire chuter le régime », abonde l’enseignant à Sciences Po Paris.
Les Kurdes iraniens, armés par les États-Unis?
Quelques jours après le début de la guerre, Donald Trump a déclaré être « tout à fait favorable » à une offensive des combattants kurdes iraniens en Iran avant de rétropédaler et d’expliquer que « le conflit (était déjà) suffisamment compliqué ». Plusieurs médias américains ont relevé que les États-Unis comptaient armer ces milices pour susciter un soulèvement. Une information démentie par la porte-parole de la Maison Blanche.
« Les articles suggérant que le président a donné son accord pour un tel plan sont complètement faux et ne devraient pas être écrits », a déclaré Karoline Leavitt le 4 mars dernier. Elle a en revanche confirmé que le président américain avait « parlé avec des dirigeants kurdes » à propos de la base dont disposent les États-Unis dans le nord de l’Irak.
L’un des responsables du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) à l’étranger, Asso Hassan Zadeh, a affirmé à nos confrères de RFI que « des contacts et des discussions sans précédent à un niveau exceptionnel ont eu lieu entre l’administration américaine et la coalition des forces politiques kurdes du Kurdistan iranien ».
La professeure de sociologie politique à l’université de Paris-Cité et spécialiste de l’Iran, Azadeh Kian, nous assure « que les Israéliens et les Américains ont armé une partie des Kurdes iraniens afin qu’ils puissent, le jour J, attaquer l’Iran avec des armements ». En revanche, auprès de nos confrères du Monde, un commandant militaire d’un camp de combattant kurde, Rebaz Sherifi, situé à une trentaine de kilomètres d’Erbil – la capitale de la région autonome du Kurdistan – réfute avoir reçu une quelconque aide, que ce soit en matière d’armement, de logistique ou de renseignement militaire.
Une minorité ethnique militairement structurée utilisée par Washington depuis des décennies
Si en Iran les Kurdes représentent 10% de la population, ils sont la frange la plus organisée du mouvement d’opposition au régime. Et c’est pour cela que ses combattants, les peshmergas qualifiés de « terroristes » et de « séparatistes » par Téhéran, plaisent à Washington. « Les Kurdes ont une longue tradition de lutte militaire. Ils sont une organisation militaire mais aussi politique », rappelle la spécialiste Azadeh Kian.
Différents groupes kurdes iraniens basés en Irak se sont d’ailleurs unis le 22 février dernier après la répression dans le sang du mouvement de contestation. Quelques jours, donc, avant le début de l’opération américano-israélienne, devenue une guerre qui embrase tout le Moyen-Orient. « Les partis kurdes se sont réunis pour la première fois autour de la même revendication officielle – le fédéralisme pour le Kurdistan et la démocratie pour l’Iran – alors qu’il y a encore quelque temps, ils s’entretuaient », souligne Azadeh Kian qui se demande jusqu’à quand ce rassemblement va tenir.
C’est loin d’être la première fois que les États-Unis se tournent vers les Kurdes pour des actions militaires. « Ils sont utilisés avant d’être abandonnés », constate le chercheur Karim Emile Bitar. « Depuis près d’un siècle, toutes les promesses qui leur ont été faites sont restées lettres mortes ».
En 1991, par exemple, George Bush père a incité les Kurdes irakiens au soulèvement contre le dirigeant Saddam Hussein, sans les protéger de ses troupes. Plus récemment, les Kurdes de Syrie qui ont œuvré aux côtés de la coalition internationale menée par les États-Unis contre Daesh ont été lâchés après la chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024. Au début de l’année, Donald Trump a coopéré avec le nouveau gouvernement de Damas lui permettant de mener une offensive contre eux.
« Donc comment voulez-vous que les Kurdes iraniens puissent faire confiance à Trump? », s’interroge Azadeh Kian. « D’autant plus que Trump n’a pas de stratégie claire vis-à-vis de l’Iran ».
« Les informations qui nous remontent du terrain sont assez confuses: certains disent que ce sont les Kurdes iraniens qui ont demandé à Trump de les aider, alors qu’officiellement, les Kurdes disent que ce n’est pas le cas car ils ne veulent pas devenir les proxys de Trump et de Netanyahu », relève-t-elle.
Dans les médias occidentaux, des voix favorables à une aide américaine se font entendre. « Nous pensons que cette guerre va créer une opportunité pour le peuple du Kurdistan de vivre librement », a déclaré à l’AFP Kalel Kani Sanani, porte-parole du Parti pour la liberté du Kurdistan (PAK). Si les États-Unis « nous aident à renverser ou à affaiblir le régime au Kurdistan iranien et à nous protéger comme ils l’ont fait au Kurdistan irakien en 1991, nous accepterons ».
« Les Américains nous ont aidés à survivre, c’est aussi simple que cela. Certes, ils nous ont lâchés à de nombreuses reprises, mais ils sont les seuls à avoir agi en notre faveur », a relevé auprès du Monde le commandant d’une autre base de kurdes iraniens, Shorsh Hazy. « Nous sommes contents quand ils aident et, quand ils ne le font pas, on se dit qu’ils doivent avoir leurs propres intérêts ailleurs ».
Des combattants qui ne font pas le poids à ce stade face aux Gardiens de la révolution
À ce stade, les Kurdes iraniens ne sont pas assez puissants pour tenter une incursion en Iran et faire face aux appareils sécuritaires de la République islamique, dont ils attendent l’affaiblissement complet. Ils sont seulement quelques milliers à s’entraîner dans les montagnes irakiennes. Et les instruments de répression du régime restent solides malgré les attaques israélo-américaines. Des Gardiens de la révolution veillent à la frontière.
Même si les Kurdes iraniens arrivaient, imaginons, à reprendre le pouvoir sur les terres de l’ouest de l’Iran où vit leur minorité, comme ils le souhaitent, ils auraient encore du chemin à parcourir avant d’atteindre Téhéran.
« Je ne pense pas que les partis kurdes iraniens se lancent dans une telle aventure sans être sûrs que par la suite, il y aura une garantie de la protection des civils en Iran », avance à RFI le juriste franco-iranien, Asso Hassan Zadeh.
Pour Stefano Ritondale, responsable chez une entreprise spécialisée dans l’analyse du renseignement, Artoriaks, interrogé par l’AFP, les États-Unis n’ont pas pour objectif de pousser les Kurdes iraniens à renverser le régime mais à les utiliser « comme une opposition armée ». Et ce, « afin de remettre suffisamment en cause le pouvoir en place pour créer un effet en cascade qui pousserait les gens à redescendre dans la rue et à manifester ».
Un obstacle de taille se dresse toutefois sur la route des Américains face à un tel dessein: le refus du gouvernement central irakien, et par conséquent du gouvernement de la région autonome du Kurdistan irakien.
Bagdad a affirmé sa détermination à respecter l’accord de sécurité avec Téhéran pour protéger leur frontière commune. Les autorités kurdes ont de leur côté nié toute implication dans des projets visant à armer ou à envoyer des forces de l’opposition en Iran. Toute intrusion entraînerait des frappes sur « toutes les installations » du Kurdistan autonome irakien a prévenu Téhéran. Les bases américaines dans la zone sont déjà confrontées à des attaques de drones et de missiles de la part de groupes chiites pro-régime.
« Je pense que cette idée sera remise au placard, sauf si les États-Unis se lancent dans une fuite en avant sans mesurer les conséquences que pourrait avoir cette décision », estime l’enseignant à Sciences Po, Karim Emile Bitar.
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Source : www.bfmtv.com

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