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Malgré les vicissitudes, Sanae Takaichi et Donald Trump affichent une grande entente. La fermeture du détroit d’Ormuz menace cette harmonie.
Limiter les pertes : c’est l’objectif modeste que se fixe Sanae Takaichi en allant à la rencontre de Donald Trump. Jeudi, la Première ministre du Japon est attendue à Washington pour un sommet entre les deux partenaires à moment particulièrement délicat. Leur «alliance d’acier», métal évoqué sans cesse par les deux parties pour décrire la solidité de la relation nippo-américaine, montre des signes de corrosion à mesure que le président américain s’enferre dans son aventurisme au Moyen-Orient.
Lorsque Sanae Takaichi a pris la tête du gouvernement en octobre dernier, elle avait mis les bouchées doubles pour ne pas s’attirer les foudres du mercurial président américain. Reprenant la stratégie de flatterie de son mentor en politique, l’ex-Premier ministre Shinzo Abe, elle s’était montrée complice avec lui. «Idéologiquement, elle est un compagnon de route de Donald Trump», explique Paul Nadeau, spécialiste des relations nippo-américaines à l’Université Temple aux États-Unis. Certes, le Japon est fortement pénalisé par les droits de douane imposés sur le marché américain, vital pour ses exportateurs donc sa croissance. Certes, il est mis à forte contribution, sommé de verser une obole mirobolante (550 milliards de dollars) sous forme d’investissements aux États-Unis. Mais, estimant que l’alliance avec Washington n’a pas de prix et lui garantit une protection contre les menaces russe, chinoise et nord-coréenne, Sanae Takaichi fait bonne mine à mauvais jeu. «Les mesures tarifaires semblent peu affecter l’économie japonaise pour le moment. Il faut dire que le Japon est habitué aux mesures de rétorsion américaines depuis le début des années 90. Il a dû se préparer de longue date», observe Paul Nadeau.
Les deux leaders avaient affiché une certaine complicité lors d’une visite du président américain au Japon en octobre dernier. Plus tard, Sanae Takaichi avait même reçu le soutien de Trump peu avant les élections législatives qu’elle a remportées triomphalement le 8 février. Un nouvel écueil est venu se dresser sous leur lune de miel depuis le 27 février : l’offensive israélo-américaine en Iran. En déclenchant l’opération Epic Fury, Donald Trump a provoqué ce que le Japon redoute plus que tout : la menace d’une pénurie sur ses importations énergétiques, carburant des formidables industries de transformation qui ont porté son économie depuis plus d’un siècle. Selon Natixis, 65% des importations nippones de pétrole et 10% de celles de gaz naturel transitent par le détroit d’Ormuz, aujourd’hui fermé par le régime des mollahs.
Obsédé par sa sécurité énergétique depuis le choc pétrolier de 1973, l’Archipel s’est constitué de longue date d’importantes réserves de pétrole. Il estime disposer d’environ 220 jours de consommation sur son territoire. Mais la situation autour du détroit est si dégradée que le retour à la normale prendra probablement des mois. Non seulement le Japon pâtira cruellement de la probable envolée mondiale des cours, faisant souffrir entreprises et particuliers avec un nouvel envol de sa facture énergétique, acquittée dans un yen aujourd’hui au plus bas de son histoire ; mais il craint, tout simplement, pour son approvisionnement.
À la recherche d’une solution de sortie de crise, Donald Trump a sollicité quelques pays alliés, dont le Japon, pour l’aider à rouvrir le détroit d’Ormuz. Mais tous les juristes s’accordent pour estimer que les conditions juridiques ne sont pas réunies pour un engagement des forces d’autodéfense (l’armée nippone) dans ce qui demeure, militairement, une poudrière. Sanae Takaichi a écarté cette éventualité à la Diète, promettant d’expliquer la situation à Donald Trump. Mais elle craint le courroux de l’irascible président, bien qu’il soit la source directe de nouveaux tourments pour son pays. Elle pourra au moins promettre une aide ultérieure, par exemple en dépêchant dans les eaux du détroit d’Ormuz des dragueurs de mines, lorsqu’elles seront pacifiées.
Le Japon pourrait-il prendre un jour de la distance avec un partenaire qui le traite de manière si cavalière ? Il en semble incapable, multipliant les gestes à mesure qu’il est sollicité. Si la relation est rompue, ce sera du fait de Washington, s’accordent les observateurs de cette relation. Ainsi Sanae Takaichi ne semble-t-elle pas adhérer au concept d’alliance entre «puissances moyennes» que le Premier ministre canadien Mark Carney a récemment esquissé. «Sanae Takaichi m’a dit : c’est facile pour Mark Carney de parler comme ça, il n’a que les États-Unis pour voisin», raconte un intellectuel proche de la Première Ministre. «Sanae Takaichi est contrainte d’affronter les réalités économiques et de sécurité. Le Canada fait partie de l’Otan et est dans la même région que les États-Unis. Nous, nous avons fait la guerre, avons été battus et depuis, nous nous efforçons d’être de bons alliés», explique Hitoshi Tanaka, de l’Institut de recherches du Japon, l’un des principaux architectes intellectuels de la diplomatie de son pays. Avant d’avouer son désarroi : «ce que dit Trump chaque jour est si fou…».
Source : www.lefigaro.fr

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