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16 mars 2026«Otan arabe»: «Plusieurs États ne se disent pas du tout concernés par une alliance militaire»
L’Égypte renouvelle ses appels à la formation d’une « force arabe commune », sorte d’Otan arabe, avec pour objectif de défendre les pays de la région. Une initiative plusieurs fois mise sur la table, sans jamais aboutir. Malgré la guerre et les attaques subies par plusieurs pays arabes et notamment du Golfe, une telle alliance n’est toujours pas à l’ordre du jour. C’est l’avis d’Hasni Abidi, directeur du centre d’études de recherche sur le monde arabe et méditerranéen et auteur du livre Le Moyen-Orient selon Donald Trump.
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RFI : En quoi consiste cette idée d’une « Otan arabe » ?
Hasni Abidi : C’est une idée ancienne. Lors de la guerre au Yémen, l’Arabie saoudite avait voulu former une coalition arabe, à l’instar de l’Otan, contre les Houthis. Elle a réussi à engager certains États, avec une participation symbolique, mais elle n’a pas réussi à former une coalition militaire. Déjà en 2015, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi avait proposé à Donald Trump une coalition militaire arabe, mais soutenue par les Américains, pour faire face aux questions de terrorisme dans la région.
Récemment, quand le Qatar a été touché par les Iraniens, le président égyptien a parlé de la nécessité de se doter d’une défense arabe commune pour faire face au défi. Aujourd’hui, le président égyptien a dépêché son ministre des Affaires étrangères pour à la fois soutenir les pays du Golfe, mais aussi pour leur dire que les circonstances actuelles exigent une nouvelle architecture arabe, c’est-à-dire une défense commune, prise en charge par les États arabes eux-mêmes.
L’idée n’est pas nouvelle donc, mais n’a jamais abouti. Le contexte pourrait-il changer la donne ?
Il est très difficile de voir tous les États arabes accepter cette offre égyptienne. Plusieurs États ne se disent pas du tout concernés par une alliance militaire. Ils sont opposés à toute politique d’axe ou de nouvelles alliances. Ils se disent que la politique des axes va envenimer les choses et ne va pas contribuer à la résolution de conflits. D’autant plus que les pays du Golfe sont déjà liés par des accords de défense avec les États-Unis mais aussi avec des États européens, comme la France et le Royaume-Uni.
Autre question : cette alliance, quelle est sa philosophie ? Quel est son argumentaire ? Plusieurs États arabes entretiennent de bonnes relations avec les Iraniens et se disent même que l’Iran est en position de légitime défense et qu’il a été agressé. Nous avons plusieurs pays, l’Irak, le Liban, l’Algérie, la Libye, le Soudan et d’autres qui ne sont pas du tout enthousiastes à l’idée d’entrer dans une coalition militaire dirigée contre l’Iran. La coalition telle qu’elle est présentée par l’Égypte est ambiguë. Quel est son champ d’action ? En revanche, à l’instar de l’Ukraine, une coalition des États volontaires est tout à fait possible, même si les pays du Golfe eux-mêmes sont divisés sur la question d’une alliance militaire.
Les attaques contre les pays du Golfe en raison de leur alliance avec les États-Unis remettent-elles en cause leur relation avec Washington ?
Il existe un débat aujourd’hui dans les pays du Golfe sur la relation avec les Américains. Cette collaboration est-elle toujours pertinente ? Car la guerre en Iran a révélé non seulement la vulnérabilité des pays du Golfe mais aussi l’inaction des Américains lorsqu’il s’est agi d’assurer la sécurité de leurs partenaires, alors qu’ils sont liés par des accords de défense mutuelle. Il y a un sentiment d’abandon chez les pays du Golfe parce qu’ils se disent qu’ils n’ont pas été entendus par Donald Trump malgré leur proximité avec le président américain.
Pourtant, ils lui ont demandé dès le départ de ne pas déclarer une guerre aux conséquences coûteuses pour la région. D’où la question d’une architecture de sécurité entre les pays du Golfe eux-mêmes. Pourquoi pas même une armée qui regroupe tous ces États ? Mais le problème, c’est que les pays du Golfe n’ont pas d’alternative au parapluie militaire théorique assuré par les Américains. Il faudrait du temps pour trouver une nouvelle approche sur la sécurité.
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Source : www.rfi.fr

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