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Fin décembre, trois jeunes Serbes ont été condamnés par la justice serbe pour « discrimination raciale » et « espionnage » au profit de la Russie, après avoir déposé des têtes de cochon devant des mosquées parisiennes et aspergé des synagogues de peinture verte en mai 2025. BFMTV a eu accès au détail des opérations de cette cellule, révélant au passage des actes d’ingérence passés inaperçu.
Neuf têtes de porc déposées devant des mosquées parisiennes, jets de peintures verte sur trois synagogues et le Musée de l’Holocauste à Paris… Ces actions de déstabilisation fortement médiatisées au printemps et à l’été 2025 ont en réalité été menées par une seule et même équipe, à la solde des services secrets de Vladimir Poutine, selon des documents judiciaires serbes consultés par BFMTV.
Entre avril et septembre 2025, ce commando basé en Serbie est passé à l’action, en préparant et en menant une série d’actions d’ingérence contre la France, a établi la justice serbe. Trois Serbes membres de ce commando ont été condamnés par le tribunal de Smederevo les 22 et 24 décembre 2025 pour « espionnage » et « discrimination raciale », a appris BFMTV, confirmant les informations de l’AFP.
Plusieurs enquêtes françaises ouvertes en parallèle pour des actes commis « au service des intérêts d’une puissance étrangère » sont toujours en cours. BFMTV révèle les détails de ces opérations de cette cellule serbe, dont le but était de fracturer le pays.
Une cellule à la solde de la Russie
Cette cellule, basée à Velika Plaka, une petite ville du centre de la Serbie, était « financée et obéissait aux services de renseignement de la Fédération de Russie », selon les verdicts du tribunal de Smederevo, qui désigne directement l’État russe comme responsable.
Sa dernière action fut aussi la plus spectaculaire. Fin août 2025, des recrues sont chargées de déposer des têtes de porc coupées devant une dizaine de mosquées de Paris et de proche banlieue. Objectif, « propager la haine raciale et religieuse et provoquer la déstabilisation des relations ethniques et religieuse » en France, selon les verdicts déjà cités.
L’homme qui pilote cette opération se nomme Aleksander S. Lui et un mystérieux « Hunter »– désigné comme tel dans les documents serbes – ont reçu leurs consignes directement des services secrets russes, qui se chargent de financer la mission (frais de location de voiture, d’essence et paiement d’une chambre d’hôtel à Paris). Les quatre Serbes qu’ils chargent de ces basses-œuvres sur le terrain sont, eux, rémunérés 1.500 euros chacun.
Opération « têtes de cochon »
Le 5 septembre 2025, les quatre co-équipiers, répartis entre deux véhicules, partent de Belgrade et de Velika Plaka. Mais un petit imprévu survient en chemin. L’une des voitures est stoppée par les policiers à la frontière croate. Un passager, Miroslav*, a interdiction de quitter le pays. L’équipe retente sa chance un peu plus tard avec un autre véhicule, mais se fait de nouveau interpeller, cette fois en Allemagne. Ils doivent rebrousser définitivement chemin le 7 septembre.
L’autre véhicule poursuit sa route vers l’Hexagone. À son bord, deux jeunes Serbes désormais chargés d’assurer seuls cette mission: Bogdan*, serveur, déjà condamné en Serbie pour trafic de stupéfiants, et Toma*, ouvrier, inconnu de la justice.
Leur Golf blanche, immatriculée en République Serbie, débarque lundi 8 septembre dans un petit village normand de Seine-Maritime, à plus de cent kilomètres de Paris. Là, ils toquent à la porte de Nicolas*, éleveur de cochon.
L’agriculteur s’attendait à leur arrivée : il avait reçu quelques jours plus tôt, le 27 août 2025, un courriel d’Aleksander S. – le chef présumé de la cellule serbe – rédigé dans un français approximatif : « Bonne journée, respect. Avez-vous des têtes de cochon crues à vendre ? » Quand l’agriculteur lui répond par l’affirmative, Aleksander S., sans doute équipé d’un traducteur en ligne français-serbe, lui demande alors de « programmer 10 têtes de cochon ». Il viendra les « récupérer », précisant qu’il lui faudra « deux heures de route » pour venir jusqu’à son village. « Est-il possible de payer en espèces ? », glisse Aleksander S.
