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20 mars 2026L’essentiel du procès libyen en appel de Nicolas Sarkozy : « Je n’ai pas commis d’acte de corruption »
Droit dans ses bottes. Nicolas Sarkozy a répété être « innocent » et n’avoir « pas commis d’acte de corruption, ni de près ni de loin », lors de la première semaine de son procès en appel, qui se tient à Paris du 16 mars au 3 juin. La justice lui reproche d’avoir perçu des fonds secrets du dictateur Mouammar Khadafi pour sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.
En première instance, le 25 septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris l’a déclaré coupable d’association de malfaiteurs et l’a condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme, 100 000 euros d’amende, l’interdiction de toute fonction publique pour cinq ans et une privation de ses droits civils et civiques pour la même durée, en raison d’une « corruption au plus haut niveau » d’une « exceptionnelle gravité ». Entré le 21 octobre à la prison de la Santé sous les caméras du monde entier, Nicolas Sarkozy a obtenu sa mise en liberté sous contrôle judiciaire trois semaines plus tard. Un nouveau marathon judiciaire pour l’ancien président de la République qui espère ne pas retourner derrière les barreaux.
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Lundi 16 mars : Claude Guéant, grand absent du procès
Assis au premier rang du banc des prévenus sous les ornements de la première chambre de la cour d’appel de Paris, l’ex-chef d’État a assisté à l’ouverture des débats sans dire un mot. Le président de la cour, Olivier Géron, a procédé à l’appel des prévenus. Onze personnes ont été citées à comparaître : Nicolas Sarkozy ; Claude Guéant, l’ex-secrétaire général de l’Elysée condamné à six ans de prison ferme ; Brice Hortefeux, l’ancien ministre de l’Intérieur (deux ans de prison, aménageables sous bracelet), l’intermédiaire Alexandre Djouhri (six ans ferme) ; le grand argentier libyen, Bechir Saleh (cinq ans) ; le banquier Wahib Nacer (quatre ans) ; le milliardaire saoudien Khaled Bugshan (trois ans) ; l’avocat malaisien Sivajothi Rajendram (18 mois) ; ainsi qu’Eric Woerth, trésorier de la campagne ; Edouard Ullmo, ancien cadre d’Airbus ; et l’homme d’affaires Thierry Gaubert.
L’absent le plus emblématique du procès était l’ex-secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant. Souffrant, l’ex-secrétaire général de l’Elysée « n’est pas en capacité de comparaître ni actuellement, ni dans les mois qui viennent » au procès en appel du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, selon une expertise médicale lue à l’audience mardi 17 mars, par le président de la cour. En première instance, l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy âgé de 81 ans avait été l’un des prévenus les plus lourdement sanctionnés par le tribunal correctionnel de Paris, qui l’avait condamné à six ans de prison pour toute une série de délits, dont corruption, trafic d’influence passive, faux et usage de faux et association de malfaiteurs. Tenant compte de sa santé, le tribunal n’avait toutefois pas assorti cette peine d’un mandat de dépôt, contrairement à ce qui avait été le cas pour Nicolas Sarkozy.
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Mardi 17 mars : la défense met en cause la compétence de la cour
Nicolas Sarkozy a répété être « innocent » et n’avoir « pas commis d’acte de corruption, ni de près ni de loin », dans sa première prise de parole. Le président de la cour d’appel, Olivier Géron, l’a ensuite convié à la barre pour lui poser une question concernant les exceptions soulevées par sa défense, des points de procédure préalables aux débats au fond. Les avocats de Nicolas Sarkozy en ont notamment soulevé deux pour contester la compétence de la cour d’appel. En premier lieu, leur client devrait, selon eux, comparaître devant la Cour de justice de la République (CJR), les faits ayant été commis alors qu’il était ministre de l’Intérieur.
Ils ont ensuite abordé l’irresponsabilité pénale du président de la République qui, selon la Constitution, n’est « pas responsable des actes accomplis en cette qualité ». Remontant à 2007 et voulue par Jacques Chirac, une modification de cette immunité pénale du chef de l’Etat a été élaborée à un moment où Nicolas Sarkozy était au gouvernement. Le président de la cour lui a donc demandé quelle avait été sa position de l’époque sur cette réforme.
