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GABRIEL BOUYS / AFP
Sur une quarantaine de personnes interpellées dans six départements, 26 ont été mises en examen et 15 ont été placées en détention provisoire, et 11 sous contrôle judiciaire.
C’est une opération d’envergure « qui se poursuit ». 26 personnes ont été mises en examen après l’opération « inédite » contre la DZ Mafia menée en début de semaine par quelque 900 gendarmes, a annoncé ce samedi 14 mars le procureur de Marseille. Ce coup de filet est le résultat d’une vaste enquête, ouverte début 2024, destinée à attaquer « le cœur » de ce groupe criminel qui est tout sauf « une construction policière ou journalistique », a expliqué Nicolas Bessone lors d’un point presse.
Parmi les mis en examen figurent deux rappeurs. Le premier, Dika, est issu du 13e Art, label indépendant du rappeur Naps. Apparu dans les années 2010, il compte quelques millions de vues sur YouTube. Plutôt discret, il s’est fait connaître grâce à plusieurs collaborations avec des figures du rap français. Il a notamment travaillé avec Jul sur On te connaît, ainsi qu’avec Naps sur les titres Pochon bleu et LV.
Les investigations portent notamment sur les liens entre son entourage professionnel et le financement du narcotrafic. À ce titre, plusieurs personnes liées à son label Youleuh Records, créé en 2024, avaient été placées en garde à vue. Le rappeur, lui, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.
L’autre rappeur mis en cause, dont l’identité n’avait pas été révélée jusqu’à la conférence de presse du procureur ce samedi, est KITKVT. Il a été placé en détention provisoire. Le procureur ne s’est pas étendu sur les charges qui pèsent contre lui. Il serait originaire des quartiers nord de Marseille et ses premières musiques publiées sur les plateformes datent seulement de 2025. Il a notamment fait une apparition dans l’émission Planète Rap consacrée à Dika sur Skyrock en début d’année.
Le milieu du rap est particulièrement exposé à l’emprise des réseaux criminels. « Pour certains rappeurs, le succès peut désormais être une malédiction parce qu’il attire des groupes criminels qui vont faire pression sur eux pour obtenir une part du gâteau », expliquait en octobre à l’AFP Paul Deustchmann, journaliste et auteur du livre L’empire, une enquête sur les liens entre le rap et le trafic de drogue.
Une « féminisation du narcobanditisme »
Sur la quarantaine de personnes interpellées dans six départements lors du coup de filet anti-DZ Mafia, 26 ont été mises en examen et 15 ont été placées en détention provisoire, et 11 sous contrôle judiciaire. Parmi les personnes déferrées, 6 personnes sont inconnues des services de police et de la justice. Certaines ont reconnu les faits qui leur sont reprochés.
Parmi les mis en examen figurent 9 femmes, témoignant d’une « véritable féminisation du narcobanditisme » selon le procureur de la République de Marseille. 20 personnes sont originaires de Marseille, confirmant que ce groupe criminel, qui s’est aujourd’hui développé telle une pieuvre dans la région et au-delà, est bien « une organisation marseillaise », a insisté le procureur. Cinq personnes, parmi lesquelles les trois chefs présumés du clan, étaient déjà détenues dont quatre le sont dans des prisons de haute sécurité.
Lors de cette vaste opération, les forces de l’ordre ont réalisé des saisies pour une valeur de 4 millions d’euros : cryptomonnaie, biens immobiliers, véhicules et objets de luxe, saisis sur des comptes bancaires…
L’avocat de l’un des chefs présumés de la DZ Mafia écroué
Alors que les autorités alertent régulièrement sur les risques de corruption d’une telle organisation, qui dispose d’une surface financière exceptionnelle, un avocat a été écroué. Il est soupçonné d’avoir été corrompu, permettant à un de ces trois chefs présumés détenus de communiquer avec l’extérieur. Il a été placé en quartier d’isolement.
Ce détenu, habituellement incarcéré dans une des prisons de haute sécurité voulues par le gouvernement pour entraver les narcotrafiquants qui pilotaient leurs activités depuis leurs prisons, a pu communiquer à l’extérieur via la ligne ouverte par cet avocat, des courriers soumis au secret professionnel ou via l’ordinateur de ce dernier, a détaillé Nicolas Bessone. Selon une source proche de l’enquête, il s’agit d’un avocat lyonnais qui devait défendre fin mars un des chefs présumés de la DZ Mafia dans un dossier de double homicide commis en 2019.
La DZ Mafia, nom qui fait référence à l’Algérie, est un groupe criminel qui domine actuellement le marché de la drogue à Marseille et s’étend le long du Rhône et ailleurs en France. Ce nom a émergé lors du bain de sang à Marseille en 2023 lié notamment à la guerre l’opposant au clan Yoda. Aujourd’hui, la région marseillaise connaît un calme rarement éprouvé, notamment parce que la DZ Mafia domine largement. Ses activités se sont « diversifiées » au-delà du trafic de drogue, avec des extorsions de commerces par exemple. Le nom est aussi apparu dans la tentative de racket visant le rappeur SCH, soldée par l’assassinat d’un de ses proches.
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Source : www.huffingtonpost.fr

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