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20 mars 2026Je voudrais surtout vous parler d’une histoire étrange.
Une légende qui circule dans la philosophie contemporaine raconte qu’Alex Karp – le PDG de Palantir, ce géant américain de la surveillance civile et militaire – aurait fait sa thèse sous la direction d’Habermas.
C’est une histoire bizarre, parce que relier l’École de Francfort – sa critique de la domination, sa méfiance envers la raison instrumentale – au cœur digital de la nouvelle infrastructure impériale, ce n’est pas évident.****
Récemment, l’un des fondateurs de Palantir expliquait sur X que l’entreprise avait été créée pour éliminer physiquement « les gauchistes de l’hémisphère occidental ».
Karp a étudié à Francfort et il a effectivement cherché à travailler avec Habermas.
Il y a eu des discussions, un projet de thèse : mais assez vite, des divergences sont apparues – des divergences profondes, irréductibles.
Habermas l’a alors orienté vers Karola Brede, la directrice de l’Institut Freud de Francfort.
C’est elle qui nous a raconté cette histoire pour la première fois dans un entretien publié dans nos pages.
Ça peut paraître anecdotique – mais c’est une porte d’entrée pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans la Silicon Valley.
Un projet néo-réactionnaire cherche à s’imposer dans l’Amérique de Donald Trump.
S’il paraît si peu crédible, c’est qu’il est si radical – mais s’il est si radical, c’est qu’il s’appuie sur des transformations structurelles à la racine de notre société.
La digitalisation reconfigure tout – la manière dont nous travaillons, communiquons, faisons la guerre et l’amour.
Karp en parle explicitement – il mobilise même des concepts philosophiques comme celui d' »ontologie » pour décrire ce que fait Palantir.
Selon lui, une grande réorganisation psychologique et sociale est en cours.
On peut trouver cette vision grandiloquente grotesque, mais il faut regarder les dynamiques concrètes.
L’intelligence artificielle pourrait avoir un impact asymétrique sur la société américaine.
Les métiers les plus exposés à l’automatisation – communication, sciences humaines, analyse symbolique – sont occupés de manière disproportionnée par des femmes.
Karp le dit clairement.
L’IA peut ébranler « le pouvoir économique – et donc politique – de la base électorale démocrate : à savoir des électeurs hautement qualifiés, souvent des femmes ».
À l’inverse, elle peut renforcer la position de certains segments de la classe ouvrière masculine.
La disruption digitale devient ainsi le levier d’une contre-révolution : en fragilisant la place des femmes dans l’économie, elle pourrait remettre en cause les progrès réalisés en matière d’égalité politique.
Karp assume de travailler dans cette direction.
Et là, on n’est plus dans une légende anecdotique – on lui a laissé beaucoup de moyens pour imposer ce monde nouveau aux logiques très anciennes.
Et la vraie question, au fond, est simple : est-ce qu’on veut vraiment de ce monde-là ?
Source : www.radiofrance.fr

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