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En ces derniers jours de campagne municipale à Paris, un chiffre occupe tous les esprits dans les équipes de Rachida Dati et Emmanuel Grégoire : 11,34 %. Le score réalisé au premier tour par Pierre-Yves Bournazel, avec le soutien des partis Horizons et Renaissance, suscite la convoitise aussi bien de la candidate Les Républicains (LR) que de son adversaire du Parti socialiste (PS). Et pour cause : le report de ces 11,34 % déterminera largement la victoire de l’une ou de l’autre, dimanche 22 mars.
Une lecture rapide de la situation pourrait laisser penser que l’ancienne ministre bénéficie désormais d’une réserve de voix confortable. Grâce au retrait de la candidate d’extrême droite Sarah Knafo et à la fusion des listes LR et Horizons-Renaissance, elle apparaît en effet comme la seule possibilité d’alternance dans la capitale. Sur le papier, la voie semble d’autant plus ouverte que le PS et La France insoumise n’ont pas voulu ou pas su se mettre d’accord dans l’entre-deux-tours.
Depuis quelques jours, les calculettes chauffent donc pour tenter de mesurer si les voix obtenues au premier tour par Sarah Knafo (84 809) et Pierre-Yves Bournazel (92 448) pourront permettre à la candidate LR de rattraper son retard de 102 080 voix sur Emmanuel Grégoire. Là encore, un calcul rapide en déduirait que oui. Mais la politique ne se résume pas aux mathématiques et les transferts électoraux ne relèvent pas de la science exacte. Jamais, dans aucune élection, les consignes de vote n’ont connu de traduction automatique. Et celle-ci n’échappera pas à la règle.
L’issue de la municipale parisienne est d’autant plus incertaine que la candidature de Rachida Dati clive largement à droite, malgré l’apparente alliance d’entre-deux-tours. En témoigne la décision de Pierre-Yves Bournazel lui-même de ne pas rejoindre l’équipe d’une élue qu’il juge « sans foi ni loi ». Une question de « cohérence » et de « dignité », s’est défendu l’intéressé, qui a reçu un nombre incalculable de messages de soutien depuis l’annonce de son retrait sur France 2. « Les gens ont le sentiment qu’il a accompli un devoir proprement », affirme l’un de ses proches.
« Je ne voterai pas Rachida Dati »
Si nombre de colistiers et colistières de Pierre-Yves Bournazel plaidaient en faveur d’une fusion avec la liste centrale LR, et si certain·es, à l’image de Marlène Schiappa, se sont empressé·es de rejoindre celle-ci, d’autres ont préféré s’effacer pour « rester fidèle à [leurs] convictions ». C’est notamment le cas de Rayan Nezzar, ancien conseiller de Gabriel Attal à Matignon, ou de l’ex-ministre Clément Beaune qui s’en est justifié sur X : « L’alternance n’est pas un projet en soi, elle doit reposer sur des idées et des valeurs. Je ne retrouve pas ces idées et ces valeurs auprès de Rachida Dati. »
Comme eux, les macronistes qui se revendiquent de « l’aile gauche » du parti ont accueilli avec consternation – pour ne pas dire plus – l’annonce de la fusion des listes. « J’ai plaidé tout au long de cette campagne municipale pour que Pierre-Yves Bournazel se maintienne au second tour, a indiqué le cofondateur d’En Marche Philippe Grangeon, dans un texte transmis à L’Opinion puis à Mediapart. Il a décidé de suivre un chemin inverse en fusionnant sa liste avec celle de Rachida Dati, tout en refusant – décision symbolique que je salue – de figurer sur la liste issue de cette fusion. »
Et ce très proche d’Emmanuel Macron de poursuivre : « Je regrette profondément ce choix et suis convaincu qu’un très grand nombre d’électeurs parisiens qui ont fait confiance à Pierre-Yves Bournazel partagent cette déception. Pour ma part, puisqu’il me faut désormais choisir qui sera le prochain maire de Paris, je ne voterai pas Rachida Dati, dont je ne partage ni le projet ni les valeurs et qui est devenue de facto la candidate choisie par l’extrême droite. En conscience, j’apporterai donc dimanche prochain mon suffrage à Emmanuel Grégoire, notamment parce qu’il a refusé avec constance toute alliance ou accord avec La France insoumise. »
Ce sont toujours les mêmes tiraillements entre ceux qui viennent de la droite et ceux qui viennent de la gauche. La vérité, c’est que l’hypercentre n’existe plus.
