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À Gabès, à Mezzouna ou encore à Redeyef, les mobilisations sociales se sont multipliées en Tunisie au cours des dernières années. Partout revient le même sentiment de relégation : celui d’un État perçu comme incapable d’assurer des conditions de vie dignes, un accès équitable aux services publics et de réelles perspectives d’avenir. Cette colère, particulièrement vive dans les régions périphériques, met en évidence l’héritage d’un développement profondément inégal. Au‑delà de Tunis et de Sfax, nombre de territoires ont longtemps servi d’arrière‑cour agricole ou industrielle, simples espaces d’extraction dont les populations ont surtout subi la pollution et la dégradation environnementale.
Des mobilisations nourries par un sentiment d’abandon de l’État
Partout, les mobilisations combinent ainsi enjeux économiques, sociaux et environnementaux. À Mezzouna, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid – berceau du Printemps arabe – la mort de trois lycéens, ensevelis sous l’effondrement d’un mur pourtant signalé comme dangereux, a déclenché la colère en avril 2025. Le drame a ravivé un ressentiment bien plus ancien : transports défaillants, écoles délabrées, hôpitaux sous‑équipés, accès incertain à l’eau potable… Autant de manques qui nourrissent le sentiment d’être les grands oubliés du développement national.
À Gabès, la contestation puise dans plus d’un demi‑siècle de pollution industrielle. En 2017, les autorités avaient promis le démantèlement du complexe chimique chargé de transformer le phosphate en engrais agricoles, sans jamais concrétiser cet engagement. Depuis l’automne dernier, de fortes intoxications au gaz ont ravivé la colère. Les habitants revendiquent désormais avant tout leur droit à la vie et à un environnement sain.
À Redeyef, autre cité minière du bassin de Gafsa, c’est la mort d’une infirmière, grièvement brûlée en service, qui a déclenché une nouvelle vague d’indignation. Pour les habitants, elle paie le prix d’un hôpital incapable d’assurer des conditions de sécurité minimales et dépourvu des équipements essentiels : sans ambulance médicalisée et sans scanner, les capacités de prise en charge sont réduites au strict minimum. Ce drame révèle une fois de plus l’abandon des services publics dans ces territoires.
Toutes ces mobilisations s’inscrivent dans une histoire longue de luttes issues des régions déshéritées et se déploient dans un contexte d’appauvrissement massif et de montée des inégalités.
Comment les Tunisiens des régions de l’intérieur vivent‑ils la pauvreté, le manque d’accès aux services publics, les pollutions liées à l’exploitation de leurs ressources sans en tirer profit, ainsi que la hogra, ce sentiment d’être méprisés par un État absent ? Comment l’État tunisien répond‑il à ces attentes sociales ? Que révèlent ces mobilisations de l’histoire du développement territorial de la Tunisie et des inégalités qu’il a produites ?
Julie Gacon s’entretient avec Diane Robert et Hamza Meddeb.
Focus – Comment la crise de l’eau alimente la colère
Avec Augustin Le Gall, photographe et réalisateur, auteur de la série photographique « Or bleu en Tunisie, un pays qui a soif ».
La raréfaction de l’eau, aggravée par plusieurs années de sécheresse sévère, attise une colère grandissante. Barrages à sec, coupures nocturnes, nappes surexploitées : habitants et agriculteurs dénoncent une situation qui ne fait que s’aggraver et qui est devenue un symbole d’injustice sociale. En Tunisie, 300.000 personnes vivent encore sans eau potable à domicile.
Pour aller plus loin
- Hamza Meddeb, Irène Bono, Béatrice Hibou et Mohamed Tozy, L’état d’injustice au Maghreb. Maroc et Tunisie, Karthala, 2015.
- La présentation du projet « Or bleu » d’Augustin Le Gall est disponible ici.
Références sonores
Référence musicale
Source : www.radiofrance.fr

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