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“Il faut arrêter le conflit dans l’intérêt de l’Europe. […] Il faut se réarmer et remilitariser la frontière. Et dans le même temps, on doit normaliser les relations avec la Russie, regagner l’accès à l’énergie bon marché. C’est du ‘common sense’ [bon sens]. Entre quatre yeux, des leaders européens me disent que j’ai raison, mais personne n’ose le dire tout haut.”
Bart De Wever
Premier ministre de la Belgique
“Vous avez bien lu”, réagit le rédacteur en chef de L’Écho, en commentaire de l’interview accordée à son journal par le Premier ministre belge ce week-end. Bart De Wever y fait le constat que le conflit russo-ukrainien s’enlise, qu’armer l’Ukraine coûte cher à l’Europe, tandis qu’étouffer économiquement la Russie n’est pas possible sans l’appui des États-Unis. Dès lors, “il ne reste qu’une méthode : faire un deal”. Si l’Europe ne s’y résout pas, ce sont les Américains qui pousseront “l’Ukraine à accepter un deal”, estime-t-il. “Et je peux déjà dire que ce sera un mauvais accord pour nous.”
Face à l’emballement des prix de l’énergie engendré par l’offensive israélo-américaine en Iran, commente le journal financier, De Wever fait un “calcul froid, fidèle à lui-même”, et “inscrit dans la colonne de gauche le coût de notre soutien à l’Ukraine – immense –, et dans celle de droite ce qu’on gagnerait à revenir à un contrat de bon voisinage avec Moscou”.
Bien qu’“authentiquement atlantiste”, De Wever se veut pragmatique, analyse Het Laatste Nieuws. “Il a visiblement compris que la loyauté américaine a une date de péremption” et que “les États-Unis laisseront tomber l’Ukraine dès que leurs objectifs géopolitiques le requerront”. Que fera l’Europe dans ce cas ?
Virage à 180 degrés
Si elle fait réagir en Belgique, c’est que cette prise de position “tranche de manière radicale avec le positionnement de toutes les chancelleries européennes, Hongrie mise à part”, relève L’Écho. Et qu’elle constitue un “virage à 180 degrés, comparé à il y a quelques mois”, observe De Standaard. Quand des drones russes pénétraient l’espace aérien européen et que le Premier ministre conservateur estimait qu’il fallait mettre la Russie “à genoux au moyen de sanctions les plus sévères possibles”, se souvient le journal flamand de référence.
“Poutine était alors le diable en personne, un homme qui ne voulait pas la paix et ne comprenait que la force”, renchérit Het Laatste Nieuws. Sept mois plus tard, changement de programme. “Le sabre acéré a laissé place au rameau d’olivier, ou plutôt : à la calculette.”
Bien qu’étonnés par ce brusque revirement, les éditorialistes belges donnent raison à De Wever sur un point : il soulève une question légitime. “Combien de temps allons-nous soutenir financièrement cette guerre ?” interroge L’Écho.
“De deux choses l’une : soit les États membres y mettent les moyens et peuvent, en position de force, discuter avec la Russie, même sur ‘son énergie bon marché’ ; soit nous gardons notre politique à la petite semaine, divisée et timide, et c’est l’Ours réveillé qui, suivant la prédiction sinistre du président polonais Lech Walesa dans les années 1990, finira par ‘faire trembler l’Europe’.”
“Oui, l’Union européenne doit se faire une place à la table des négociations”, ajoute Het Laatste Nieuws. Et c’est sans doute ce que De Wever essaie d’obtenir “en proposant à Poutine ce qu’il veut : l’accès à un énorme marché pour son gaz et son pétrole”. Mais en tendant la main “pile au moment où les prix de l’énergie s’enflamment à cause de la guerre en Iran”, on “passe pour des mendiants”, prévient le quotidien populaire. Pis, renchérit De Standaard : “Envisager de normaliser les relations au moment où les Russes ne se montrent aucunement disposés à négocier, ça ressemble à de la capitulation.”
Armée mexicaine
Si seulement De Wever formulait là un point de vue partagé par l’Union européenne dans son ensemble, soupire encore Het Laatste Nieuws. Mais “il n’exprimait même pas un point de vue partagé par son gouvernement”, puisqu’il a été rapidement démenti par son ministre des Affaires étrangères. Pour Maxime Prévot, “la Russie refuse la présence européenne à la table de négociation, et maintient des exigences maximalistes. Tant que c’est comme cela, parler de normalisation est un signal d’affaiblissement qui mine l’unité européenne, dont on a plus que jamais besoin”.
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement belge s’écharpe sur une question de politique étrangère. Cette coalition, qui compte cinq partis – des nationalistes flamands de De Wever aux socialistes flamands, en passant par les chrétiens-démocrates de Prévot –, s’était déjà divisée sur la question de la reconnaissance de la Palestine, il y a six mois, rappelle De Standaard, qui déplore que “la diplomatie belge ressemble de plus en plus à une armée mexicaine”.
Source : www.courrierinternational.com

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