La bataille parisienne voit se rejouer l’éternel clivage des deux « ailes » du camp présidentiel, déjà maintes fois observé par le passé, sur la loi immigration, sur la réforme des retraites et sur mille autres sujets qui ont divisé les soutiens d’Emmanuel Macron ces dix dernières années. « Ce sont toujours les mêmes tiraillements entre ceux qui viennent de la droite et ceux qui viennent de la gauche, concède un macroniste de la première heure, un peu las de ce disque rayé. La vérité, c’est que l’hypercentre n’existe plus. » « On assiste à l’explosion du macronisme », ajoute un autre.
En choisissant de nommer Rachida Dati au gouvernement, puis de la soutenir à Paris, le chef de l’État a une nouvelle fois catastrophé les rares personnes qui, au sein de ses troupes, tentent encore de s’accrocher aux promesses originelles d’exemplarité et de renouvellement des pratiques politiques. Rejoindre une candidate bientôt jugée pour corruption et trafic d’influence, et dont les manières politiques sont critiquées, ne colle pas franchement avec leurs engagements de départ. De toute façon, disent-ils, plus grand-chose ne colle avec ces engagements.
Sur le terrain, la fusion des listes LR et Horizons-Renaissance est d’autant moins lisible qu’elle ne s’est pas traduite dans tous les arrondissements. Les candidat·es de Pierre-Yves Bournazel continuent ainsi de mener campagne dans le VIe, le XIe, le XIIe, le XVIIe et le XVIIIe. « C’est incompréhensible pour les gens, nous-mêmes nous n’arrivons pas à expliquer pourquoi elles partent l’une contre l’autre… », confiait jeudi, pendant un tractage sur le marché de la Porte-Dorée, un militant macroniste au sujet des candidates Valérie Montandon (LR) et Clara Chassaniol (Renaissance).
« Effet repoussoir »
Quand on les interroge sur les reports possibles des voix engrangées au premier tour par la liste de Pierre-Yves Bournazel, la plupart des macronistes engagés dans la campagne assurent qu’ils ne seront pas aussi massifs qu’espéré par Rachida Dati. Leur analyse, forcément spéculative, est basée sur leurs retours du terrain et leurs échanges entre militants. « En gros, je dirais que la moitié, au grand maximum, peut voter pour Dati par envie d’alternance, estime un proche de l’ancienne tête de liste. La moitié restante se dispatchera entre Grégoire et l’abstention. »
Une estimation consolidée par les résultats du premier tour dans les coins les plus macronistes de la capitale, à l’image du IXe arrondissement, où la maire sortante, Delphine Bürkli, soutien de Rachida Dati, est arrivée en tête dimanche 15 mars, en recueillant bien plus de voix que la candidate à la mairie centrale. L’ancienne ministre de la culture, qui pensait pourtant profiter du nouveau mode de scrutin, n’a pas été davantage plébiscitée dans les quartiers de l’Ouest parisien où une partie de l’électorat de droite lui a préféré Sarah Knafo.
« La droite réac parisienne n’aime pas Rachida Dati », tranche un cadre Renaissance, quand d’autres rappellent les propos racistes d’Éric Zemmour, qui était allé jusqu’à reprocher à la candidate LR d’avoir appelé sa fille Zohra, « un prénom musulman » qu’il ne jugeait pas « en adéquation avec l’Histoire de France ». « C’est ça l’électorat de Reconquête. Il ne faut jamais l’oublier », insiste la même source. Certain·es pointent encore un « risque de démobilisation » dans le XVIe arrondissement, où le maire LR Jérémy Redler a été élu dès le premier tour.
Quoi qu’il en soit, chacun·e s’accorde à dire que le retrait de Sarah Knafo apportera tout de même des voix Reconquête à la candidate LR. Mais elle lui en fera aussi perdre par ricochet, estiment celles et ceux qui ont mené campagne pour Pierre-Yves Bournazel. Car dans l’écosystème macroniste, beaucoup considèrent ce retrait comme une alliance tacite entre la droite et l’extrême droite. « Pourquoi je ne voterai pas pour Rachida Dati dimanche ? Parce que c’est une candidate de droite soutenue par l’extrême droite », tranche ainsi un cadre Renaissance.
Dans les rangs parisiens du camp présidentiel, les propos de l’ancienne ministre de la culture sur ses « points de convergence » avec l’eurodéputée Reconquête n’ont toujours pas été digérés. « Elle veut draguer son électorat, mais c’est un mauvais calcul, affirme le même cadre. Paris est une ville de centre-gauche et je pense qu’elle le restera. » Le soutien apporté ces derniers jours à Rachida Dati par plusieurs figures du Rassemblement national a fini de les convaincre. « Dans notre électorat, cela agit comme un effet repoussoir », conclut un macroniste de la première heure.
Source : www.mediapart.fr

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