« Je suis ici en tant que prévenu, pas en tant que spécialiste des questions institutionnelles », a répondu Nicolas Sarkozy, avant d’en profiter pour clamer son innocence. « Je ne crois pas que j’ai formulé un quelconque avis public sur ce texte » à l’époque, une « réforme consensuelle », a ajouté Nicolas Sarkozy.
Sa demande de ne pas être jugé par une juridiction de droit commun relève d’une « confusion entre impunité et immunité », a commenté Vincent Brengarth, avocat de l’association anticorruption Sherpa, une analyse similaire à celle du parquet général. « En se livrant à des actes d’apparence politique, Nicolas Sarkozy a mis en œuvre les contreparties » politiques économiques, diplomatiques « au pacte corruptif conclu en 2005-2007 », a cinglé un des trois avocats généraux, Damien Brunet, très incisif d’emblée. Il « a dénaturé la fonction présidentielle pour agir dans le cadre d’un processus délictuel » et n’a donc « pas agi en tant que président de la République », a poursuivi ce représentant de l’accusation.
C’est bien la justice de droit commun, et non la CJR, qui est compétente pour juger Nicolas Sarkozy et un autre ancien ministre, Brice Hortefeux, car les actes qui leur sont reprochés, n’ont pas été commis dans le cadre de la marche de l’Etat, a encore argumenté le magistrat.
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Mercredi 18 mars : Eric Woerth s’efforce d’expliquer les « étonnantes » entrées d’argent liquide
Particulièrement sobre et laconique, l’ancien président a redit n’avoir « commis aucun des faits » qui lui ont valu sa condamnation historique de première instance. « J’ai fait appel parce que je n’ai commis aucun des faits pour lesquels j’ai été condamné. Je mobiliserai toutes les forces dont je suis capable pour défendre cette vérité profondément ancrée en moi », a déclaré tout en retenue à la barre Nicolas Sarkozy, qui fut à l’automne dernier le premier président incarcéré dans l’histoire de la République. Appelé à revenir à la barre, Nicolas Sarkozy n’a pas souhaité développer son propos : « Ce que je vous ai dit, Monsieur le président, c’est ce que je ressens au plus profond de moi-même. »
À l’image de Nicolas Sarkozy, les prévenus qui ont pris la parole se sont dit étrangers aux faits qui leur sont reprochés. Virulent, l’intermédiaire Alexandre Djouhri a demandé au tribunal « d’être objectif, et pas à sens unique » en estimant qu’on l’avait « mis en état de mort civile » malgré une enquête « sans le moindre élément ». « Ils m’ont incarcéré pour de faux motifs, mais ça va je suis debout. Si ça arrivait à une autre personne que moi, il serait en train de parler aux oiseaux », a lancé celui qui a été condamné à six ans de prison ferme en première instance.
L’ex-ministre Brice Hortefeux, ami de longue date de Nicolas Sarkozy, a affirmé qu’il « prouverait » que tout ce qui lui était reproché était « rigoureusement faux ». « Il n’y a pas un matin où je ne m’éveille sans m’interroger sur les motivations de ce jugement que j’estime aussi injuste qu’infondé », a dit l’ancien ministre, qui avait été condamné à deux ans de prison ferme aménageables.
Eric Woerth s’est efforcé mercredi d’expliquer les « étonnantes » entrées d’argent liquide dans la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy, au procès en appel à Paris du financement libyen. Celui qui était à l’époque trésorier de la campagne du champion de l’UMP, concède avoir distribué au printemps 2007 « autour de 30-35.000 euros » en espèces à des salariés de la campagne, de l’argent reçu par courrier dans des enveloppes, timbrées ou non, durant la campagne. Une manne qu’il attribue à des dons anonymes d’un ou plusieurs partisans du candidat Sarkozy, alors sur la rampe de lancement pour l’Elysée. « On s’aperçoit au fil du temps qu’il y a une série de remises, étonnantes mais c’est comme ça. Ce n’est pas si simple à arrêter », explique lors de son interrogatoire l’ex-ministre du Budget, récemment nommé président du PMU. Sa relaxe en première instance en septembre a fait l’objet d’un appel du parquet.
Avec AFP
Source : www.france24.com

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