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Winston Churchill va-t-il être remplacé par un blaireau ? Un blaireau au sens premier du terme, je précise. Parce que c’est de cela qu’il est question : remplacer les personnalités historiques qui figurent aujourd’hui sur les billets de banque par des représentations de la faune sauvage britannique. Pour l’instant, on trouve, donc, sur ces billets l’ancien Premier ministre et héraut du monde libre Winston Churchill ; la romancière Jane Austen ; le peintre William Turner, et enfin Alan Turing, mathématicien qui a permis de percer les codes nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Rappelons – au sujet de ce dernier – que malgré le service rendu à la nation, Turing avait été poursuivi pour homosexualité en 1952. Obligé de prendre un traitement de castration chimique, qui l’avait mené à se suicider en croquant, comme Blanche-Neige, dans une pomme empoisonnée. L’accession de ce génie sur les billets de 50 livres il y a tout juste 5 ans était, selon moi, un magnifique symbole.
Mais voilà, donc. La Banque d’Angleterre, qui veut émettre des billets plus sûrs, fait valoir, d’abord, qu’il serait plus difficile de falsifier l’image d’un animal que celle d’un être humain. Et qu’ensuite une consultation a été menée auprès de 44 000 répondants volontaires. Laquelle a donné la faune gagnante à 60% des suffrages pour figurer sur les billets.
Sait-on quels animaux ?
Non. On parle du blaireau – je ne l’ai pas inventé ! – du castor, ou encore de la loutre, mais ce n’est pas encore fait. D’autant plus, donc, que cette annonce a suscité une vive émotion transpartisane, les leaders de tous les partis enjoignant à la Banque d’Angleterre de revenir sur cette décision. Personnellement je suis d’accord avec eux : je trouve nécessaires les exercices d’admiration collective. Quand ils sont bien faits, au reste, ils ne sont pas un motif de gloriole mal placée, mais un exercice d’humilité et de conscience de ce dont on hérite. Cette sédimentation dont il faut savoir saluer le meilleur sans nier les parts d’ombre.
Chose intéressante : si les Britanniques enlevaient leurs figures historiques de leurs billets, ils suivraient le chemin inverse de la Banque Centrale Européenne, laquelle a enfin acté ces dernières années, qu’il n’était plus possible de conserver ces arches et ponts qui n’existent pas sur nos billets d’euros. Ces billets que le philosophe Régis Debray comparait à des « billets de Monopoly, sans date, sans lieu ni devise, illustration fantomatique d’un no man’s land incorporel. » Voilà qui devrait être corrigé, nous promet-on, avec des figures historiques et des monuments existants.
Soyons juste avec les Britanniques, néanmoins. Si Churchill était tristement remplacé par un blaireau, et l’immense Jane Austen par une loutre ; au verso resterait quoi qu’il arrive une représentation du souverain – désormais : Charles III. Comme on dit chez eux : The Crown endures. La couronne demeure.
Source : www.radiofrance.fr

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