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17 mars 2026[Cet article a été publié le 11 novembre 2023 et republié le 17 mars 2026]
Il ne suffit pas de parler français. Si l’on veut évoluer dans le Paris actuel, encore faut-il connaître un peu de parisien – un parler qui mêle les tics de langage présents dans la langue française avec l’anglais, l’arabe et le verlan*, cet argot consistant à inverser les syllabes. En voici une très brève introduction.
Commençons par la langue qui reste plus ou moins la base du parisien, à savoir le français. La règle la plus importante pour la conversation est d’entamer tous les échanges par un “bonjour*” et, dans les situations plus formalistes, par un “bonjour monsieur-madame*”. C’est seulement après s’être lancé un bonjour* que l’on peut dire ce qu’on a à dire. L’omettre est grossier et pourrait induire en erreur votre interlocuteur, car il a besoin de savoir que vous allez engager la conversation.
Les Parisiens ont tendance à parler calmement et à éviter les superlatifs, en particulier lorsqu’il s’agit de faire l’éloge de quelqu’un ou de quelque chose : pas mal* suffit en général. Il est habituellement acceptable d’interrompre les gens – cela permet d’animer les conversations et de limiter les monologues ennuyeux. Les Parisiens utilisent peu le langage du corps, mais ils n’ont pas leurs pareils pour les expressions du visage, comme la fameuse moue. Autrement dit, vous comprendrez souvent ce qu’on veut vous dire avant même qu’un seul mot ait été prononcé.
“Voilà quoi, du coup on y va ?”
Les formules de politesse, comme merci*, excusez-moi* et s’il vous plaît*, sont utilisées moins fréquemment que leurs équivalents anglais thank you, excuse me ou please. La raison en est que la politesse est inscrite dans la langue française. Elle passe par l’emploi du vous*, terme d’adresse destiné à des adultes avec lesquels on n’est pas intime. Cela étant, le tu* familier s’impose de plus en plus, notamment dans le Paris bobo* (bourgeois bohème*), et a fortiori dans des milieux professionnels comme la mode, le design et les médias. Dans le Paris bourgeois, c’est-à-dire dans le monde du droit et de la finance, ou encore dans les VIIe et XVIe arrondissements, le vous* reste la norme.
Deux expressions utiles, même si elles n’appartiennent pas au français soutenu, sont les bouche-trous voilà quoi* (pour finir une phrase quand on n’a plus rien à dire) et du coup*. Cette formule de remplissage veut dire “ainsi” ou “par conséquent”, mais elle sert souvent à relier deux phrases sans rapport entre elles, comme dans :
“Je déteste mon patron, du coup*, où va-t-on déjeuner ?”
Mais le parisien tel qu’on le parle va bien au-delà du français. La loi Toubon de 1994, qui limite l’usage de l’anglais en France, n’est plus vraiment à l’honneur de nos jours que dans l’administration. Dans d’autres milieux parisiens, il est utile de connaître quelques mots d’anglais, et aussi d’arabe, et ils sont presque essentiels chez les moins de 40 ans.
“C’est un peu ‘boring’, ça”
Certains mots du franglais parisien appartiennent au monde de l’entreprise [en anglais, corporate] : “burn-out”, “brainstorming”, “prez” (comme dans “présentation PowerPoint”), “networker” (qui est un verbe), “team”, “call” ou bien “conf’call”, et même “corporate”. Mais de nombreux mots anglais ont pénétré le langage quotidien, comme boring (“c’est un peu boring, ça”), bullshit et cute (“mais il est trop cute”). Certains mots anglais sont déformés par la francisation : “lose” (souvent orthographié “loose”) signifie “malchance” ou “échec”. “Dead” peut être utilisé dans le sens de “fatigué”, comme en anglais (“je suis complètement dead*”), mais en français il est aussi employé comme verbe, auquel cas il équivaut à l’américain to kill it : “T’as dead ça*” veut dire “t’as tué ça*” ou “t’as fait ça avec sang-froid*”.
Le français emprunte depuis longtemps à l’arabe et aux langues d’Afrique noire. Le mot arabe baraka était utilisé en français environ un siècle avant qu’Emmanuel Macron n’en crédite Didier Deschamps. David Diop, un romancier français d’origine sénégalaise qui a reçu le Booker Prize 2021 pour son roman Frère d’âme, un hommage aux tirailleurs sénégalais, rappelle que “pendant la Première Guerre mondiale, il y avait des mots [français] qui venaient du wolof, et peut-être d’autres langues africaines. Aujourd’hui, les mots qui entrent dans le français sont très différents – ça change à toutes les époques.”
“Belek avec mon vélo”
Depuis l’an 2000, le français puise de plus en plus dans l’arabe nord-africain. Ces emprunts se font souvent par le biais du rap et du hip-hop français ou à partir de séries télévisées comme le merveilleux En place. Même si les banlieues* continuent à souffrir d’exclusion, les musiciens, les acteurs et les vedettes sportives qui en sont issus réinventent le français parlé.
L’emprunt arabe le plus omniprésent est peut-être wech, un mot interrogatif qui a envahi le parisien grâce au hip-hop. Wesh kayn ? en arabe d’Algérie veut dire “quoi de neuf ?”, tandis que wech rak ? signifie “comment ça va ?”. Dans la langue des jeunes Parisiens, wech a été adopté de l’arabe algérien dans le sens de “yo !”, “hé !”, “waouh !” ou “ça gaze ?”. Parmi les mots courants du parisien arabe, on peut citer :
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wallah, “je le jure par Allah”, généralement utilisé en parisien sans aucune connotation religieuse ;
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belek, “doucement”. “Belek avec mon vélo”, par exemple ;
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miskine, terme péjoratif désignant quelqu’un de “pitoyable” ou de “pauvre”, utilisé en parisien comme insulte universelle.
Verlan de “ouf”
Cependant, la principale source d’enrichissement du parisien n’est pas une langue mais un procédé : le renversement des syllabes. On peut aussi le faire en anglais. Ainsi, boy a été renversé en “yob” [on parle de back slang], mot qui désigne un mauvais garçon. Mais en parisien, ce renversement est devenu si fréquent depuis des décennies, voire des siècles, qu’il a formé son propre argot, connu sous le nom de verlan* – un mot qui lui-même résulte du renversement d’à l’envers*. Le verlan semble être à l’origine un langage secret des classes inférieures permettant de ne pas être compris des gens haut placés.
La plupart des Parisiens, hormis les vieux bourgeois, utilisent parfois le verlan, en particulier dans des situations sociales décontractées. Certains mots essentiels du verlan sont particulièrement utiles. Femme* devient meuf* (dont l’emploi n’est généralement pas jugé misogyne), bizarre* devient zarbi* et fou* devient ouf*, d’où “un truc de ouf*” au lieu d’“un truc de fou*”.
Quand mes ados parlent le parisien entre eux, j’ai parfois l’impression d’entendre un charabia inintelligible. En fait, c’est la langue cosmopolite en perpétuel renouvellement d’une ville cosmopolite qui n’entend pas se figer en une ville-musée.
* En français dans le texte.
Source : www.courrierinternational.com

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