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18 mars 2026Nan Goldin au Grand Palais, la rock star de la photographie expose ses films crus, tendres et bouleversants
Depuis 1980, ses images transpercent le monde de la photographie. Nan Goldin rassemble ses photographies en diaporama et ainsi naissent ses films exposés à Paris.
Dans le salon d’honneur plongé dans la pénombre, sa voix résonne. Jour de vernissage, elle était attendue mais un mauvais coup du sort l’empêche de se déplacer. Nan Goldin n’est pas du genre à abandonner, alors elle a enregistré un texte. De sa voix, teinte rauque, grave et sombre, sur les images qu’elle monte actuellement venues de Gaza, elle évoque le drame des Palestiniens. « Je suis aveuglée par les ténèbres. » déclare-t-elle. Les mots d’une photographe, mais aussi d’une résistante.
This will not end well (« Ça va mal se terminer ») au Grand Palais à Paris n’est pas une simple exposition des images de la rock star de la photographie. C’est un lieu à visiter jusqu’au 21 juin, où sont projetés dans une scénographie soignée et mystérieuse, 6 diaporamas, les films de Nan Goldin. Plus loin dans Paris, mais le voyage est indispensable, à la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, une autre œuvre est projetée ; c’est le bouleversant Sisters, Saints, Sibyls, une vidéo de 35 minutes en hommage à sa sœur Barbara suicidée à 18 ans.
Dans l’histoire de la photographie contemporaine, Nan Goldin est en haut de l’affiche. Dans les années 70, elle capture en image ses amis, ses amants, des fêtes joyeuses, « drug, sex and rock’n’roll » serait un slogan un peu facile. Car la tendresse de l’amour et le désespoir des ruptures transparaissent avec générosité dans ses montages d’images. En 1991, elle confiait au magazine new-yorkais Bomb : « J’étais dans le même état que ce que je photographiais. Ce sont les gens avec qui je vivais, ce sont mes amis, ma famille, moi-même. Je photographie des gens qui dansent pendant que je danse. Ou des gens qui ont des rapports sexuels, alors que je viens d’en avoir. Ou des gens qui boivent pendant que je bois. Il n’y a pas de séparation entre moi et ce que je photographie« .
C’est un peu d’insouciance, un peu de défonce, beaucoup de danse et d’euphorie mais l’inquiétude flotte toujours dans les regards. Un carnet intime que narre Nan Goldin en image car comme le dit Fredrik Liew, commissaire de l’exposition et conservateur au musée d’Art moderne de Stockholm : « Ce qui me touche tant, c’est qu’elle est, à mon avis, l’une des plus grandes conteuses de l’histoire, et je l’entends dans le sens de, vous savez, les écrivains, les cinéastes, les artistes, les figures culturelles. Elle explore en profondeur ce que signifie être humain. Ce qui existe dans ce monde, et elle nous raconte des histoires. Ces histoires nous touchent profondément et nous émeuvent »
Le drame du Sida passera par là avec son lot de morts qui l’accompagne. « The Ballad of Sexual Dependency », le diaporama de 700 diapositives est dédié à la communauté disparue lors de l’épidémie.
Revoir « The Ballad of Sexual Dependency » est la clé pour comprendre Nan Goldin. Durée 47 minutes, il défile comme un journal intime de la communauté déjantée, joyeuse et désespérée. Dans les années 80, dans les clubs new-yorkais Nan Goldin projette ce qui deviendra son chef-d’œuvre. En 2016 dans le journal Le Monde, François Hébel, ancien directeur des Rencontres d’Arles se souvient avoir assisté au mitan des années 80 à une projection à New York: « Elle était là avec ses paniers de diapos, les images défilaient dans la fumée de cigarette au rythme des crooners, d’Aznavour à Sinatra. La version parisienne a évolué Nan Goldin retravaille chaque film au fil du temps. Mais la signature musicale de la photographe persiste. Tu t’laisses aller d’Aznavour côtoie toujours Smaltown Boy de Bronski Beat, et la Callas enchaine avec le Velvet Undergroud.
