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18 mars 2026Curtis Yarvin n’est pas un nom connu du grand public français, mais il est l’un des esprits qui façonnent aujourd’hui la politique américaine. Depuis son garage de Berkeley, cet ex-informaticien a forgé, à partir de 2007, une théorie politique radicale : la démocratie libérale serait une religion d’État progressiste, la « Cathédrale », qu’il faudrait remplacer par un État-entreprise dirigé par un PDG-monarque. Plusieurs membres de la nouvelle administration américaine se réclament ouvertement de sa pensée, comme le vice-président J.D. Vance. Que veut exactement l’influenceur d’extrême droite Curtis Yarvin — et pourquoi maintenant ? Guillaume Erner s’est entretenu avec lui et analyse ses propos avec celui qui est sans doute son plus fin connaisseur, le docteur en science politique Arnaud Miranda.
Un autodidacte au style pamphlétaire
A la question de savoir s’il dirait de lui-même qu’il est « d’extrême droite », Curtis Yarvin répond : « Le mot extrême peut être un peu péjoratif, mais si vous l’interprétez comme non péjoratif, je suis tout à fait d’accord. » Il dit en outre préférer le terme de « radical », pris dans son sens latin, « qui va à la racine des choses », « parce que nous sommes dans une situation actuellement où les problèmes sont très profonds et fondamentaux et ne peuvent pas être résolus de façon superficielle. »
Selon Arnaud Miranda, cette réponse est « typique de la posture rhétorique de Curtis Yarvin, qu’on pourrait qualifier de pamphlétaire […] et qui consiste à éviter l’argumentation, à constamment réécrire, redéfinir les catégories courantes avec lesquelles on débat ». Ici, « il détourne la question de son positionnement à l’extrême droite, qui ne fait absolument aucun doute », étant donné que « son objectif est de mettre fin à la démocratie ». Arnaud Miranda rappelle en outre que Curtis Yarvin est initialement ingénieur informatique et un bloggeur, qu’il n’est « pas formé intellectuellement, de manière universitaire, à la philosophie et à la théorie politique ». Il est une sorte de « théoricien autodidacte et autoproclamé ».
La place de Curtis Yarvin dans la nébuleuse MAGA
Curtis Yarvin dit au sujet de ses liens avec et de sa vision de l’administration Trump : « Je n’ai jamais rencontré ni parlé à Donald Trump… Je dirais qu’il y a beaucoup d’influence indirecte à travers les membres les plus jeunes, les juniors de l’équipe. Lors de son premier mandat, il a tenté de travailler avec les républicains traditionnels et c’était d’un désastre. […] D’un autre côté, Donald Trump, c’est un boomer, sa vision du monde a été formée selon les canons de la vieille Amérique […]. L’administration de Donald Trump, cette fois-ci, est beaucoup plus la sienne que son mandat précédent, mais fondamentalement, c’est une administration évolutionnaire et non pas révolutionnaire. »
Pour Arnaud Miranda, ces propos permettent de situer Curtis Yarvin « à sa juste place dans le trumpisme » : « ce n’est pas lui qui fait la politique trumpienne, c’est un idéologue parmi d’autres qui contribue à restructurer le trumpisme depuis 2016″. Curtis Yarvin a en réalité « un certain mépris pour Trump, qu’il considère comme un boomer, mais surtout comme un populiste trop attaché à la démocratie, alors que lui au contraire veut accélérer – d’où la référence à la révolution – le changement de régime pour sortir de la démocratie. »
Un antilibéral élitiste
Pour Curtis Yarvin,« il y a un marché des idées qui est l’université, les journaux, les médias » – qu’il appelle la « Cathédrale » parfois – « et ce marché des idées au XXe siècle a développé une relation très intime avec le pouvoir, parce que toute l’idée du progressisme, qui inclut le communisme, c’est de mettre les intellectuels en responsabilité, et de laisser les meilleures idées gagner. L’idée d’un marché des idées qui ne soit pas corrompu par le pouvoir a toujours été un rêve d’une certaine manière. Quelque chose de bien pourrait être fait, mais la droite a besoin des autorités. La seule arme que possède la droite, dans le monde d’aujourd’hui, c’est la vérité. Une fois qu’elle perd la vérité, c’est rien, c’est du divertissement, c’est simplement du catch, et donc ce que font des gens comme Nick Fuentes, c’est du catch. »
Arnaud Miranda explique que Nick Fuentes est un streamer et influenceur suprémaciste « qui a ostensiblement tenu des positions néo-nazies », une « figure de l’alt-right, la droite alternative, qui est fondamentalement populiste » et qui « a vocation à représenter la masse MAGA ». Curtis Yarvin, en revanche, est « très élitiste et considère que ce n’est absolument pas la fonction du trumpisme que de représenter les désirs de la masse ». Pour Curtis Yarvin, « il s’agit d’affirmer une autre conception de l’Etat, profondément antilibérale et guidée par une élite éclairée ». A ses yeux, le populisme de Nick Fuentes « est une sorte de vision dévoyée de la démocratie, qui empêche de sortir du cadre démocratique ».
Source : www.radiofrance.fr

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