
Dominique Pelicot devrait « mourir en prison », déclare sa fille
20 mars 2026
Ils entendaient « des bruits d’animaux », ils trouvent « un homme nu » sous le plancher
20 mars 2026Analyse : Cette nouvelle a été passée en revue par notre équipe.
Les journalistes partagent leur point de vue sur « À La Flèche, l’électorat de droite se divise face à la perspective de voter RN ».
Ce qu’il faut observer
La Flèche (Sarthe).– C’est le moment le plus stratégique de l’entre-deux-tours pour gagner les quelques voix qui feront la différence dans un scrutin qui s’annonce des plus serrés, dimanche 22 mars. Le marché de La Flèche est l’un des plus importants de la Sarthe. C’est d’ailleurs ici que l’on croise enfin Michel Da Silva, après avoir tenté de le joindre en vain pendant trois jours.
Avec 16,8 % des suffrages exprimés, le candidat divers droite est arrivé dimanche dernier en troisième position au premier tour des élections municipales, loin derrière Romain Lemoigne du Rassemblement national (RN), qui a créé la surprise avec 43,6 % des suffrages. Reléguée en deuxième position, la maire socialiste sortante, Nadine Grelet-Certenais, a quant à elle recueilli 39,4 % des voix.
Troisième homme de ce scrutin, Michel Da Silva, qui n’avait encore jamais candidaté à une élection, n’a aucune chance de l’emporter dimanche prochain. Mais il a décidé de se maintenir au second tour, malgré le risque de voir sa ville de 15 000 habitant·es basculer aux mains de l’extrême droite. « Une évidence totale » pour celui qui compte bien siéger dans l’opposition du prochain conseil municipal pour défendre ses idées. Courtisé par le RN et par la gauche pour un rapprochement au second tour, il a décliné toutes les propositions. « J’avais dit dès le départ que je ne ferais pas d’alliance », rappelle-t-il.
Encarté au parti Les Républicains (LR), cet entrepreneur à la retraite, qui a préféré se présenter sans étiquette, refuse de dire clairement ce qu’il pense du RN et de ses idées. Dans les faits, son programme est très proche de celui du candidat d’extrême droite. « Économiquement, on n’est pas du tout d’accord, mais ils veulent plus de sécurité et nous aussi. Oui, on est peut-être plus proches de certaines idées du RN », admet Sylviane Delhommeau, numéro deux sur la liste de Michel Da Silva.
Une porosité visiblement bien plus marquée qu’avec la gauche. Ici, l’idée d’appeler à faire barrage à l’extrême droite ne semble d’ailleurs pas avoir été envisagée un seul instant. « Qu’est-ce que la gauche nous propose ? Ils nous ont humiliés pendant six ans, et maintenant ils veulent qu’on les aide ? », s’indigne l’élue d’opposition au conseil municipal jusqu’alors dirigé par les socialistes.
Des électeurs de droite déjà conquis par le RN
Entre les étals du marché, les électrices et électeurs de droite se font plutôt discrets, sans doute embarrassé·es par le choix qui les attend dimanche prochain. Michèle ne sait pas encore si elle donnera de nouveau son vote à Michel Da Silva, ou si elle glissera cette fois un bulletin RN dans l’urne. « Pourquoi pas ? », s’interroge à voix haute celle qui se dit proche de certaines idées du parti d’extrême droite. « Le RN n’est pas forcément dangereux. Le vrai danger, c’est LFI ! », tient-elle à ajouter.
Plusieurs assument même avoir fait ce choix dès le premier tour. « D’habitude je vote LR, mais là j’ai voté RN, parce que Da Silva, je le trouve mou du genou », glisse une commerçante, qui voulait surtout « envoyer un message » à la municipalité sortante. Mais pour le second tour, elle hésite encore entre le candidat divers droite, le « choix de la raison », ou celui d’extrême droite, le choix du « changement ».
Un peu plus loin, une dame âgée de 75 ans, qui vote traditionnellement à droite, regrette que sa famille politique n’ait pas conclu d’alliance avec la liste de Romain Lemoigne. « Ce qu’ils disent sur la sécurité et l’immigration, c’est vrai. Donc moi, dimanche, je voterai RN. Romain Lemoigne, c’est un jeune. L’étiquette on s’en fiche, ce qui compte, c’est le bonhomme », affirme-t-elle.
Si Michel Da Silva était vraiment démocrate, il aurait appelé à voter socialiste pour faire barrage.
Si beaucoup d’électeurs et électrices de droite croisé·es par Mediapart ne cachent pas leur proximité idéologique avec le parti de Jordan Bardella, certain·es tiennent encore à s’en démarquer. À l’image de Gisèle, qui refuse de voir sa famille politique absorbée par l’extrême droite. Dimanche 22 mars, elle compte de nouveau voter pour Michel Da Silva, soulagée qu’il se maintienne, car « tout le monde doit pouvoir retrouver ses opinions au second tour », quand bien même le RN est en mesure de remporter cette triangulaire.
