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Quelques points clés à retenir concernant « À Grenoble, la gauche s’unit pour dire « non à la corruption, non à Carignon » ».
Résumé pour le lecteur
Grenoble (Isère).– Parfois, la rime est toute trouvée. Celle qui scande l’entre-deux-tours des municipales à Grenoble s’est imposée d’elle-même à la gauche : « Non à la corruption, non à Carignon ! » Au départ, Laurence Ruffin souhaitait une campagne « positive » axée sur la « bataille des idées ». Mais après un premier tour en forme de coup de massue, la candidate désormais seule à gauche – sa liste a réalisé une fusion technique avec La France insoumise (LFI) – se concentre désormais sur le CV de son adversaire de droite.
Il faut dire qu’Alain Carignon, 77 ans, est détenteur d’un record : celui de l’élu français ayant purgé la plus longue peine de prison (vingt-neuf mois) pour corruption passive, abus de biens sociaux et subornation de témoins quand il était maire Rassemblement pour la République (RPR) de la commune, entre 1983 et 1994. Un passé judiciaire qui ne l’a pourtant pas empêché de se hisser, dimanche 15 mars, en tête du scrutin avec 27,04 % des suffrages exprimés.
Depuis lors, les soutiens de Laurence Ruffin profitent de la moindre occasion pour réveiller les mémoires. « Carignon a sali Grenoble, il s’en est servi et il s’est servi. Et il voudrait à nouveau s’en servir ? Non ! », a notamment lancé Guillaume Gontard, sénateur écologiste de l’Isère, devant plusieurs centaines de militant·es réuni·es mercredi 18 mars au Palais des sports de Grenoble. « Carignon a une école de formation de la corruption, il a des gens condamnés sur sa liste », a renchéri le député François Ruffin, venu soutenir sa sœur.
« Je suis le méchant de leur film », s’amuse en retour l’ancien ministre de Jacques Chirac, qui tenait le même jour son propre meeting d’entre-deux-tours. « Ils parlent de mon passé judiciaire, qu’ils s’occupent de l’avenir judiciaire de certains de leurs camarades », ajoute-t-il, avant d’entamer son discours quelque peu tonitruant : « La ville est en danger après ce qui vient de se passer : Laurence Ruffin a décidé de s’allier à LFI ! » À l’entendre, la gauche ne voudrait rien d’autre que la « destruction » et la « paupérisation » de Grenoble. Et ne lui apporterait que « mépris » et « saleté ».
Une « question morale »
Avec ses 372 voix d’avance sur la candidate choisie pour succéder au maire écologiste sortant, Éric Piolle, Alain Carignon joue la carte de l’ancienneté – ses affiches vantent son « expérience » –, mais aussi celle du dégagisme, au mépris des chiffres. « Premier tour : 70 % des Grenoblois veulent le changement », assure son tract, en arrondissant allègrement son propre score et en faisant mine d’ignorer que le total des listes de gauche dépasse les 58 %.
Sur l’estrade installée devant son local de campagne, le candidat de la droite n’a pas de mots assez durs pour ses adversaires de gauche. Allan Brunon, le chef de file de La France insoumise (LFI), né un an après sa sortie de prison ? Un « jeune coq » qui ne « poursuivra pas les dealers », lance-t-il à ses soutiens, reprenant une fausse nouvelle de l’extrême droite. Laurence Ruffin, à qui il reproche le bilan d’Éric Piolle en sachant qu’elle n’a jamais siégé avec lui ? « Sœur Sourire qui devient Tatie Danielle », lui a-t-il lancé lors du débat mercredi soir sur ICI Isère.
En face, Allan Brunon rend coup pour coup : sous les mandats d’Alain Carignon, « la pauvreté a augmenté et il a laissé se développer à Grenoble la question du trafic de stupéfiants », assure-t-il. Celui qui se dit « à titre personnel pour la réhabilitation des anciens délinquants » estime que le « storytelling d’Alain Carignon, porté par l’ensemble des canaux de la presse de droite, de l’homme tombé à terre en prison qui se relève pour sauver sa ville », pose une « question morale aux électeurs grenoblois ».
Pour Laurence Ruffin, la poussée surprise de l’ancien maire raconte une histoire politique qui enjambe les montagnes qui enserrent Grenoble. « Il y a globalement une droitisation et une montée de l’extrême droite, dit-elle. Carignon, qui est proche de Sarkozy, de Bruno Retailleau et d’Éric Zemmour, siphonne cet électorat montant. Et surtout, le système Carignon des années 1980 a été recomposé avec des médias qui pratiquent détournement et mensonge, la puissance des réseaux sociaux et un renouvellement du clientélisme dans la manière de faire campagne. »
Élu d’opposition sous la dernière mandature, Alain Carignon est un homme qui « laboure les quartiers », comme l’admettent ses adversaires. En investissant les comités, les clubs sportifs ou de supporters, il a peu à peu gagné des voix au-delà du centre-ville commerçant, dans des zones habituellement acquises à la gauche. À tel point que dans certains bureaux de vote du sud de la commune de 160 000 habitant·es, moins aisé·es, le candidat de la droite, qui a axé sa campagne sur la sécurité, a devancé dimanche Laurence Ruffin et même la liste LFI.
