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18 mars 2026
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18 mars 2026La traque des migrants subsahariens : épisode du podcast Tunisie, les désenchantements d’une nation
Depuis la signature d’un accord de coopération entre l’Union européenne et la Tunisie en juillet 2023, Tunis est devenu l’un des principaux sous-traitants de la lutte contre l’immigration illégale vers l’Europe, en tout cas l’un des plus efficaces à en juger par les chiffres (depuis que le partenariat a été mis en place, les arrivées illégales en Italie ont été divisées par 25). En échange de fonds européens bienvenus en période de crise économique, la Tunisie a ainsi drastiquement augmenté le nombre d’interceptions d’embarcations en mer, provoquant de nombreux drames, et organisé une traque aux migrants subsahariens en situation irrégulière. Si elle est le résultat de la dépendance de l’État tunisien aux financements européens, cette politique est par ailleurs alimentée par des discours xénophobes, racistes et complotistes tenus par Kaïs Saïed, à l’image de celui du 21 février 2023 dans lequel le président tunisien parlait de “hordes de migrants clandestins” et évoquait l’existence d’un “plan criminel pour changer la composition du paysage démographique en Tunisie”.
Des personnes migrantes exposées aux violences policières et aux trafics
Face aux arrestations qui se sont multipliées depuis le début des négociations avec l’Union européenne, de nombreux migrants subsahariens ont trouvé refuge dans des campements au nord de Sfax, sous les oliveraies, où ils seraient aujourd’hui entre 20 000 et 30 000. Mais là encore ils sont exposés aux actions policières, comme en témoignent les démantèlements des camps d’El Amra et de Jebeniana au printemps 2025, ainsi qu’aux trafics en tout genre. Car la fermeture de la voie maritime et le tarissement de la source de revenus qu’elle générait pour certains fonctionnaires corrompus et autres passeurs ont provoqué la reconversion d’une partie de ces acteurs vers d’autres activités pour tenter de continuer à tirer profit de la situation des migrants subsahariens. S’est ainsi développée toute une économie autour du kidnapping, certaines personnes étant enlevées puis conduites à la frontière libyenne ou algérienne avant d’y être vendues ou abandonnées en plein désert. Elles doivent ensuite faire appel à leur famille que l’on rançonne, ou bien payer très cher des taxis criminels pour pouvoir regagner Sfax.
Comment s’articulent le partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne, les discours racistes de Kaïs Saïed et les violences exercées à l’encontre des migrants subsahariens ? Comment ces politiques migratoires ont peu à peu créé un secteur d’activité économique informel profitant à toute une série d’acteurs, dont certains fonctionnaires ? Quelle est la situation des migrants subsahariens aujourd’hui en Tunisie ?
Julie Gacon s’entretient avec Shreya Parikh et Luca Queirolo Palmas.
Focus – Les migrants subsahariens dans le secteur agricole de Sfax
Avec Zouheir Ben Jannet, professeur de sociologie à l’université de Sfax.
Bloqués en Tunisie dans une situation de grande précarité du fait du durcissement des politiques migratoires tunisiennes et européennes, de nombreux migrants subsahariens trouvent un emploi dans le secteur agricole. Généralement sous-payés et travaillant sans aucun cadre légal, ils sont pourtant indispensables aux exploitants avec lesquels ils tissent souvent des liens, bien que leur relation soit profondément inégale.
Pour aller plus loin
- Luca Queirolo Palmas, Federico Rahola, Underground Europe. Along migrant routes, Palgrave Macmillan, 2022.
- Zouheir Ben Jannet (dir.), Migrants subsahariens en Tunisie. Profils, vécu et dérives des politiques migratoires, FTDES, 2024.
Références sonores
Référence musicale
Source : www.radiofrance.fr

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