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18 mars 2026Les autorités russes font désormais état d’attaques qui, disent-elles, peuvent atteindre la totalité du territoire russe, et brandissent ce risque pour encadrer et limiter les communications. Les drones venus d’Ukraine changent évidemment aussi de longue date la donne sur le champ de bataille, notamment en matière d’évacuation et de traitement des blessés.
« La dynamique du développement des armes ennemies est telle qu’aucune région de Russie ne peut se sentir en sécurité » : la phrase, rapportée mardi 17 mars par Tass, est du secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, Sergueï Choïgou. Elle a été prononcée, selon l’agence d’État, lors d’une réunion à huis clos à Ekaterinbourg dans l’Oural, donnant un poids particulier au propos. Capitale de la région, Ekaterinbourg est en effet située à plus de 1 600 kilomètres à l’est de Moscou. Autrement dit, elle est beaucoup plus proche géographiquement du Kazakhstan que de l’Ukraine. L’Oural était d’ailleurs, jusqu’à récemment, a affirmé Sergueï Choïgou, « hors de portée des frappes aériennes depuis le territoire ukrainien ». Mais aujourd’hui, pour lui, « la région se trouve dans une zone de menace immédiate ».
Le diagnostic a de quoi résonner de manière alarmante pour la Russie. L’Oural est en effet le cœur historique et stratégique de son complexe militaro-industriel. La région est connue pour abriter des géants de la Défense : Ouralvagonzavod, dans la ville voisine de Nijni Taguil, est par exemple l’un des plus grands fabricants de chars de combat au monde, et produit notamment les célèbres T-90 et le T-14 – ce dernier est aussi connu sous le nom d’Armata. On peut aussi citer OuralMach, à Ekaterinbourg même : spécialisée dans la production de blindés, d’artillerie et de constructions mécaniques lourdes, elle est cruciale pour l’équipement militaire. Ou encore Ijevsk, réputée pour ses usines produisant le fusil d’assaut AK-47.
Des attaques venues d’Ukraine en nombre exponentiel
C’est dans ce bastion du secteur de la défense, hérité de l’Union soviétique et essentiel pour la souveraineté militaire russe, que Sergueï Choïgou a, lors de cette réunion, listé les menaces que font peser sur la Russie « le régime de Kiev et ses 56 protecteurs ». Comprendre : les pays de l’Otan, toujours présentés ici comme tous adversaires voire ennemis de Moscou.
L’ancien ministre de la Défense a détaillé, selon le compte-rendu de Tass, ce bilan officiel de 2025 : 1 830 attaques « terroristes », soit 40% de plus qu’en 2024 et 6,5 fois plus qu’en 2023, ainsi qu’un nombre de frappes aériennes contre les infrastructures exponentiel. Il y en a eu quatre fois plus en 2025 que l’année précédente. Selon Sergueï Choïgou, Vladimir Poutine en personne y accorde la plus grande importance, et « ces questions ont été abordées à plusieurs reprises lors des récentes réunions du Conseil de sécurité, ce qui a permis d’élaborer les mesures nécessaires pour améliorer les activités conjointes ».
Extension du contrôle des photos et vidéos des lieux d’attaque
Les chiffres avancés sont évidemment invérifiables de source indépendante. Ils sont en tout cas brandis ces derniers mois pour justifier les vastes coupures d’internet partout sur le territoire de la Russie. Officiellement parce que les cartes SIM, russes ou étrangères, peuvent être utilisées pour piloter les drones, ou parce que même l’internet mobile facilite leurs vols au-dessus de la Russie.
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Les zones totalement « blanches », c’est-à-dire où même le téléphone et les simples SMS ne passent pas, se multiplient sur tout le territoire.
Sont de plus en plus fréquents aussi les panneaux « interdits de filmer et de photographier » aux abords des infrastructures dites « critiques », comme le pont de Crimée qui relie le territoire internationalement reconnu de la Russie à la péninsule annexée en 2014. Dès 2022, et sur décret présidentiel, certaines zones et/ou régions russes ont aussi vu mise en application une interdiction de filmer, photographier et publier les scènes pendant et après les attaques.
