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20 mars 2026La Cité de l’Economie s’empare des photos troublantes de Kourtney Roy pour interroger l’impact du tourisme de masse
Que cachent les photos de séjours paradisiaques que nous vantent le marketing et les réseaux sociaux ? Détérioration environnementale, transformation des territoires, surtourisme : Citeco propose une lecture économique du tourisme en s’appuyant sur le travail de la photographe Kourtney Roy.
Belle idée qu’a eu la Cité de l’économie (Paris) de proposer comme support à l’analyse économique, « All Inclusive », une exposition de la photographe et réalisatrice canadienne Kourtney Roy, connue pour ses autoportraits énigmatiques aux couleurs saturées, à voir jusqu’au 20 septembre 2026.
Son travail, qui entretient adroitement le flou entre fantasme et réalité, n’allait pas de soi dans ce lieu consacré à l’économie sous toutes ses formes. D’autant que Citeco est installé dans un somptueux hôtel particulier parisien aux boiseries ouvragées d’un autre temps, au sein duquel l’accrochage tranche, et fait même un peu désordre. Kourtney Roy y a pourtant toute sa place. Elle est même la preuve que si l’économie mène le monde, elle a souvent bien besoin d’un support visuel pour faire passer des messages. Y compris ceux que Citeco développe dans le cadre de sa saison culturelle « On refait le monde ? », qui explore la mondialisation à travers plusieurs thématiques, dont celles du tourisme et du dérèglement climatique.
C’est là que les images décalées de Kourtney Roy et leur glamour de façade prennent tout leur sens. Couleurs qui claquent façon Martin Parr, poses figées de bimbos (elle-même, souvent coiffée d’une perruque blonde) et corps bodybuildés, décors étranges, déserts ou anachroniques, tout suinte l’artifice, les faux-semblants et le fantasme.
Les photos de Kourtney Roy dégagent un mystère et une ambiguïté qui troublent et interrogent. Si la dérision et l’ironie de ses clichés sont palpables, la photographe se défend de toute intention politique. La Cité de l’Économie a néanmoins choisi d’en livrer sa propre interprétation, éclairant ce que ces images révèlent du tourisme globalisé.
L’exposition « All Inclusive » de Citeco présente des extraits de trois séries majeures de l’artiste, dont le travail a déjà été montré au Bal (Paris), au Jeu de Paume (Paris) et aux Rencontres d’Arles.
Avec The Tourist, photographiée à Cancun et Miami, hauts lieux du tourisme de masse, la photographe se met en scène en estivante idéale. La série Sorry, No Vacancy a été réalisée au Texas, où Kourtney Roy se photographie dans des décors de western fantomatique, des routes désertes, des motels abandonnés. Enfin, le voyage à bord d’un ferry, envisagé comme une expérience coupée du monde et affranchie de la vie quotidienne, est l’objet de la série Entre deux mondes, Grande commande photojournalisme de la BnF.
L’accrochage débute avec les piscines en plein air de bord de mer ou de bateaux de croisière et on ne pouvait faire plus en phase avec l’actualité. Alors que des usines de dessalement d’eau de mer au Moyen-Orient dont été visées ces derniers jours par les bombardements, les économistes de Citeco soulignent combien l’eau douce est une ressource de plus en plus limitée. Or, « dans les zones littorales et insulaires, un touriste en hôtel de standing peut consommer quotidiennement jusqu’à 3 ou 4 fois plus d’eau qu’un habitant local« , indique le cartel. Quant au dessalage, il est « coûteux, gourmand en énergie et néfaste pour l’environnement marin« .
À côté du cliché d’un petit alligator au museau entravé entre des mains aux longs ongles manucurés, Citeco vient rappeler que « le tourisme mondialisé exerce une pression toujours plus grande sur les écosystèmes et réduit souvent la biodiversité à un décor ou une attraction ». « Par exemple, 75 % des récifs coralliens mondiaux sont aujourd’hui menacés, en partie par le tourisme côtier. Et des dizaines de milliers d’animaux sauvages sont également maintenus en captivité ou exploités, morts ou vifs, pour des attractions touristiques« .
Quelle réalité se cache derrière les images de vacances paradisiaques publiées sur les réseaux sociaux, comme les parodie Kourtney Roy dans sa série The Tourist ? Outre le marketing de l’industrie du tourisme, la mise en scène de soi de tout un chacun sur les réseaux sociaux, partagée et commentée à l’infini, nourrit fortement nos désirs d’évasion et guide nos choix de destinations.
Or « cette surexposition génère un phénomène de plus en plus courant de surtourisme dans certains lieux tendance. Ces destinations se retrouvent alors saturées, les expériences y sont standardisées (et perdent beaucoup de leur charme) tandis que les populations locales en souffrent », commente Citeco. À l’inverse, certains lieux de villégiature, bondés en été, ressemblent à des villes fantômes hors saison, ce qui fait écho aux photos de Kourtney Roy réalisées au Texas.
Enfin, alors que Citeco nous projette non sans humour dans le futur et voit poindre le tourisme spatial, qui est déjà une réalité pour les plus fortunés de la planète, quelles solutions pour réguler les effets néfastes du tourisme global ? Écotourisme, slow tourisme (qui invite à voyager plus lentement), tourisme solidaire et labels environnementaux sont donnés comme des débuts de solutions alternatives. Un tourisme terre à terre qui ne vise pas les étoiles mais n’empêche pas de revenir de ces escapades des étoiles plein les yeux.
Exposition « All Inclusive », photos de Kourtney Roy jusqu’au 20 septembre 2026 à la Cité de l’Economie (Citeco) à Paris
Hôtel Gaillard, 1, Place du Général Catroux, Paris 17e
Tarif : de 6 euros (moins de 25 ans et chômeurs) à 12 euros
De 14h à 18h et jusqu’à 19h le samedi. À partir de 10h pendant les vacances scolaires (zone C). Attention l’exposition sera fermée le jeudi 2 avril, puis du mardi 7 avril au dimanche 12 avril, le jeudi 7 mai et le jeudi 4 juin.
À noter : Citeco, logé depuis 2019 dans un ancien hôtel particulier majestueux de la fin du XIXe, est aujourd’hui le premier musée d’Europe consacré à l’économie. Cette exposition est conseillée à partir de 12 ans et le billet d’entrée donne accès à l’ensemble de Citeco, qui comprend différents ateliers et animations interactives assez captivantes sur de nombreux thèmes. De quoi familiariser et sensibiliser tout un chacun, y compris les plus jeunes, avec des concepts un peu arides de façon ludique.
Source : www.franceinfo.fr

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