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MAJID SAEEDI / Getty Images via AFP
Les obsèques d’Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien et personnage clé du régime, ainsi que du dirigeant de la force paramilitaire Bassidj, Gholamreza Soleimani, sont organisés ce mercredi 18 mars à Téhéran.
Israël ne cache plus son objectif : faire tomber la République islamique en visant sa tête. Après l’ayatollah Ali Khamenei, mort dès le début de l’offensive israélo-américaine, de nombreuses personnalités iraniennes ont été tuées dans des frappes israéliennes. Les dernières en date : Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, ainsi que le dirigeant de la force paramilitaire Bassidj, Gholamreza Soleimani, mardi 17 mars.
Preuve de l’importance de ces deux hommes, leurs obsèques ont été célébrées en grande pompe dans les rues de Téhéran ce mercredi, alors que celles du guide suprême ont été reportées – en raison d’une « affluence sans précédent » selon la télévision d’État – et n’ont toujours pas eu lieu. S’ajoute à cela la mort du ministre du renseignement iranien, Esmaïl Khatib, quelques heures avant les funérailles d’Ali Larijani et Gholamreza Soleimani. Les figures clés du régime tombent une à une.
La mort d’Ali Larijani constitue un tournant très particulier, explique Adel Bakawan, directeur de l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, interrogé par le HuffPost : « La semaine dernière on était dans l’impasse, ça ne bougeait d’aucun côté. Depuis hier, il y a un changement radical très important puisqu’Ali Larijani était le principal organisateur de la stratégie depuis la mort d’Ali Khamenei. » Et de poursuivre : « Il était le cœur battant, le stabilisateur de la pérennisation de la république islamique d’Iran. »
« Sa disparition va avoir un impact au niveau des fondations du régime »
« Le régime risque d’être très déstabilisé par l’élimination du personnage clé qu’était Ali Larijani au sein du système iranien », renchérit David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Institut français d’analyse stratégique et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques. « Il était au centre de toute l’organisation et la planification stratégique dans le cadre du conflit en cours », poursuit-il auprès du HuffPost. Ali Larijani avait aussi été mandaté par l’ancien guide suprême pour structurer, planifier et coordonner les différents pouvoirs du régime.
« Certaines têtes sont remplaçables, d’autres moins. Larijani aurait prévu trois à quatre remplaçants pour tous les commandants éliminés. Mais pour lui il n’y en a aucun d’évident. Personne n’était aussi bien informé des arcanes du pouvoir et aussi influent que lui grâce à ses multiples réseaux internes », ajoute l’expert. « Sa disparition pourrait induire une logique d’affaiblissement systémique du régime iranien. Ça risque de provoquer une fragmentation », estime David Rigoulet-Roze.
D’autant plus que le cas du nouveau chef spirituel de l’Iran Mojtaba Khamenei interroge. Il a été touché dans les premières frappes israélo-américaines qui ont tué son père, et les spéculations vont bon train sur son état de santé. Il serait grièvement blessé.
« 95 % des cadres dirigeants du 1er degré ont été assassinés »
Plus globalement, Adel Bakawan estime que « 95 % des cadres dirigeants du 1er degré ont été assassinés ». De quoi mettre la République islamique d’Iran en état d’alerte maximale. « Si les têtes les plus importantes du régime tombe, cela montre bien que personne n’est à l’abri », avance le spécialiste. Et l’État hébreu n’en a pas terminé selon David Rigoulet-Roze : Mohsen Rezaï, qui aurait été nommé conseiller militaire sur ordre du nouveau guide suprême, pourrait aussi être dans le viseur de l’armée israélienne.
« Pour les Israéliens, il faut aller jusqu’au bout, jusqu’à la fin du régime », assure Adel Bakawan. Affaiblir le régime, et même l’éliminer, permettrait par ailleurs de mettre fin aux programmes balistiques et nucléaires iraniens. Israël compte aussi sur un soulèvement du peuple. « Nous ébranlons ce régime dans l’espoir de donner au peuple iranien une chance de s’en débarrasser » et de prendre son « destin en main », a assuré le Premier ministre.
Mais est-ce qu’abattre les personnages principaux de la République islamique d’Iran conduira réellement à la chute du régime ? « Le scénario idéal correspond rarement à la réalité, prévient David Rigoulet-Roze, l’horizon démocratique est loin d’être garanti. On pourrait dans l’immédiat se diriger plutôt vers une forme de chaos potentiel. »
« Le scénario idéal correspond rarement à la réalité »
La stratégie israélienne pourrait se retourner contre elle. « Il reste la base militante ou les cadres du 4e ou 5e niveau du régime, et ils n’ont plus rien à perdre puisque si le régime tombe, ils seront assassinés par le peuple ou par le nouveau pouvoir qui sera mis en place », avertit Adel Bakawan.
Il poursuit : « Lorsque vous n’avez rien à perdre et que votre existence est en danger, vous allez trouver des justifications pour radicaliser les opérations. Ils seront jusqu’auboutiste. »
La mort de ces figures clés pourrait également entraîner une accélération dans le calendrier des offensives iraniennes sur les positions israéliennes et américaines, ainsi que sur leurs alliés dans le Golfe. Ce risque de chaos est d’ailleurs une des inquiétudes principales des États-Unis qui ne souhaiteraient pas se retrouver avec un « Irak XXL ».
Source : www.huffingtonpost.fr

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