Des régions se sont ajoutées au fur et à mesure, parfois à la suite d’événements particuliers. Exemple : le 17 avril 2025, dans la ville de Shuya, dans la région d’Ivanovo, les éléments publiés en ligne par les habitants après une attaque de drones ont dévoilé la présence d’une unité militaire active. Les autorités ont réagi en interdisant dans toute la région la captation et la divulgation de tout élément dans ces circonstances. La peine encourue peut atteindre une lourde amende, jusqu’à 200 000 roubles (environ 2 200 euros au cours actuel). Selon les autorités régionales, 80 personnes ont déjà été condamnées.
Dans une dépêche datée du 25 octobre 2025, l’agence Tass chiffrait l’établissement de ce type de restrictions à une région sur trois en Russie, la majorité des interdictions étant imposées dans les districts fédéraux du Centre, du Sud et de la Volga.
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Dans la région de Donetsk, en partie sous contrôle russe depuis 2014, l’interdiction a, elle, été formalisée par décret local le 29 janvier 2026. Celui-ci stipule notamment qu’il est désormais interdit de « publier des informations permettant d’identifier le type de drone, son lieu de lancement, sa localisation, le lieu du crash et sa trajectoire de vol ; les objets attaqués et la nature des dommages ; les lieux de déploiement du personnel militaire et des forces de l’ordre, ainsi que du matériel de lutte anti-drones [..], y compris les systèmes de défense aérienne et de guerre électronique ».
L’interdiction a suscité un large débat dans la population. L’administration locale a ensuite décidé d’encadrer la couverture médiatique via une accréditation mensuelle, attribuée sous conditions notamment d’accepter un embargo avant publication. RFI a reçu cette accréditation, mais n’a pas été confrontée à une situation qui a nécessité de mettre en œuvre le processus de vérification.
Adaptation de l’évacuation des blessés
Dans cette région où la ligne de front est l’une des plus actives, les drones ont, en tout cas, comme ailleurs, reconfiguré le champ de bataille. Et radicalement contraint les mouvements.
« Ça a fondamentalement changé la guerre et les évacuations » dit « Santa », soignant rencontré à Gorlovka, à une heure de route de Donetsk. Engagé comme volontaire à l’hiver 2023, puis aujourd’hui officiellement personnel de l’armée via la signature d’un contrat, l’homme a d’abord été engagé proche des combats avant d’exercer aujourd’hui dans un hôpital. « Santa » – c’est son surnom – a eu le temps d’expérimenter l’avant/après menace venue du ciel, et l’adaptation.
« Pour sortir les blessés, avant, nous utilisions activement des véhicules, avec une équipe qui pouvait aller jusqu’à quatre personnes. L’évacuation pouvait avoir lieu en quelques heures ou, dans les cas extrêmes, en une journée, raconte-t-il. C’était le délai maximum. Mais maintenant, on fonctionne par petits groupes de deux personnes, qui mettent en œuvre ce qu’on appelle la »méthode du saut », soit le déplacement du blessé d’une position à une autre. Les soldats le déplacent de plus en plus loin jusqu’à ce qu’un médecin professionnel puisse venir le chercher. »
Combien de temps et sur combien de kilomètres ? Impossible à dire, explique le soignant pour qui « ce n’est pas une question de distance. Le problème est quand le ciel est pour ainsi dire fermé par la présence des drones. C’est une situation dans laquelle vous ne pouvez pas quitter l’abri. En plus, il y a les gros drones, ceux qu’on appelle les »Baba Yaga », qui sont utilisés assez activement désormais. Ils sont engagés dans le minage à distance. Plusieurs lignes de »Baba Yaga » passent simplement dans le ciel et tapissent toute une surface, y compris les zones d’approche et les axes de sortie. Même si quelqu’un arrive quelque part sans problème, le temps d’être dans la position, tout autour de lui peut être soudain tellement miné, qu’il ne peut tout simplement plus sortir ».
Les blessures elles-mêmes ont changé. Les blessures par balles ou dues à l’artillerie de 2022 ont quasiment disparu. « Malheureusement, la létalité a, bien sûr, fortement augmenté avec l’apparition des drones, dit Santa. Et l’ennemi n’épargne pas ses drones. »
Face à cette situation, ce soignant préconise de réformer le système, ou plutôt de revenir à un principe soviétique : des soignants combattants parmi les troupes et une formation médicale plus poussée des soldats.
Source : www.rfi.fr

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