
Le gouvernement iranien "reste en place mais est fortement affaibli", selon la cheffe des services de renseignement américains
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18 mars 2026Les autorités iraniennes ont confirmé mardi la mort d’Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale et l’une des figures clés du régime, tué dans la matinée lors d’un bombardement sur Téhéran. Sa mort rappelle nécessairement celle de Qassem Soleimani [le général iranien, éliminé en 2020 en Irak par une frappe américaine, était le chef de la force Al-Quds, la force d’élite des Gardiens de la révolution et architecte de l’“axe de la résistance”, qui regroupe les milices régionales pro-Téhéran], véritable trait d’union entre les milieux diplomatiques, les renseignements et le pouvoir militaire.
Avec Soleimani, le régime n’avait pas seulement perdu l’un de ses généraux, il s’était vu amputer d’une partie de sa capacité à calibrer les risques. Radical dans son propos mais mesuré dans son exécution, Soleimani savait pousser les pions du régime sans susciter de mesure de rétorsion trop drastique.
Sa mort a laissé un vide qu’aucun successeur n’a réellement réussi à combler. La coordination [entre les différents pôles du pouvoir] en a pâti, les erreurs d’appréciation se sont multipliées et les réactions sont devenues moins prévisibles. Le réseau [d’alliances] a continué d’exister, mais son action est devenue plus erratique, et plus risquée. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser le rôle que jouait Ali Larijani.
Rouage de l’infrastructure idéologique et coercitive
Jusqu’en septembre dernier, Larijani était encore considéré par certains spécialistes occidentaux et israéliens comme un homme de transition potentiellement acceptable, avant de devenir une cible. Ce changement de statut serait lié à son intransigeance dans la répression des manifestations de début d’année, à sa posture de plus en plus agressive envers Israël et les États-Unis, et à son rôle, central, dans les opérations militaires du Corps des gardiens de la révolution.
Larijani menait de front un travail de consolidation intérieure et d’escalade à l’extérieur à un moment de tension exacerbée. Il avait commencé sa carrière durant la guerre Iran-Irak [1980-1988], se hissant au grade de général de brigade au sein des Gardiens de la révolution. Délaissant le terrain pour l’administration dans les années suivantes, il a contribué à consolider l’infrastructure idéologique et coercitive du régime.
En tant que directeur de l’Islamic Republic of Iran Broadcasting de 1994 à 2004, Larijani contrôlait plus que la télévision et la radio d’État. Ses équipes travaillaient étroitement avec les services de renseignements et les Gardiens de la révolution pour façonner le discours officiel et, ce faisant, renforcer la loyauté envers le régime et réduire les espaces de désaccord.
Apologie du martyre
Diffusée en 1996, la série Hoviyyat [“Identité” en français] jetait l’anathème sur de nombreux intellectuels et professionnels considérés comme traîtres, diffusant des aveux obtenus sous la contrainte et délimitant clairement les limites de la pensée autorisée. Dans le même temps, le souvenir de la guerre contre l’Irak était érigé au rang de doctrine : le martyre devenait sublime, la résistance devenait victoire.
Avec le temps, ce discours a permis de faire émerger une base plus étroite mais plus disciplinée entre les bassidjis [la milice paramilitaire des pasdaran chargée de la sécurité intérieure] et les réseaux des Gardiens de la révolution. L’objectif n’était pas de persuader mais de faire appliquer les règles : il fallait sécuriser le régime face à une société vaste et souvent hostile. Ce cadre est demeuré et a permis la répression du Mouvement vert en 2009, puis durant les manifestations Femme, vie, liberté en 2022, et jusqu’aux violences de janvier 2026.
Au-delà des frontières de l’Iran, c’est cette même logique qui a guidé les campagnes du Hezbollah en Syrie, les opérations du Hamas qui ont débouché sur le 7 Octobre, ainsi que la doctrine de pression asymétrique des Gardiens de la révolution.
Un agent de stabilité
En dépit des tensions au sein des élites politiques, Larijani était resté au cœur du pouvoir. Fidèle et discipliné, il était une figure de continuité au sein des institutions. Après la mort du guide suprême, Ali Khamenei, tué par une frappe le 28 février aux premières heures de cette nouvelle guerre, beaucoup voyaient en Larijani une figure capable de garantir la stabilité du pays, grâce à son expérience et à son vaste réseau.
Son retour, en 2025, à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale, n’avait fait que conforter cette position. C’est lui qui coordonnait la politique nucléaire, la gestion des crises et les relations entre les principales institutions du régime.
Dans l’immédiat, sa mort risque de perturber le fonctionnement de l’Iran, provoquant des tensions au sommet de l’État, tandis que certains exigeront des représailles. À plus long terme, elle pourrait entraîner une dislocation du pays.
Un pouvoir morcelé
Car la République islamique tient moins, désormais, de l’État unifié que du régime morcelé, soumis à des pressions constantes de la part d’Israël et des États-Unis. Les organismes religieux provinciaux, le commandement des Gardiens de la révolution et les bassidjis disposent d’une autorité croissante. La mobilisation des ressources, la répression, les mesures de survie sont toutes gérées aujourd’hui au niveau local.
Ali Larijani était l’un de ceux, de moins en moins nombreux, encore capables de rattacher ces éléments disparates à une autorité nationale. Sa disparition pourrait donc aggraver la dispersion, que le régime a déjà bien du mal à contenir.
Les missiles restent prêts à faire feu dans les galeries souterraines, les navires continuent de bloquer le détroit d’Ormuz, et les milices alliées de Téhéran opèrent selon un mode de fonctionnement conçu pour résister à la disparition de leurs dirigeants. Mais si cette résilience n’était que le reflet d’une dispersion anarchique ? Celle d’un régime qui continue d’exister, mais a perdu sa fonction première.
La mort d’Ali Larijani ne vient pas seulement mettre à l’épreuve la persistance de l’État iranien. C’est aussi sa capacité à fonctionner de manière cohérente sous une pression accrue qui est désormais en jeu. La guerre n’entraînera peut-être pas l’effondrement immédiat du régime. Mais sans grandes figures telles que Soleimani ou Larijani, les ajustements nécessaires pourraient bien précipiter sa chute au lieu de l’empêcher.
Source : www.courrierinternational.com

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