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17 mars 2026Le procès de Nicolas Zepeda, la troisième chance inespérée d’un accusé de féminicide que tout accable
PATRICK HERTZOG / AFP
Nicolas Zepeda avec ses avocates au premier jour de son premier procès pour l’assassinat de Narumi Kurosaki, le 29 mars 2022.
• Le corps de Narumi reste introuvable, mais Zepeda fait face à de nombreux éléments à charge. Lui, a toujours nié les faits.
• La famille de Narumi, émotionnellement éprouvée, espère tout de même des réponses lors de ce nouveau procès.
Pas de cadavre, pas d’aveux, mais une longue liste d’éléments à charge. Et une nouvelle page blanche à remplir devant la justice. Le Chilien Nicolas Zepeda, condamné à deux reprises à 28 ans de réclusion criminelle pour l’assassinat de son ex-petite amie Narumi Kurosaki à Besançon en 2016, est jugé une troisième fois pour les mêmes faits, à partir de ce mardi 17 mars, devant la cour d’assises du Rhône. Les dés sont de nouveau jetés après l’annulation de sa condamnation par la Cour de cassation.
Cette dernière, qui ne se prononce pas sur le fond des dossiers mais sur la forme, a donné raison, en février 2025, aux avocats de l’accusé. Ils estimaient que la cour d’assises avait manqué à son devoir en n’investiguant pas sur des irrégularités qu’ils avaient dénoncées lors du procès en appel, en l’occurrence l’utilisation par un enquêteur, lors de sa déposition, d’un document non communiqué au préalable à la défense. Pour le juge du droit, la cour aurait dû « vérifier la réalité des faits allégués, susceptibles de porter atteinte aux droits de la défense ». Nicolas Zepeda doit donc être rejugé.
Une telle situation après un procès aux assises est « rare », reconnaissent d’une même voix Me Sylvie Galley, conseil de la famille de Narumi Kurosaki, et Me Sylvain Cormier, avocat de la défense, joints par Le HuffPost. Elle est aussi « tout sauf anecdotique et montre que la précédente condamnation était irrégulière », assure ce dernier, voyant là « une véritable opportunité pour Nicolas Zepeda, qui clame son innocence depuis le début ».
Un dossier accablant
« Je n’ai pas tué Narumi ». C’est ce que le jeune homme, aujourd’hui âgé de 36 ans, a répété en appel, malgré les très nombreux éléments qui l’accablent et les contradictions relevées dans ses propos au fil du dossier.
Nicolas Zepeda rencontre Narumi Kurosaki lors d’un échange étudiant au Japon en 2015. Leur relation amoureuse dure environ un an et demi, jusqu’à ce que la jeune femme décide de poursuivre son cursus en France, à Besançon, et mette fin à leur histoire. L’ancien étudiant en économie, entre-temps rentré au Chili, traverse l’Atlantique en décembre 2016 sans prévenir Narumi Kurosaki, dans le but de la reconquérir, selon lui.
Après l’avoir espionnée pendant plusieurs jours dans sa résidence universitaire, il dîne avec elle au restaurant le soir du 4 décembre. Que s’est-il passé, ensuite, cette nuit-là ? Pour l’avocat général au procès en appel, Nicolas Zepeda a volontairement donné la mort à son ex-petite amie, alors âgée de 21 ans, furieux d’avoir été éconduit. Le crime de « possession » d’un « mâle blessé » par une rupture imposée. L’enquête a mis au jour la jalousie maladive de l’accusé, ses nombreux messages menaçants après leur séparation (« Ne joue pas avec ma patience ») et ses incursions dans ses comptes privés pour lire ses conversations personnelles. Les amies de Narumi, elles, témoignent de la peur que cela suscitait chez elle.
Face aux questions, Nicolas Zepeda ne craque jamais, comme le relate Le Monde, présent au procès en appel. L’achat d’un bidon de liquide inflammable ? C’était « pour le remplir d’essence en cas de panne ». L’achat d’allumettes ? « J’avais l’habitude à l’église, pour les bougies ». Ses passages, à l’aller et au retour de sa visite à Narumi, par une zone boisée près de Dole (Jura), en dehors de l’itinéraire de Besançon ? « C’était un peu la nuit. Je tombais sur des villages avec des lumières de Noël […] Je me dis, c’est sympa, quand même… » Les « hurlements de terreur » et bruits de coups entendus par 11 étudiants cette nuit-là, dont ses voisins de chambre ? « Non, on a bien dormi jusqu’au matin. » Au premier procès, il avait expliqué ces cris par le fait que Narumi Kurosaki était « expressive dans ses gémissements ».
« Un effondrement psychique » pour la famille de Narumi Kurosaki
« S’il s’explique trop, on va dire qu’il a réponse à tout et c’est suspect. S’il ne répond pas, c’est qu’il cache quelque chose, analyse son avocat Sylvain Cormier, qui défend l’accusé aux côtés de Me Robin Binsard. C’est toujours un jeu “à qui perd perd” pour l’accusé. »
Nicolas Zepeda, extradé du Chili en 2020 et emprisonné depuis en France, pourrait-il donner à la famille de Narumi Kurosaki les clés qu’elle attend depuis dix ans, et notamment une information sur la localisation de son corps ? « Il s’est confié sur beaucoup de choses, je ne pense pas qu’il pourrait en faire beaucoup plus aujourd’hui », anticipe son conseil.
Du côté des proches de la jeune femme, ce troisième procès est « un effondrement psychique », selon leur avocate. « Ils pensaient pouvoir commencer leur deuil psychologique mais tout redémarre à zéro », regrette Me Galley, décrivant une famille « très fragilisée émotionnellement parlant » et anéantie par l’absence de réponses et de corps, les recherches n’ayant jamais rien donné. L’avocate refuse d’exprimer le moindre espoir ou la moindre attente même si, « par expérience, on sait que tout est possible dans un nouveau procès ».
Les débats pourraient en tout cas prendre une nouvelle tournure. Un supplément d’information a en effet été demandé concernant des éléments de téléphonie, de connexion internet et d’adresses IP. Durant l’instruction, une série d’expertises avaient déjà mis au jour de troublantes données informatiques et de géolocalisation démontrant notamment, selon la partie civile, que Nicolas Zepeda s’était fait passer pour Narumi Kurosaki après les faits, en envoyant aux proches de la jeune femme des messages sur les réseaux sociaux laissant penser qu’elle allait bien et qu’elle était partie à Lyon. « Si on cherche encore, c’est qu’on doute. Et si on doute, cela doit conduire à son acquittement », balaie Me Cormier.
Source : www.huffingtonpost.fr

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