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19 mars 2026
Leïla Slimani
19 mars 2026« Des faits d’une extrême gravité » : les témoignages attendus de trois femmes au premier procès en France lié au génocide des Yézidis en Syrie
Le jihadiste français Sabri Essi, est jugé en son absence, car présumé mort, depuis lundi aux assises de Paris, pour avoir participé au génocide des Yézidis. Trois femmes vont témoigner jeudi.
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Meurtres de masse, ventes de femmes et d’enfants, viols sont les chefs d’accusation retenus contre Sabri Essi, jugé par défaut depuis lundi 16 mars pour avoir participé au génocide des Yézidis. Par défaut car le Toulousain, né en 1984, et demi-frère de Mohamed Merah, l’auteur des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, est présumé mort en Syrie. Mais rien ne le prouve.
Trois femmes yézidies sont parties civiles à cette audience. Elles vivent aujourd’hui réfugiées loin de l’Irak et demandent qu’on ne dise pas où. Deux d’entre elles ont fait le déplacement à Paris et vont témoigner jeudi 19 mars. Elles vont raconter à la barre, l’attaque des monts Sinjar, berceau de leur communauté, dont la religion est vieille de plus de 4 000 ans. Considérée comme hérétique, elle est donc à éradiquer, selon l’organisation terroriste Daech.
C’était à l’été 2014. Séparées de leurs maris, ces femmes yézidies ont été vendues, revendues sur des marchés avec des titres de propriété, ou dans des boucles Telegram avec des annonces comme « échange esclave contre paire d’Adidas ». Elles ont été affamées, battues, violées devant leurs enfants. Jusqu’à ce qu’un jour, trois ans plus tard, leurs familles ou des ONG parviennent à les retrouver pour les racheter. L’un de leurs geôliers était le Français Sabri Essid, qui s’est aussi fait remarquer dans des vidéos de propagande de Daech, des vidéos d’exécution, notamment. « Allah nous a permis de tuer vos frères sur le sol français, sales espions apostats !« , le voit-on vociférer dans l’une d’elles. Selon les juges d’instruction, ce Français était dans les hautes sphères du califat.
Bahzad Farhan est lui-même yézidi. Il est membre de l’ONG Kenyat et a documenté ces exactions. « Une première survivante a témoigné et donné les noms d’autres femmes. De fil en aiguille, on est arrivé à identifier Sabri Essid », raconte-t-il.
« Il a commis des atrocités sur ces femmes et leurs enfants qui dépassent l’imagination. Il faut faire savoir au monde ce que ces femmes ont vécu et faire savoir aussi que ce génocide n’est pas fini ».
Bahzad Farhan, de l’ONG Kenyatà franceinfo
Il y a un peu plus d’un an, une jeune femme esclave yézidie a été retrouvée à Gaza. Elle avait 11 ans au moment de son enlèvement. 2 500 Yézidis sont toujours portés disparus.
C’est la première fois que la justice française se penche sur l’indicible cauchemar de ces civils. Jusque-là, elle avait jugé seulement des attaques terroristes en France. C’est également la première fois qu’un Français est jugé pour génocide. Maurice Papon et Paul Touvier ont été condamnés pour complicité de crimes contre l’Humanité pour avoir participé à l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. La plongée est vertigineuse.
« Malgré l’extrême difficulté de re-raconter l’enfer qu’elles ont vécu, ce procès est extrêmement important pour mes clientes, insiste Clémence Bectarte, avocate des Yézidies parties civiles à ce procès. Même si on n’a pas d’accusé dans le box, on parle de faits d’une extrême gravité, qui n’ont jamais fait l’objet d’aucun procès en Irak, qui n’ont jamais fait non plus l’objet d’une enquête devant la Cour pénale internationale. Il y a un enjeu qui la mémoire de ce génocide, qu’il soit raconté, qualifié et que les responsables soient sanctionnés. » En tout, 400 000 Yézidis vivaient dans la région irakienne du Sinjar. Tous ont été tués, capturés ou déplacés. Le verdict doit être rendu vendredi soir.
Source : www.franceinfo.fr

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