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19 mars 2026Comment apprendre aux enfants la différence entre les « bons » et les « mauvais » secrets ? Réponse d’une psychologue
Unsplash / Jess Zoerb
« Dès 2 ou 3 ans, il est possible d’évoquer cette notion de secret “bonbon” et de secret “poison”, tant que l’on utilise des mots simples et appropriés à l’âge de l’enfant. »
« C’est un secret, il ne faut en parler à personne. » Pour les enfants, cette phrase prononcée par un adulte peut sembler anodine. Elle évoque une surprise, une confidence amusante, un jeu complice. Mais parfois, ces mots recouvrent aussi une volonté de dissimuler quelque chose d’interdit, une situation qui n’aurait pas dû se produire et qui a fait peur, mal ou mis mal à l’aise l’enfant à qui l’adulte demande de se taire.
Car tous les secrets ne se ressemblent pas. Tandis que certains sont légers ou joyeux, d’autres enferment l’enfant, l’isolent, et peuvent mettre sur la piste de maltraitances ou de violences sexuelles.
Pour aider les enfants à faire la différence, et à repérer toutes les situations de violence, l’association L’Enfant Bleu a récemment lancé le Respectomètre. Pensé comme un outil de sensibilisation et de prévention des violences, il distingue notamment les secrets « bonbon », qui font sourire, des secrets « poison », qui rendent tristes ou font peur, et qu’il faut partager avec un adulte de confiance pour obtenir de l’aide.
En tant que parent, comment apprendre à son enfant à distinguer les « bons » des « mauvais » secrets ? Comment créer un environnement propice à la confiance et au dialogue ? Réponses d’Eva Serrano, psychologue clinicienne auprès de l’association L’Enfant Bleu, spécialisée dans l’accompagnement des jeunes victimes.
Le HuffPost. Pourquoi avoir mis au point ce concept des secrets « bonbon » et « poison » ?
Eva Serrano. Il a été élaboré face au constat que la parole d’un enfant vivant des violences sexuelles est souvent très difficile à déployer. D’abord parce qu’il ressent de la peur, de la culpabilité, de la honte, mais aussi parce qu’intervient aussi un mécanisme d’emprise et de manipulation de l’auteur des violences : en répétant à l’enfant qu’il ne doit rien dire de ce qu’il lui fait subir, il cadenasse sa parole.
Qu’est-ce qu’un secret « bonbon », un secret « poison » ? Comment aider son enfant à distinguer les deux ?
Un secret « bonbon », c’est un secret auquel l’enfant associe de la joie et du plaisir, et qu’il peut révéler sans obstacle, ni caractère de gravité. Par exemple, l’organisation d’un anniversaire surprise, un cadeau que l’on fait à un proche… Cela peut aussi relever du « jardin secret » de l’enfant : ses amitiés, ses petits coups de cœur… Au contraire, le secret « poison » lui fait du mal, crée une difficulté dans sa vie et entrave sa parole. Il peut aussi être plus difficile à révéler à mesure que le temps passe, notamment si l’emprise que l’adulte a sur l’enfant grandit.
À partir de quel âge un enfant est-il en capacité de comprendre la différence ?
Dès 2 ou 3 ans, il est possible d’évoquer cette notion de secret « bonbon » et de secret « poison », tant que l’on utilise des mots simples et appropriés à l’âge de l’enfant. C’est aussi à cet âge qu’un enfant commence à parler de ce qu’il ressent, de ses émotions, en utilisant par exemple le mot « bobo ». À cet âge, on peut aussi lui parler d’intimité, par exemple en lui rappelant que personne n’a le droit de toucher son corps. Selon moi, tout peut être abordé avec un enfant tant qu’on utilise des mots adaptés.
En tant que parent, que peut-on faire pour faire comprendre à son enfant qu’il ne doit pas garder pour lui les secrets « poison » ?
Pour qu’un enfant se confie, il faut qu’il sente qu’il a en face de lui un adulte de confiance, qui a instauré un climat propice à l’écoute. Il faut aussi qu’il montre qu’il est émotionnellement disponible pour recevoir ses confidences et pour répondre à ses besoins.
En tant que parent, il faut se faire confiance : si on a le sentiment que son enfant ne va pas très bien, qu’il ne nous dit pas tout, il ne faut pas hésiter à lui poser des questions et rester à l’écoute car révéler un secret « poison » prend parfois du temps.
Évidemment, il ne s’agit pas de lui redemander tous les soirs s’il s’est passé quelque chose à l’école, mais de rester attentif, de lui rappeler régulièrement ce qu’est l’intimité, qu’il est maître de son corps, ce qui est un comportement normal et ce qui ne l’est pas, afin qu’il se sente en confiance pour parler. Il faut aussi observer : quand il y a des violences, le corps peut aussi l’indiquer. Et il faut garder en tête qu’il vaut mieux trop d’inquiétude que pas assez.
Source : www.huffingtonpost.fr

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