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CARLOS JASSO / AFP
L’Iran lance des menaces pour tenter d’étouffer la chaîne de télévision Iran International, basée en Europe et qualifiée de « maléfique » par le régime islamique. (photo d’illustration du plateau en janvier 2026)
Les locaux du média sont décrits comme un « bunker » par les journalistes qui ont pu les visiter. La chaîne Iran International, basée au Royaume-Uni, et ses soutiens ont été une nouvelle fois menacés par les autorités iraniennes le dimanche 15 mars. Classée « organisation terroriste » par Téhéran depuis 2022, l’antenne d’opposition assume un discours contraire à celui des mollahs. En début d’année, le média a par exemple couvert les manifestations monstres contre le régime puis leur répression meurtrière.
De quoi faire grincer des dents aux dignitaires de la République islamique qui rêvent de se débarrasser de cette chaîne gênante, diffusée par satellite en Iran et qui revendiquait entre 40 et 50 millions de téléspectateurs chaque semaine entre janvier et février. « Utilisant les capacités satellitaires et les infrastructures médiatiques de certains pays de la région », ce média « agit pour créer des tensions, fabriquer de faux récits […] afin de servir les objectifs de l’Amérique criminelle et du régime sioniste », a cinglé le centre iranien de commandement interarmées Khatam al-Abiya, dans un communiqué publié dimanche soir.
Il y menace « d’inscrire » parmi les « cibles de la République islamique » les « éléments de coopération » avec ce « réseau maléfique ». Par ce texte, Téhéran fait planer sur les infrastructures utilisées par Iran International la menace d’une attaque, à un moment où l’Iran enchaîne les frappes au Moyen-Orient en réplique aux bombardements israélo-américains lancés le 28 février.
« On va te tuer à Londres. On sait où tu es. »
« La localisation des infrastructures utilisées par la chaîne dans la région n’est pas connue dans l’immédiat », précise l’AFP. Les locaux londonniens d’Iran International eux aussi sont « cachés », comme le rapportait franceinfo en février 2026, décrivant l’ampleur des sécurités à l’entrée, entre les « blocs de béton anti-intrusion », les « hauts grillages » et les « portiques de sécurité dernier cri ». Description semblable chez Le Parisien, qui assimile les locaux de la chaîne à un « bunker » avec ses « caméras » et ses « vigiles ».
Il faut dire que les centaines de journalistes, producteurs et techniciens qui travaillent sur place risquent très gros. Beaucoup ont dû couper les ponts avec leurs familles et leurs proches restés en Iran pour ne pas les mettre en danger. Auprès du Parisien ou de franceinfo, les employés témoignent des messages et des mails de menaces qu’ils reçoivent régulièrement. « On va te tuer à Londres. On sait où tu es. On te suit. Démissionne », peut-on lire dans l’un d’eux, tandis que d’autres menacent de « faire sauter l’immeuble » où se trouve la chaîne ou de « poignarder » un salarié sur son « trajet » pour aller au travail.
Des paroles malheureusement pas en l’air : comme le rappelle Courrier International, un journaliste de la chaîne a été agressé près de son domicile londonien en mars 2024. L’année précédente, Iran International avait dû fermer sept mois et déménager, le tout sur les conseils de la police antiterroriste britannique, au fait des menaces d’ingérence des acteurs pro-iraniens. Pas de quoi décourager les employés, qui se montrent résignés face à des menaces et des incidents devenus tristement « normaux » pour eux.
Une chaîne alimentée par les images et les récits d’Iraniens sur place
À en croire Téhéran, la chaîne d’opposition est tantôt affiliée à Israël, une critique répétée ses derniers mois, tantôt un relais de l’Arabie saoudite. Cité par franceinfo, le porte-parole d’Iran International, Adam Baillie, dément ses accusations et défend l’indépendance de la chaîne. « Notre investisseur c’est un Britannique saoudien, admet-il, il n’y a pas de secrets là-dessus. » « On n’a aucune connexion avec l’Arabie saoudite, rien à voir avec ça », insiste-t-il en assurant que « l’idée, pour [l’]investisseur, c’est d’avoir un média indépendant au Moyen-Orient ».
Pour couvrir l’actualité sur place depuis Londres, la rédaction s’appuie sur des vidéos ou des photos envoyées par des personnes se trouvant en Iran, en dépit des interdictions du régime. Avant la coupure d’internet par le régime au moment des manifestations, la rédaction recevait « environ 12 000 messages par jour », selon son porte-parole qui précise au Parisien que leur contenu était analysé et vérifié avant d’être repris.
Le black-out imposé a fait reculer les envois à 400 quotidiens, moins mais toujours assez pour suivre la situation sur place, même difficilement. Sans surprise, les fuites qui permettent d’alimenter Iran International sont loin de plaire aux autorités iraniennes. Dimanche, elles ont annoncé l’arrestation d’au moins 18 personnes accusées d’avoir envoyé des images et des informations à la chaîne. Un moyen, là aussi, de pousser les appuis locaux du média d’opposition à l’autocensure.
Source : www.huffingtonpost.fr

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