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17 mars 2026REPORTAGE. « Il a beaucoup d’humilité et il nous ressemble » : à Saint-Denis, l’insoumis Bally Bagayoko a été élu haut la main dès le 1er tour des municipales
Avec 50,77% des suffrages exprimés, la liste portée par cet ancien joueur de basket de 52 ans a écrasé celle du maire sortant, le socialiste Mathieu Hanotin. Une consécration pour cet ancien adjoint très apprécié des habitants et pour La France insoumise, qui remporte sa première ville de plus de 100 000 habitants.
Le nouveau maire de Saint-Denis ne sait plus où donner de la tête. Col roulé bleu marine sur costume noir, Bally Bagayoko enchaîne les accolades, lundi 16 mars, sur le parvis de l’hôtel de ville de la plus grande commune de Seine-Saint-Denis. Tous veulent présenter leurs félicitations au nouvel élu. « Bravo, monsieur le maire », lui lancent deux hommes en accentuant malicieusement son nouveau titre. « J’étais sûr que tu y arriverais, Bally », lui dit une petite femme en pull beige et écharpe jaune. « On compte sur toi », insiste une autre dans un éclat de rire. Qu’il s’agisse des coiffeurs de la rue d’à-côté, d’anciens collègues éducateurs ou d’un prêtre du Val-d’Oise venu visiter la basilique voisine avec deux bonnes sœurs, tous sont remerciés d’une même étreinte chaleureuse et d’une franche poignée de mains.
Si l’humeur est si bonne ce midi-là, c’est parce que la victoire de Bally Bagayoko, à 52 ans, est historique pour La France insoumise, qui remporte sa première ville de plus de 100 000 habitants. La veille, sa liste l’a emporté haut la main, dès le premier tour des élections municipales, face au maire sortant, le socialiste Mathieu Hanotin, avec 50,77% des voix, selon les résultats définitifs. « Un coup KO ! », a célébré l’élu au soir de sa victoire, porté par ses partisans dans la salle des fêtes de la mairie, où les célébrations se sont poursuivies jusqu’à deux heures et demi du matin.
« La stratégie de campagne, c’était de l’emporter dès le premier tour. On avait les réserves de voix, l’ancrage local et le soutien de la population », affirme Bally Bagayoko, le regard tourné vers l’hôtel de ville. A ses côtés, les membres de son équipe de campagne – une bande de jeunes trentenaires à l’allure décontractée – abondent : « Sa popularité est démonstrative. Dimanche, nous voulions passer dans chaque bureau de vote avant le dépouillement. Mais Bally était tellement sollicité qu’il nous en a manqué une dizaine à 18h30. » Cette élection est « la preuve que LFI n’est pas qu’un marchepied et un moyen de faire front contre l’extrême droite », reprend le maire, qui promet d’utiliser tous les moyens « pour faire entendre la voix des quartiers ». Elle est aussi selon lui l’expression « d’un rejet » du maire sortant, Mathieu Hanotin, qui a réuni seulement 32,70% des voix.
Avant d’obtenir ces résultats, la bataille de Saint-Denis a été parfois vive entre les deux candidats. Pendant la campagne, le socialiste – qualifié de « petit bourgeois visqueux » par Jean-Luc Mélenchon – a accusé l’insoumis de s’acoquiner avec des narcotrafiquants pour remporter le vote des jeunes. « Du mépris de classe, et surtout du racisme », affirme Dianga Traoré, qui figure à la 4e place sur la liste de Bally Bagayoko, par téléphone.
« Au final, cette histoire a tellement énervé les parents qu’elle nous a probablement rendu service », souffle la militante en poste à la Sécurité sociale de Paris. Elle rappelle que Mathieu Hanotin avait déjà braqué la scène locale par le passé, en se montrant en gilet pare-balles dans des quartiers populaires de la ville, « dont le mien, les Francs-Moisins », et en faisant fermer « plusieurs locaux associatifs ».
Le maire sortant et son équipe, contactés pour réagir à leur défaite, n’ont pas souhaité s’exprimer. Dans un communiqué publié lundi, le désormais membre de l’opposition a dit prendre « acte de la netteté des résultats » en faveur de Bally Bagayoko, qu’il a tenu « à féliciter », tout en défendant sa lutte « pour la sécurité publique et contre l’habitat indigne ».