La perspective inquiète tout de même quelques partisan·es de Michel Da Silva. « On a envie de changement, mais on va être obligés de voter PS pour que le RN ne passe pas », glisse sans s’attarder une électrice pressée. Michèle et Jean-Luc sont plus bavard·es, comme soulagé·es de pouvoir exprimer enfin à haute voix leur sidération. « Je suis très déçu que Michel Da Silva ne se désiste pas, lâche Jean-Luc. S’il était vraiment démocrate, il aurait appelé à voter socialiste pour faire barrage. »
Au second tour, le couple votera à gauche sans hésiter, pour éviter à tout prix de voir leur mairie conquise par l’extrême droite. Combien feront le même choix ? Difficile de dégager une tendance, mais une chose est sûre : l’électorat de droite sera à coup sûr l’arbitre du scrutin de dimanche à La Flèche.
Porte d’entrée
C’est en tout cas leurs voix qu’espère rallier Romain Lemoigne. « J’ai croisé beaucoup d’électeurs de M. Da Silva qui nous disent qu’ils voteront pour nous. Ça fait des décennies que le Parti socialiste dirige la ville, les Fléchois veulent l’alternance », veut croire le candidat RN, qui appelle la droite à un « vote utile ». À seulement 25 ans, l’assistant parlementaire de l’eurodéputé Philippe Olivier incarne l’une des meilleures chances de conquête aux municipales. Le RN voudrait faire de La Flèche le symbole de son implantation dans l’Ouest, où les grandes métropoles lui résistent encore.
Signe de l’intérêt particulier que porte l’état-major parisien à cette sous-préfecture de la Sarthe : la visite en personne de Marine Le Pen le 12 mars, à quelques jours seulement du premier tour. En novembre 2025, Jordan Bardella avait lui aussi fait étape à La Flèche pour une séance de dédicaces de son dernier ouvrage.
La stratégie s’est révélée payante, puisqu’elle a permis à Romain Lemoigne de se hisser en tête au premier tour, en devançant de plus de quatre points sa concurrente socialiste. Un séisme dans cette municipalité tenue par la gauche depuis 1989. Mais les électeurs et électrices du RN, eux, ne sont pas surpris. Assise sur une terrasse du centre-ville, Nathalie Lecomte se réjouit. Voilà vingt-cinq ans qu’elle n’avait pas glissé un bulletin dans l’urne aux municipales. « Il faut que des gens comme moi qui n’ont pas voté depuis des années se mobilisent pour que ça change », lance-t-elle joyeusement.
La mobilisation des abstentionnistes explique en partie la forte percée du RN dans cette commune de 15 000 habitant·es. Cette année, seuls 31 % des électeurs et électrices ont boudé les urnes, contre 37,5 % en 2014. Avec une campagne principalement axée sur la sécurité et la « paix fiscale », Romain Lemoigne a su tirer profit d’une profonde envie d’alternance.
Il bénéficie aussi d’un rejet assez marqué de la maire sortante, Nathalie Grelet-Certenais. Son plus grand tort, aux yeux de l’électorat de droite et d’extrême droite : avoir transformé le parking de Port-Luneau, situé à quelques mètres du marché, en promenade piétonne sur les bords du Loir. Un reproche qui revient si souvent dans les conversations que l’élection semble presque se jouer sur cet unique enjeu.
À gauche, la crainte de voir la ville basculer
La socialiste paie aussi sa trop faible présence sur le terrain pendant ses six ans à la tête de la mairie. En 2020, Nadine Grelet-Certenais a pris la succession de Guy-Michel Chauveau, ancien député du Parti socialiste (PS) resté plus de trente ans à l’hôtel de ville. Une figure bien connue et appréciée des habitant·es de La Flèche. Mais avec sa successeuse, la greffe n’a pas vraiment pris. « La mairesse, quand vous la croisez, elle ne vous dit même pas bonjour », s’indigne une électrice de droite. « On ne la voit jamais », regrette aussi un sympathisant RN.
L’ancienne sénatrice nous a donné rendez-vous dans le quartier populaire de Saint-André, où le candidat d’extrême droite a réalisé ses meilleurs scores le 15 mars. Son équipe se retrouve en fin de journée pour une séance de porte-à-porte, espérant convaincre les derniers abstentionnistes de voter pour elle dimanche prochain. Aux personnes qu’elle croise, la maire sortante promet de revenir plus souvent à leur rencontre. « Il faut qu’on soit beaucoup plus présents dans les quartiers », admet-elle.
Avec 290 voix de retard sur son adversaire d’extrême droite, Nadine Grelet-Certenais est persuadée qu’elle peut encore renverser la tendance. Et à bien y réfléchir, le maintien du candidat de droite pourrait l’arranger. « Il a fait le choix de se maintenir dans l’idée qu’il pouvait aller puiser dans l’électorat du RN. S’il réussit, c’est d’autant moins de voix pour l’extrême droite », tente de se rassurer la candidate, encore abasourdie par le score de Romain Lemoigne. « On était un peu la citadelle imprenable », raconte-t-elle, persuadée d’être victime d’une vague nationale de dégagisme qui a peu à voir avec son bilan.
Ses soutiens, eux, sont plus qu’inquiets. « J’ai peur que la droite vote RN », redoute Annick. « Je serais profondément triste que ça bascule à l’extrême droite », confie aussi une fonctionnaire, croisée dans l’artère commerçante principale de La Flèche. « Après, j’ai bon espoir que les gens fassent front. Tous les électeurs de droite ne sont pas prêts à laisser passer le RN », veut croire cette jeune trentenaire.
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : Nous vous tiendrons au courant des prochaines évolutions importantes.

9999999
