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18 mars 2026Les Précieuses ridicules » de Molière revues et corrigées par des lycéens et leur professeure dans le documentaire « Précieus(e)s
Analyse : Voici un aperçu des faits selon nos journalistes.
Notre équipe met en lumière les éléments clés de « Les Précieuses ridicules » de Molière revues et corrigées par des lycéens et leur professeure dans le documentaire « Précieus(e)s ».
Les éléments principaux
Il y a des professeurs investis, curieux et passionnés qui marquent à jamais leurs élèves. En découvrant Cécile Roy-Fleury, l’héroïne du documentaire Précieuse(s) qui sort en salles le 18 mars, on devine vite qu’elle se range dans cette catégorie. D’abord parce qu’elle pense avoir autant à apprendre de ces jeunes qu’ils ont à connaître d’elle. Quand le film s’achève, on se dit que les lycéens de sa classe de théâtre ont bien de la chance.
Au moment du tournage, cette agrégée de lettres modernes, a 44 ans. Elle vit dans un pavillon et prend les transports en commun pour rejoindre le lycée Jacques Decour à Paris où elle enseigne. En 2022, elle propose aux adolescents de l’option théâtre d’étudier et de jouer Les Précieuses ridicules, comédie de Molière créée en 1659. Une pièce qui synthétise selon elle « une vision extrêmement négative de la femme qui a perduré. »
Les Précieuses sont deux provinciales, Magdelon et Cathos, que leur père Gorgibus entend marier, avide d’encaisser leurs dots. Deux prétendants éconduits vont se venger par une farce de ces « donzelles » qui les jugent peu raffinés et aspirent à mieux qu’eux. Molière se moque d’elles en les présentant comme pédantes et affectées. Dans une réplique restée célèbre, Les Précieuses parlent des « commodités de la conversation » pour désigner les fauteuils.
« C’est vrai que j’aurais pu relire tout Molière, raconte la professeure, mais cette pièce-là m’a appelée par son titre qui clignotait« . Une discussion en classe autour de la notion de patriarcat lui a révélé l’intérêt des élèves, majoritairement des filles, pour le sujet. « Moi, je suis à la traîne de ce mot », estime-t-elle dans le film. Elle ne se définissait pas comme quelqu’un de féministe et dit n’avoir lu que des extraits du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Le travail d’exploration de la pièce, avec des jeunes qui ont 25 ans de moins qu’elle, l’amène à s’interroger : comment moi, professeure de lettres, ai-je pu penser que les Précieuses sont ridicules ? Pourquoi avoir hurlé, ou plutôt ri avec les loups sans songer à prendre le parti de ces femmes qui placent la culture au-dessus de tout et rêvent de s’élever socialement ? Le but de l’atelier sera d’adapter le texte avec ses élèves, sans le caricaturer, à l’aune du féminisme.
La réalisatrice Fanny Guiard-Norel, amie de Cécile Roy-Fleury, raconte qu’à la source de son documentaire, il y a le même type de questionnement. En 2019, après avoir lu le livre de Vanessa Springora, Le Consentement elle est allée voir une pièce de Feydeau avec son fils. Elle en est sortie « estomaquée par la place de la femme dans le texte, réduite au statut d’objet non pensant, non désirant, un simple faire-valoir des hommes ». Le personnage a peut-être été violé mais « la seule question qui se pose se trouve être l’honneur de son mari« , s’indigne-t-elle. Elle bout en entendant rire les spectateurs et se demande si cette représentation de la femme ne va pas s’imprimer insidieusement en son fils, comme elle a pu s’imprimer en elle, au même âge, par d’autres textes classiques présentés comme inoffensifs. Faut-il « déconstruire » toute la littérature classique ? Vaste sujet.
Précieuse(s) est à la fois le portrait intime d’une enseignante qui se questionne sur ses choix de vie et le récit d’une expérience théâtrale collective menée avec des adolescents. Ils appartiennent à la génération Z, ces enfants nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, avant la déflagration du mouvement #MeToo. Cécile Roy-Fleury trouve qu’ils sont plus en avance que les adultes sur ces sujets. « Ils se posent des questions que je ne me posais pas« , ajoute-t-elle. Sont-ils aujourd’hui toutes et tous entièrement libres de leurs choix, de leur conduite, de leurs vêtements, de leurs amours ? Rien n’est moins sûr. Le témoignage d’une jeune fille confrontée aux attentes de son père est édifiant. « Les Précieuses, c’est moi et Gorgibus, c’est mon père », lance-t-elle.
