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18 mars 2026au procès du meurtre de Justine Vayrac, des enquêteurs « profondément marqués » par le dossier
Ce mercredi 18 mars, au troisième jour du procès de Lucas Larivée en Corrèze, trois enquêteurs ont déposé à la barre. Ils témoignent d’un dossier qui les a « profondément marqués » et esquissent le portrait d’un accusé « totalement détaché ».
Karen Audouin se souvient avec précision de la teneur de son appel à la procureure, le lundi 24 octobre 2022 à 17h25. Alors policière à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), elle partage son sentiment à Emilie Abrantes: pour elle, Lucas Larivée, entendu comme simple témoin, « a fait du mal » à Justine Vayrac, disparue la veille. « J’en suis intimement convaincue. »
Elle retrouve ce mercredi 18 mars au tribunal de Tulle, au procès de Lucas Larivée, cette procureure, à qui elle a confié son intime conviction il y a trois ans. L’homme est jugé pour le « viol » et le « meurtre » de la jeune aide-soignante de 20 ans. « J’en ai des frissons. Cette phrase, je ne l’oublierai jamais », réagit Emilie Abrantes, avocate générale au procès.
Depuis trois jours, l’accusé de 24 ans au visage très juvénile assure à la cour qu’il a bien provoqué la mort de Justine, mais que cela était accidentel. Il nie également avoir violé la jeune femme, évoquant un rapport sexuel consenti. Ce mercredi, trois enquêteurs ont défilé à la barre. Pour eux, il est clair que l’accusé n’avait pas de bonnes intentions à l’égard de la jeune femme, croisée en boîte de nuit le 22 octobre au soir.
Une mère « en détresse », un fils « totalement détaché »
Intervenue aux premières heures de l’enquête, d’abord ouverte pour « disparition inquiétante », Karen Audouin décrit ce mercredi à la barre comment ses collègues et elle sont remontés jusqu’à Lucas Larivée. Elle rappelle d’abord que ce dernier et Justine Vayrac se sont croisés en boîte de nuit, à La Charrette à Brive-la-Gaillarde, et qu’on les voit sortir de l’établissement ensemble, vers 3 heures du matin. La jeune femme titube, se sent mal, et l’agriculteur insiste pour lui tenir compagnie. Puis les deux partiront à bord de la voiture de Lucas Larivée.
À partir de là, les enquêteurs doivent pousser leurs recherches. Ils entendent le jeune agriculteur en tant que témoin, le 23 octobre. Et dès qu’il se présente au commissariat, des soupçons naissent dans l’esprit de la policière.
« On a une maman qui est en totale détresse, et on a Monsieur Larivée, assis à côté, totalement détaché », se souvient-elle. « J’ouvre la porte, j’appelle Monsieur Larivée, il se lève, il sourit et vient avec moi. (…) Ce sont des éléments qui m’ont marquée. »
Cette « détresse » qu’elle a perçue chez la mère de Lucas commence déjà à forger en elle une première conviction. « Je crois qu’une mère sait ces choses-là. Elle sait qui est son enfant, au fond d’elle. Cette détresse était vraiment réelle », raconte Karen Audouin. Chez Lucas Larivée, pas un signe d’agitation ni d’inquiétude: « Au milieu de tout ça, l’attitude détachée, froide et ce sourire qu’il affiche. Il ne me dit pas ‘j’ai fait quelque chose’, mais dans sa gestuelle, son attitude, il le dit », estime l’enquêtrice.
« Elle l’a payé de sa vie »
Les deux enquêteurs qui lui succèdent à la barre ne disent pas le contraire. Au sujet de l’accusé, le directeur d’enquête Emmanuel Lann ne mâche pas ses mots, le décrivant comme ayant « un côté caméléon », « un bon ami côté pile, et côté face, plus ombrageux et taiseux, intolérant à la frustration ».
Il termine sa déposition très ému, la gorge nouée. « En tant qu’enquêteurs, on a profondément été marqués par ce dossier et par le jeune âge du mis en cause. On a été marqués par la capacité de Lucas Larrivée à louvoyer, à scénariser les choses et à adapter ses postures. »
« Ce soir-là, Lucas a profité véritablement de la vulnérabilité de Justine avec un objectif, la ramener à son domicile. Objectif qu’elle ne partageait pas et qu’elle a payé de sa vie », lance encore Emmanuel Lann.
Un moment de sincérité
Dans le rapport qu’il a rendu à la fin des investigations, le directeur d’enquête dépeignait un suspect au « visage à la fois angélique et maléfique ». Lucas Larivée est le seul à avoir les clés « de sa dérive meurtrière », écrivait-il encore.
« C’est votre analyse », lui oppose ce mercredi l’avocat de la défense. Me Michel Labrousse estime notamment que le viol n’est pas du tout établi dans la procédure. Il suffit de regarder le dossier pour se rendre compte du contraire, rétorquent les deux enquêteurs. La commissaire Alexia Dudognon rappelle, elle aussi avec émotion, qu’un viol n’est pas forcément caractérisé par des violences, mais qu’il peut être commis « par surprise » ou « par contrainte ».
Or, « Justine n’était pas en pleine possession de ses moyens. (…) En tout état de cause, elle était dans un état de vulnérabilité particulier », ajoute l’enquêtrice.
Pour les policiers, l’accusé n’a montré un visage sincère qu’à de rares moments. Ils se souviennent de son attitude lorsqu’il a accompagné les enquêteurs à l’endroit où il a admis avoir enterré le corps de Justine, le 27 octobre 2022. « Il a semblé très marqué, se pliant en deux, les mains sur les genoux », se rappelle Alexia Dudognon. « Je pense qu’on ne peut pas douter de sa sincérité à ce moment-là », commente son collègue.
Plus de trois ans après la découverte du corps de la jeune femme, une idée taraude Emmanuel Lann: « Je ne sais pas si on aurait retrouvé Justine aujourd’hui s’il n’avait pas craqué pendant cette garde à vue. »
Les parents de la victime devaient être entendus ce mercredi, mais l’audience ayant pris beaucoup de retard, ils le seront jeudi. Le verdict est prévu pour vendredi.
Source : www.bfmtv.com

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