« Mes diaporamas sont des films composés de photos » a coutume de dire Nan Goldin. Barbara Kroher, commissaire associée de l’exposition explique à franceinfo Culture, la passion cinéphile de la photographe : « Elle a fréquenté les salles de cinéma très jeunes, notamment avec son ami David Armstrong, [photographe comme Nan Goldin] et elle raconte qu’elle s’est plongée dans cet univers cinématographique qui allait du cinéma pré code jusqu’aux grandes déesses hollywoodiennes qui l’ont énormément inspirée, que ce que ce soit Joan Crawford,ou Marlene Dietrich ».
Du cinéma pré code (avant la censure contre la violence et le sexe dans les années 30 ), elle a tiré la liberté de montrer et de provoquer, des stars hollywoodiennes, elle a piqué le Glamour. Ces références cinéphiles ne s’arrêtent pas là, renchérit Barbara Kroher : « Nan est inspirée par le cinéma underground d’Andy Warhol, le cinéma européen qu’elle a regardé également, Antonioni, par exemple. Blow-up serait le film qui l’a poussée à devenir photographe en raison de tout le glamour qui imprègne ce film ».
Ce sont donc 5 films et le travail en cours sur Gaza que le visiteur va découvrir au Grand Palais. 5 films, 5 salles comme un labyrinthe et de longs couloirs pour apercevoir l’écran. Pour « Stendhal Syndrome », qui interroge la beauté de l’Art dans un face à face des grands maîtres de la peinture et de la sculpture et les images de la photographe durant 26 minutes, le visiteur s’immerge dans une chapelle.
Pour The balade of Sexual Dependency, 45 minutes d’une œuvre dédiée aux morts du Sida, c’est dans une salle de cinéma que s’installe le visiteur. Pour Sirens en référence aux chants des sirènes qui attirent les marins hypnotisés par leurs voix, la scénographe Hala Warde évoque la courbe d’un coquillage. À tâtons dans la pénombre les visiteurs se frôlent, s’excusent et soudain apparaissent les images bouleversantes de Nan Goldin.
La scénographe Hala Warde travaille souvent avec Nan Goldin. Elle raconte à franceinfo Culture : « C’est une femme d’une sensibilité et d’une profondeur extrême, c’est formidable, c’est quelqu’un qui va de manière très profonde dans les sujets« . Elle poursuit pour expliquer que malgré la douleur, le travail de Nan Goldin transpire de générosité : « c’est une femme entière d’une générosité énorme, elle a sa famille élargie autour d’elle avec qui elle travaille très étroitement. Moi-même, je suis une enfant de la guerre, donc je suis très sensible à ces personnes qui croient plus aux gens et aux sentiments qu’aux choses établies ».
Nan Goldin a coutume de dire : « La photo m’a toujours permis de dépasser la peur ». et d’apporter parfois de l’euphorie dans les combats. The Other side, soit 16 minutes d’images est une ode à ces ami.e.s réalisée entre 1972 et 2010. En 1972, elle vivait à Boston avec un groupe de drags queens. En 1980, elle vit avec des amis transgenres à New York. Toujours l’amitié, l’amour et l’empathie explosent dans ces clichés flous, désordonnés, brutaux, la couleur bave ou sature et surgit la vie.
« L’empathie la caracterise »
Barbara Kroher, Curator associée de l’exposition « This Wil Not End Well » Nan Goldin
Revenons enfin aux mots de Nan Goldin et son prochain film actuellement présenté sous forme de film de travail : « Mon film sur Gaza est composé de bobines sur Instagram tournées par des journalistes, dont la plupart ont été assassinés Ce n’est pas fini, car le génocide continue. Le film commence et se termine en montrant la beauté de Gaza avant la guerre. Et à la fin, il met en avant la résilience des Palestiniens qui survivent aujourd’hui ».
Brutalité du monde intime ou lutte pour les plus agressés et opprimés sont ces engagements et dans le silence des mots et la BO de ces films, Nan Goldin exprime ainsi sa force et ses convictions.
Nan Goldin This Will Not End well jusqu’au 21 juin au GrandPalais de Paris
Source : www.franceinfo.fr

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