Dans l’atelier théâtre, entre deux répétitions, interviennent aussi des femmes savantes en chair et en os. Un dialogue captivant s’engage avec les élèves. Agathe Charnet, autrice et metteuse en scène leur parle de la place encore très minoritaire du deuxième sexe au théâtre. « Moins de 15% des spectacles subventionnés sont écrits par des femmes« , appuie-t-elle. Myriam Dufour-Maître, autrice d’une thèse intitulée Les Précieuses. Naissance des femmes de lettres en France au XVIIe siècle livre sa précieuse analyse sur la façon dont ce mot, Précieuses, est devenu une injure dans une société d’ordres, profondément inégalitaire. On dénigre ces femmes qui veulent, par l’éducation et la culture, « se donner du prix ».
Figure du féminisme, la comédienne Noémie de Lattre leur tient un discours qui dépote. Elle déniche les constructions sociales, notamment au niveau de la langue, qui ont conduit à l’effacement et à l’invisibilisation des femmes. La règle qui veut par exemple que « le masculin l’emporte sur le féminin » dans les accords et les conjugaisons. Elle explique que les femmes, de génération en génération, ont fini par intégrer ce précepte parce qu' »on le leur répète toute leur vie ». L’effacement consiste par exemple à s’interdire de sortir tard le soir, a fortiori sans être accompagnée ou encore à ne pas porter de vêtements considérés comme provocants par ce masculin qui l’emporte toujours. « Pas besoin de police, on le incident toutes seules« , conclut-elle. Une jeune fille réagit : « Les prédateurs, on ne leur dit rien« .
Noémie de Lattre revient sur l’histoire de la langue française et parle de « régression« . Certains noms, qui existaient au féminin, notamment pour désigner les métiers des unes et des autres, ont été écartés au XVIIe siècle au profit de leur seule version masculine. Il s’agit de créer une sorte de neutre mais il n’y a rien de neutre dans ce choix. « L’Académie française éloigne les femmes » estime-t-elle. Dans le même ordre d’idée, on dira d’une femme qui souhaite s’élever socialement qu’elle est prétentieuse, comme ces Précieuses que Molière ridiculise, tandis qu’un homme aspirant à mieux sera lui qualifié d’ambitieux, un terme beaucoup plus positif. Avec son style direct et militant, n’hésitant jamais à appeler un chat un chat, la comédienne ramène au présent les questions soulevées par les Précieuses en leur temps et ses interventions sont passionnantes.
Il y a dans Précieuse(s) un moment où les élèves renversent la table. Nous vous laisserons découvrir comment. Disons simplement que, comme dans une pièce de Pirandello, les personnages prennent le pouvoir sur l’auteur. La compréhension du documentaire, pour qui n’a pas toutes les références, nous a par moments paru complexe. Il débute ex abrupto par une longue citation de Virginia Woolf dans Une chambre à soi en 1929 [voir la bande-annonce], que l’on peine à comprendre sortie de tout contexte. Elle s’achève par ces mots : « En réalité, […] la femme était enfermée, battue et traînée dans sa chambre. »
Il n’y a aucun commentaire et peu de repères temporels pour ponctuer le montage, au point qu’il arrive de se sentir par moments un peu perdu dans ce film foisonnant. Peut-être n’est-ce qu’un ressenti mais la parole des jeunes semble aussi plus rare que celle des adultes. On voudrait les entendre encore davantage décortiquer, par le prisme de l’expérience théâtrale, les rouages d’un patriarcat encore bien ancré.
Une révolution des esprits est néanmoins en marche. Ce film intelligent nous conduit à interroger nos propres limites : celles que l’on nous transmet, celles que l’on se fixe plus ou moins consciemment, et pas seulement si l’on est une femme. Cécile Roy-Fleury se remémore la douce injonction de sa mère : si tu deviens enseignante, tu auras plus de temps à consacrer à tes enfants. Elle se souvient aussi que sa grand-tante lui avait suggéré de renoncer à ses cours de théâtre le soir pour être « plus présente » à la maison. Jusqu’au jour où elle s’est enfin autorisée à écrire et à publier ses textes. Son recueil de poèmes s’appelle Chair paysages (Éditions Unicité). Il faut voir le film pour comprendre le sens profond et particulièrement touchant de ce titre énigmatique.
Genre : Documentaire
Réalisation : Fanny Guiard-Norel
Avec : Cécile Roy-Fleury, Manon Fleury, Agathe Charnet, Noémie De Lattre, Myriam Dufour-Maître, Benjamin Tholozan, Antonin Meyer-Esquerré, Alice Marry et les élèves de l’atelier théâtre du lycée Jacques Decour (Paris)
Pays : France
Durée : 1h17
Sortie : 18 mars 2026
Distributeur : Wayna Pitch
Production : Melocoton en coproduction avec Lyon Capitale TV
Synopsis : En adaptant Les Précieuses ridicules de Molière avec ses élèves, Cécile pensait réhabiliter les Précieuses, ces premières féministes du XVIIe siècle, injustement oubliées. Elle n’imaginait pas que ce projet la conduirait à sortir de sa propre et insidieuse invisibilité. ?
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Nous suivrons cette actualité pour vous tenir informés.

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