La victoire de Bally Bagayoko, 52 ans, vient couronner un long parcours militant dans la ville. Né dans les Hauts-de-Seine de parents maliens, l’ancien joueur semi-professionnel de basket a grandi à Saint-Denis et occupe un poste de cadre à la RATP. Il est entré en politique en 2001 auprès du maire communiste Patrick Braouezec, aux côtés de qui il occupera notamment le poste d’adjoint aux sports, puis à la jeunesse. « Il est un des premiers proches des communistes à nous avoir rejoint en 2017 », témoigne le député insoumis Eric Coquerel.
En 2020, le Dyonésien s’est présenté une première fois aux municipales avec La France insoumise. Il était alors arrivé troisième avec environ 18% des voix au premier tour et s’était retiré avant le second. Pour ces dernières élections, sa liste s’est unie à celle des communistes. Une histoire « de cohérence », selon le nouveau maire, qui aurait pu « y aller seul », mais a préféré « éviter les divisions ».
« Bally, c’est un enfant de la ville », se félicitent les habitants croisés dans les rues de la commune, récemment fusionnée avec Pierrefitte. « Il a beaucoup d’humilité et il nous ressemble : c’est un père de quatre enfants, qui travaille et qui n’a pas été parachuté. Il connaît son terrain et est très apprécié des jeunes », étaye Samia, une employée municipale de 56 ans croisée rue de la République, qui ne peut pas dire pour qui elle a voté, tenue par son « devoir de réserve ».
Assise sur un banc de pierre avec sa mère, Flavie, 20 ans, fait partie de ces jeunes qui ont voté pour Bally Bagayoko. C’est la première fois que cette infirmière vote aux élections municipales. « J’ai été démarchée dans mon quartier, le discours m’a plu », explique celle qui aimerait voir sa ville s’embellir.
« Le porte-à-porte, c’était le cœur de notre campagne. Pendant des mois, j’ai monté des tours de 17 étages pour sensibiliser les habitants. »
Dianga Traoré, colistière de Bally Bagayokoà franceinfo
Mourad, un ancien directeur d’hôtel de 67 ans emmitouflé dans une parka, passe des étals du boucher à celles du primeur. Il a voté pour Bally Bagayoko et estime que sa victoire « est la meilleure chose qui puisse arriver à Saint-Denis ». Mais « il va devoir s’occuper sérieusement de la sécurité et réguler le coût des loyers. Ici, la journée il y a du monde, mais le soir, on vous fait les poches », explique ce Français d’origine maghrébine, qui a vu le loyer de son « T4 en HLM » augmenter années après années, pour atteindre 800 euros aujourd’hui.
Malgré la ferveur suscitée par l’élection de Bally Bagayoko, l’abstention reste la grande gagnante à Saint-Denis. Sur 150 000 habitants, et près de 64 000 inscrits sur les listes électorales, le nouveau maire n’a obtenu que 13 506 voix. La ville fait figure de mauvaise élève, avec 57% d’abstention, contre 44% en moyenne. « On progresse malgré tout », assure un membre de son équipe de campagne. En 2020, scrutin marqué par la pandémie de Covid-19, Mathieu Hanotin n’avait obtenu que 8 604 votes. Six ans plus tôt, en 2014, le communiste Didier Paillard avait fait à peine mieux, avec 9 209 voix.
De retour sur le parvis de l’hôtel de ville, Bally Bagayoko assure « qu’au-delà de constituer l’équipe », sa priorité va être « de rassurer la population » et « le personnel communal ». « Dans le baromètre social, le personnel est très attristé, très en stress », explique-t-il, assurant vouloir régler ces détails pour mettre rapidement en place sa politique. Il évoque plusieurs priorités : le périscolaire, la préparation à une éventuelle canicule cet été et la préparation de la rentrée scolaire.
Lorsque son équipe le presse de rentrer à la mairie, il balaye la proposition et montre le café d’en face. « On verra ça plus tard, je reste là pour l’instant », dit-il avant de s’engouffrer dans l’établissement, dont le premier étage a été reconverti en QG municipal.
Source : www.franceinfo.fr

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