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19 mars 2026« On s’achète du temps » : pourquoi le déblocage des stocks stratégiques de pétrole a peu d’effets sur le cours du baril
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Le déblocage exceptionnel de 400 millions de barils de pétrole n’a pas suffi à diminuer significativement le prix du baril de Brent. Seule la réouverture du détroit d’Ormuz pourrait changer durablement la donne, selon les économistes interrogés par franceinfo.
La solution miracle pour réduire le prix du pétrole ? Mercredi 11 mars, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé le déblocage exceptionnel de 400 millions de barils de pétrole avec l’objectif d’éviter la flambée des prix du baril de Brent et des carburants à la pompe. Une décision saluée notamment par le ministère de l’Economie français soulignant que cette mesure « peut contribuer à détendre les prix ». La libération des stocks stratégiques représente « environ 20 jours des volumes exportés via le détroit d’Ormuz », a précisé Emmanuel Macron à l’ouverture du G7.
Mais dans les faits, il a seulement un effet limité sur le temps. « C’est une grosse goutte d’eau afin de gagner du temps », note l’économiste Thierry Bros. « On s’achète du temps, rien de plus. » Pour preuve, les deux références mondiales, le baril de Brent de la mer du Nord et son équivalent américain le West Texas Intermediate, oscillent actuellement autour des 100 dollars le baril, soit une envolée de 40% à 50% depuis le début de la guerre lancée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. Au plus haut, le prix du baril de pétrole a pu atteindre brièvement près de 120 dollars, alors qu’il se situait autour des 70 dollars fin février, quelques heures avant les premières frappes.
Les cours de l’or noir restent donc volatils. Mercredi 17 mars, le baril de Brent de la mer du Nord dépassait de nouveau les 100 dollars. Cette hausse intervient après de nouvelles attaques contre des infrastructures pétrolières stratégiques à Fujaïrah, aux Emirats arabes unis, le 16 mars, où un site a été visé par des drones iraniens pour la deuxième journée consécutive.
Ces attaques ravivent les inquiétudes autour de l’approvisionnement mondial du pétrole dans le détroit d’Ormuz, où transite d’ordinaire près de 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide. Dans ce contexte, toute perturbation géopolitique ou militaire (même ponctuelle) alimente immédiatement la hausse des prix, selon plusieurs économistes interrogés par franceinfo.
Si le déblocage des stocks stratégiques n’a pas eu une incidence à la baisse sur les cours du baril de Brent, cela s’explique par le fonctionnement même du marché pétrolier, assurent les spécialistes.
« Le prix du pétrole est avant tout une anticipation. Les grandes compagnies pétrolières et les traders essaient d’évaluer la durée de la crise et cela détermine les cours. »
Jean-Pierre Favennec, consultant et spécialiste de l’énergieà franceinfo
Les marchés restent ainsi « très prudents » face à l’actualité au Moyen-Orient, appuie Patrice Geoffron, docteur en économie industrielle et professeur à l’université Paris-Dauphine.
Plus que la libération des stocks stratégiques, c’est la réouverture du détroit d’Ormuz qui pourrait entraîner une baisse des prix, selon eux. « L’incapacité à savoir quand le détroit va rouvrir est centrale. Dans quinze jours, les prix peuvent être à 150 dollars comme redescendre », précise Patrice Geoffron.
Ces derniers jours, Donald Trump a appelé les pays de l’Otan à l’aide pour sécuriser le détroit. Sans être entendu. « Il a un besoin que le détroit d’Ormuz soit libéré car son pays consomme la moitié du carburant mondial », affirme Jean-Pierre Favenec. La prise de parole du président américain a été particulièrement scrutée par les marchés, comme chacune de ses interventions depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
« Quand Donald Trump s’exprime, il a un effet direct sur le marché. »
Thierry Bros, économisteà franceinfo
Les cours du pétrole ont ainsi enregistré une forte baisse, mardi 10 mars, lorsque le président américain a affirmé que la guerre avec l’Iran était « quasiment finie » et annoncé la levée à venir de certaines sanctions américaines sur le pétrole russe. Ce revirement a provoqué une chute marquée des cours, le prix du baril de Brent chutant de 10,46% à 88,61 dollars.
Pour Thierry Bros, le déblocage de ces 400 millions de barils relève également d’une logique de gestion du risque. « C’est une mesure assurantielle. Si votre logement brûle, l’assurance va donner de l’argent, mais ne va pas réparer immédiatement », détaille-t-il. Autrement dit, ces stocks permettent d’apaiser à court terme les fluctuations de l’offre et la demande, sans pour autant rééquilibrer durablement le marché.
« C’est une quantité, certes massive, mais ça ne suffit pas à réduire les craintes des acteurs du marché du pétrole. »
Patrice Geoffron, professeur d’économieà franceinfo
« Il faut également penser à l’après. Il faudra réparer les infrastructures. La production sera donc encore entravée et cela prendra du temps », poursuit l’universitaire.
Ainsi, une injection massive de stocks de pétrole par l’AIE dans le marché ne suffirait pas à abaisser les prix si la guerre devait s’inscrire dans le temps. Or, l’incertitude persiste et reste maximale. « Le marché est tétanisé, sans direction claire. Certains traders sont optimistes, d’autres pessimistes et font fluctuer les prix. Le prix est une moyenne de leurs anticipations », observe Thierry Bros.
Enfin, la mobilisation des stocks stratégiques peut également nourrir l’inquiétude du marché pétrolier et être perçue comme un signe de faiblesse. Jean-Pierre Favennec l’assure : « C’est une arme à double tranchant. D’un côté, c’est envoyer au monde un message que la situation est gérée. Mais de l’autre, c’est un signal d’alerte pour le marché pétrolier. »
Source : www.franceinfo.fr

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