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18 mars 2026« Les rayons et les ombres », ce blockbuster à la française avec Dujardin vaut-il 30 millions et 3h15 de votre temps ?
Gaumont
Jean Dujardin et Nastya Golubeva jouent Jean Luchaire et sa fille Corinne dans ce drame historique filmé du point de vue de celles et ceux qui ont collaboré.
Dans ses deux précédents films, le réalisateur Xavier Giannoli auscultait avec sa caméra le métier de journaliste. Son dernier, Les rayons et les ombres, en salles ce mercredi 18 mars, poursuit et plonge cette fois les spectateurs dans un drame historique glaçant sur les coulisses de l’occupation allemande à Paris durant la Seconde Guerre mondiale.
Porté par Jean Dujardin et la révélation Nastya Golubeva, ce film historique est saisissant dans sa manière d’illustrer le rôle de la presse dans cette France occupée par le régime nazi. Pour autant, difficile de se faire un avis définitif et tranché sur ce long-métrage à rallonge. Soyez prévenus, le film dure 3 h 15.
Séduisant par la beauté de ses images, le film de Xavier Giannoli est quand même moins réussi que son précédent, Illusions Perdues, proche du carton plein aux César 2022 avec sept prix dont celui du meilleur film. D’un film historique à un autre, le cinéaste s’intéresse cette fois à la Seconde guerre mondiale et à l’histoire vraie de Jean Luchaire : plume de gauche et pacifiste convaincu, pris dans l’engrenage de la collaboration avec sa fille Corinne, au point de devenir un puissant patron de presse collaborationniste.
Xavier Giannoli a les moyens de ses ambitions
Avant tout chose, il faut s’attarder sur un point primordial de Les Rayons et les ombres : c’est un blockbuster à la française. Autrement dit, il s’agit du plus gros budget de la Gaumont depuis L’Empereur de Paris sorti en 2018. Et ça se voit vraiment à l’écran. Avec son budget considérable de plus de 30 millions d’euros, le film se rapproche dans ses ambitions artistiques d’œuvres telles que Le Comte de Monte-Cristo (produit par Pathé pour environ 42 millions d’euros).
Reconstitution du Paris occupé et de ses soirées mondaines obscènes, décors et costumes paradoxalement flamboyants dans cette période sombre de l’histoire française se servent généreusement du budget alloué à l’une des productions françaises les plus coûteuses de la décennie. Les grandes ambitions du cinéaste suintent par tous les pores du film, comme lors d’une scène de fête qui se transforme en tableau horrifique où soldats nazis et prostitués se goinfrent et forniquent à n’en plus pouvoir.
Gaumont
Dans le film, les personnages de Jean Dujardin et August Diehl sont convaincus que « maintenir le dialogue avec Hitler » à l’aube de la Seconde Guerre mondiale permettra de préserver le lien entre la France et l’Allemagne.
Côté casting, le film ne déçoit pas non plus avec une telle enveloppe : Jean Dujardin est toujours intense, sans être flamboyant. Son interprétation trouve toutefois un bel équilibre dans la relation avec sa fille. Celle-ci est magistralement incarnée par Nastya Golubeva, aperçue dans Revoir Paris et Annette. C’est elle qui capte immédiatement l’attention dans ce récit dont elle est d’ailleurs la fragile narratrice. Troisième visage du film : August Diehl, parfait dans le rôle ô combien ambigu d’Otto Abetz, ami du journaliste Jean Luchaire et défenseur d’une coopération franco-allemande sincère après la Première Guerre mondiale mais qui glissera peu à peu dans le nazisme au point de devenir ambassadeur du IIIe Reich à Paris.
Dujardin et Golubeva pris au piège de la banalité du mal
Pendant trois heures, Les Rayons et les ombres fait le portrait glacial d’un père et sa fille qui affirmeront « on ne savait pas », sans jamais avoir réellement cherché à savoir ce que cachait leur compromission. D’ailleurs, l’un des points forts du film est de ne jamais s’écarter de ce point de vue en comptant sur la puissance du hors-champ. Il n’y aura donc ni rafle, ni massacre, ni résistance, ni étoile juive l’écran. À la place ? D’innombrables soirées mondaines, des rendez-vous faits de « petits arrangements », des conférences de rédaction lunaires et un récit frontal sur la facilité avec laquelle de nobles idées peuvent être dévoyées au profit des plus sombres desseins.
Un postulat pas franchement évident à faire tenir sur la durée, tant les seuls points d’ancrages que représentent Jean Luchaire, Corinne et Otto se désagrègent au rythme de leurs choix cupides. Sur ce point, l’utilisation de la tuberculose dans le film, un mal qui se répand insidieusement de père en fille, est particulièrement réussie.
Gaumont
Révélation du film, l’actrice de 21 ans Nastya Golubeva vole la vedette à Jean Dujardin.
Mais même si la narration imposée par Corinne Luchaire est parfois balourde, elle reste indispensable pour prendre toute la mesure de l’effroyable quotidien dans lequel elle vivait et a pu se complaire. Les 210 minutes n’aident toutefois pas à digérer facilement cette descente aux enfers. Un choix volontaire de son réalisateur, qui ne cherche jamais à faire décoller son récit, et place le spectateur dans une position des plus désagréables tant la chute morale de Jean Luchaire et Otto Abetz, au départ porteurs d’idées nobles et modernes pour leur époque, semble banale.
Finalement que retenir de ce film ambitieux, qui prend volontairement son temps ? Si les trois heures peuvent rebuter, elles sont essentielles pour étirer l’inexorable compromission morale de ses personnages. On ne peut s’empêcher d’y voir un réel intérêt, à l’heure où les idées les plus nauséabondes se réinstallent sans trop de complexes dans certains coins du paysage médiatique français.
Source : www.huffingtonpost.fr

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