Avec les têtes de porc dans le coffre, Bogdan et Tom prennent la direction de la capitale, jusqu’au quartier Oberkampf (11e arrondissement). Dans la nuit du 8 au 9 septembre, ils déposent neuf têtes de cochon devant des édifices religieux musulmans à Paris, Montreuil (Seine-Saint-Denis), Malakoff, Montrouge et Gentilly (Hauts-de-Seine). Certaines têtes décapitées supportent l’inscription « Macron » à l’encre bleue.
L’acte fait mouche : les médias le reprennent en se demandant s’il s’agit d’une ingérence étrangère voire d’une action coordonnée de l’ultradroite. C’est en visionnant BFMTV que l’éleveur normand qui a fourni les têtes de cochons aux suspects, a l’idée d’appeler les gendarmes.
Au même moment, les deux Serbes inscrivent plusieurs graffitis « 10 septembre » sur les murs de Paris, la veille d’un grand rassemblement prévu le lendemain ponctué d’appels à « bloquer » le pays. Une action passée inaperçu jusqu’ici.
Le parquet de Paris, qui filoche les deux Serbes, ouvre une enquête pour « provocation à la haine raciale » et soupçonne immédiatement une opération d’ingérence.
« Ces hommes sont susceptibles d’avoir utilisé une ligne de téléphone croate, dont le suivi atteste d’un franchissement de la frontière franco-belge dès [9 septembre] après la commission des faits », souligne le parquet.
Bogdan et Tom parviennent à regagner la Serbie. Jusqu’à leur interpellation dans le cadre d’un vaste coup de filet des autorités serbes: onze personnes sont interpellées le 28 septembre. La cellule serbe est décapitée. Aleksander S. en réchappe. Depuis, il est en cavale.
Opération « peinture verte »
Cette mission « têtes de cochon » n’était que la dernière d’une longue série. La cellule serbe, qui ciblait la France mais aussi l’Allemagne, a commencé ses opérations en avril 2025 en collant sur les murs de Paris quelques 700 autocollants anti-arméniens le 25 avril, jour de la commémoration du génocide arménien de 1915.
Un mois plus tard, les Serbes exécutent une autre action tout aussi retentissante, toujours dans le but d’attiser les tensions religieuses en France. Le 26 mai 2025, un membre de la cellule, Stefan*, technicien de laboratoire de profession, part de Velika Plaka à bord d’une Audi noire et avec un complice. Ils rejoignent des compatriotes déjà présents à Paris.
Le 30 mai dans la journée, ils achètent des pots de peinture verte, des pistolets à peinture et se divisent en deux groupes. Dans la nuit du 30 au 31, en combinaison blanche et à l’abri des regards, ils maculent de peinture verte la façade de trois synagogues, mais aussi celle du musée de l’Holocauste (4e arrondissement) et d’un restaurant juif.
La date n’est pas choisie au hasard. Le lendemain, le PSG affronte l’Inter Milan le soir-même lors de la finale Ligue des champions, (5-0). Les Serbes espèrent profiter de « l’affluence du public dans les rues », selon le tribunal. But de la manoeuvre: « attiser l’intolérance raciale et religieuse entre les communautés juive et musulmane ».
Pour l’opération « peinture verte », chaque participant devait empocher une récompense de 1.000 euros. Tous ne la toucheront pas. Les policiers parisiens sont sur leurs traces: ils ont récupéré des pots de peinture et une combinaison.
Trois Serbes, âgés de 22 ans à 30 ans, finissent par être interpellés à Antibes (Alpes-Maritimes), alors qu’ils fuyaient le pays. Présentés à un juge d’instruction, ils sont mis en examen et écroués pour France pour « dégradations de bien et d’édifice de culte, en raison de la religion ou de l’ethnie dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère ».
Certains en réchappent. Stefan et son complice ont pu regagner la Serbie et participer à d’autres opérations. Ils seront arrêtés dans la vague d’arrestation de septembre 2025. Le 24 décembre 2025, le tribunal de Smederevo condamne à Stefan à 6 mois de prison ferme.
Le 22 décembre, après quatre mois de détention provisoire, Tom et Bogdan ont de leur côté été condamnés respectivement à un an et un an et demi de prison ferme.
Une peine qu’il exécute tous sous forme de surveillance électronique à domicile, à Velika Plana.
Les trois Serbes arrêtés en France n’ont pas encore été jugés. Plusieurs enquêtes ont été ouvertes pour des actes commis « au service des intérêts d’une puissance étrangère » et sont toujours en cours.
*Les prénoms marqués ont été modifiés
Source : www.bfmtv.com

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