« On retrouve des logiques de vote sécuritaire, non pas tant dans les quartiers populaires où vit une population d’immigrés et d’enfants d’immigrés, mais plutôt dans leur voisinage où vivent des classes moyennes », explique le sociologue Pierre Mercklé, professeur à l’université Grenoble-Alpes et coauteur de Sociologie de Grenoble (La Découverte, 2025).
L’écologie cristallise des enjeux de rapports de classes.
Dans les quartiers populaires de Grenoble, Laurence Ruffin a dû faire face à d’autres adversaires : l’abstention, parfois près de deux fois plus élevée que la moyenne municipale (39 %), mais aussi le occurrence que « l’écologie cristallise des enjeux de rapports de classes », analyse encore Pierre Mercklé. « Il y a une violence sociale assez forte ressentie par des classes populaires vertueuses par nécessité qui se voient imposer des politiques écologistes par des classes aisées à fort impact carbone », dit-il.
Romain Gentil, tête de liste Place publique qui a raté la barre des 10 % à trois voix près, estime lui aussi que le succès d’Alain Carignon relève davantage du désaveu de la municipalité de gauche sortante que d’une réelle percée de la droite. Il dénonce notamment une « approche brutale et verticale » et des « relations dures avec les unions de quartier ». Des reproches qui ne l’ont malgré tout pas empêché d’appeler à voter Laurence Ruffin au second tour, pour « faire barrage au retour d’Alain Carignon » et d’« une droite affairiste et discréditée ».
Si la gauche est d’abord partie en ordre dispersé – une habitude dans la ville rouge et verte –, la droite, elle, s’est coalisée très tôt derrière l’ancien ministre de Jacques Chirac. Le soir de son meeting, on aperçoit d’ailleurs à ses côtés le président du département, Jean-Pierre Barbier, et la sénatrice Frédérique Puissat, deux figures locales du parti Les Républicains (LR), qui manient la nostalgie s’agissant de leur candidat – « sous Carignon, Grenoble jouait dans la cour des grands » – et la peur lorsqu’ils parlent de leurs adversaires – « ils vont augmenter la taxe foncière ».
L’union des droites
Émilie Chalas a aussi rejoint l’estrade. Candidate macroniste aux municipales de 2020, l’ancienne députée jurait il y a quelques années encore que « jamais il n’y [aurait] et [son] nom et le nom de Carignon sur une quelconque liste à Grenoble ». Elle faisait alors valoir « la probité » et « l’intérêt général ». « En 2020, Alain Carignon, c’était le chiffon rouge. Mais depuis, il y a eu six ans de plus d’Éric Piolle avec LFI. Et Alain Carignon a porté des idées et des positions, donc on a préféré ne pas jouer chacun seul dans son couloir mais faire alliance », explique-t-elle aujourd’hui.
Justifiant également son choix par les sondages donnant Alain Carignon en tête, la macroniste a été suspendue du parti présentiel après son ralliement. Mais depuis, Renaissance et le Modem « ont fini par s’aligner », fanfaronne Clément Chappet, colistier d’Alain Carignon et communicant de la campagne, tandis qu’« au niveau national, Horizons appelle au barrage anti-LFI ».
Malgré tout, la droite et le centre rassemblés font cette année six points de moins que leurs scores cumulés au premier tour en 2020. Quant à l’extrême droite, traditionnellement faible à Grenoble, elle a à peine dépassé les 5 % le 15 mars. À gauche, certains redoutent toutefois que son électorat se reporte sur Alain Carignon, rappelant notamment que celui-ci avait soutenu les défilés du syndicat de police Alliance fin janvier, à l’unisson des élu·es du Rassemblement national (RN).
« C’est une liste représentative de la droite radicalisée. Alain Carignon est, sans le dire, dans la stratégie de l’union des droites », accuse Cyrielle Chatelain, députée écologiste de l’Isère. Dans le camp d’en face, comme sur les affiches, Clément Chappet le répète : « Les Grenoblois préfèrent les gens qui ont de l’expérience. » De l’expérience dans les affaires ? « C’était il y a quarante ans et c’était monnaie courante dans les années 1980 », balaie-t-il d’un revers de la main.
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : Cette situation fera l’objet d’une observation continue de notre rédaction.

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