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21 mars 2026Analyse : Notre équipe propose une synthèse rapide de cette actualité.
Un résumé concis de « Bureaux de vote et niveaux de vie : ce que nous apprend le premier tour des municipales » selon notre équipe.
Points importants
Quelles leçons tirer des municipales, sur la corrélation entre le vote et le niveau de vie ? L’économiste et politiste Youssef Souidi, coauteur de l’ouvrage Nouvelle cartographie électorale de la France (Textuel, 2026), a comparé les résultats des bureaux de vote de vingt-sept métropoles françaises aux données sur le niveau de vie des électrices et électeurs inscrits, au lendemain du premier tour (lire en boîte noire les explications sur les précautions méthodologiques).
Premier enseignement : une élection municipale, qui agrège des enjeux et des traditions politiques locales, conduit forcément à un tableau très fragmenté, n’en déplaise à celles et ceux qui voudraient (ou voulaient) nationaliser à tout prix le scrutin. En clair, ce qui vaut pour les municipales ne se duplique jamais parfaitement dans un scrutin national.
Ce qui n’empêche pas d’esquisser des pistes d’analyse sur quelques questions qui ont agité la campagne : La France insoumise (LFI) est-elle, comme on l’entend souvent, le parti des classes populaires ? Et donc, en creux, ses adversaires socialistes et écologistes ceux d’un électorat plus favorisé ? Le Rassemblement national (RN) tisse-t-il son emprise au-delà des fractions aux deux extrêmes du corps social (les très pauvres et les très aisé·es) ? Comment l’abstention se corrèle-t-elle au niveau de vie des habitant·es ?
Le vote LFI est plus homogène qu’on ne le croit
LFI est-elle le recours à gauche des classes populaires, voire « des quartiers », ont osé dire certains détracteurs de Jean-Luc Mélenchon, y voyant là une sorte de stigmate clientéliste ? Si le parti a mené, plutôt avec fierté, une campagne active dans des villes notoirement paupérisées, comme à Roubaix (où le candidat David Guiraud est largement en tête au premier tour) ou à Saint-Denis (Bally Bagayoko y a été élu maire dès le premier tour), son électorat semble en réalité, dans plusieurs des grandes villes françaises, bien réparti au-delà des premiers déciles. Tout comme à Limoges, Tours, Montpellier, Lyon ou Grenoble.
Mais quand l’offre à gauche est conséquente, le curseur bouge un peu. À Lille, l’union de la gauche hors LFI devient plus forte au fur et à mesure que le niveau de vie monte et inversement pour le parti de Jean-Luc Mélenchon. À Toulouse, le phénomène est très net : l’insoumis François Piquemal distance son concurrent socialiste François Briançon dans les bureaux de vote aux niveaux de vie les plus faibles (14 % des inscrit·es pour Piquemal en moyenne, contre 6 % pour François Briançon), alors que leurs résultats sont similaires dans d’autres bureaux de vote.
« On voit donc ici que LFI est le versant populaire de la gauche, et qu’il y a deux électorats complémentaires avec celui du Parti socialiste et du parti Les Écologistes pour gagner », commente Youssef Souidi à propos de la situation toulousaine, et dans une moindre mesure nantaise.
À Paris, la candidate insoumise Sophia Chikirou ne décroche nettement qu’au dernier décile, soit parmi les 10 % des inscrit·es aux revenus les plus élevés. Mais c’est bien sur les derniers déciles que le décalage se fait le plus fort avec son concurrent socialiste, Emmanuel Grégoire, dont les scores s’envolent entre le 5e et le 9e décile, soit les catégories intermédiaires et aisées. L’union de la gauche, hors LFI, capte pareillement une certaine bourgeoisie électorale à Villeurbanne, au Mans ou à Dijon.
C’est à Lyon que la situation est sans doute la plus caricaturale. Si Grégory Doucet ravit la première place au premier tour de ces municipales, il ne pourra guère se revendiquer d’une « écologie populaire », au regard strict des niveaux de vie.
N’obtenant que 7 % des inscrit·es sur le premier décile (un facteur de moins que LFI), l’union de la gauche portée par les écologistes engrange ses plus gros scores – 21, 24 et 28 % – chez les plus favorisé·es, battant même largement le candidat de droite Jean-Michel Aulas sur ce terrain. L’ancien président de l’Olympique lyonnais ne rattrape Grégory Doucet que sur le dernier et dixième décile, où il séduit 31 % des inscrit·es.
Le RN, quand il est fort, transcende les classes sociales
À Marseille aussi, le vote des classes populaires a joué en faveur de LFI face à la menace de l’extrême droite. Youssef Souidi relève que si « la liste RN à Marseille est croissante avec le niveau de vie », celle de LFI « est fortement décroissante avec le niveau de vie ». Dans les bureaux de vote au niveau de vie le plus faible, 10 % des inscrit·es ont voté RN , contre 26 % dans les bureaux de vote au niveau de vie le plus élevé.
Dans la deuxième ville de France, le score du RN parmi les franges les plus favorisées de la population a été nettement plus important dimanche 15 mars que lors des élections européennes de 2024, où la présence d’un candidat Reconquête (7 % des inscrit·es sur le dernier décile) avait sans doute divisé l’électorat bourgeois.
Mais Marseille pourrait être, dans le sud de la France au moins, un trompe-l’œil. L’électorat du RN s’affranchit très largement des classes sociales dans des villes comme Perpignan ou Toulon. Dans la ville de Louis Aliot (réélu dès le premier tour), près de 21 % des inscrit·es votent RN dès le premier décile, et ce score ne fait ensuite que s’accroître, avec même une véritable envolée du vote pour l’extrême droite sur les deux tranches les plus favorisées de la population (respectivement 33 % et 35 %).
À Toulon, la candidate RN Laure Lavalette a ravi aussi presque uniformément les électeurs et électrices, quels que soient leurs revenus. À Nice, si Éric Ciotti, en tête au premier tour devant Christian Estrosi (Horizons), ne séduit « que » 15 % des inscrit·es dans le premier décile, il séduit presque uniformément les catégories intermédiaires, ne remontant nettement qu’au huitième décile, un tableau assez proche de celui de Nîmes, où le RN est en tête face à la droite.
La formation d’extrême droite, qui confirme son implantation durable dans plusieurs communes du quart nord-est de la France, notamment en raison d’un vote plus populaire, sous-performe encore dans les villes moyennes et grandes de cette partie du territoire. Ainsi à Lille, trois listes de gauche devancent le parti d’extrême droite, ainsi que la liste centriste conduite par Violette Spillebout (Renaissance). Mais parmi les quelques électeurs et électrices que le candidat Mathieu Valet a réussi à capter, sa meilleure performance se situe au troisième décile (près de 10 % des inscrit·es), donc plutôt en bas de tableau si l’on se réfère au niveau de vie.
L’abstention est toujours bien plus forte parmi les classes populaires
La leçon est connue, mais elle mérite d’être rappelée. Si l’abstention a été, encore une fois dans ce scrutin, très importante (parmi les vingt-sept métropoles analysées, la participation la plus faible se mesure à Aix-en-Provence puis Paris, la plus haute à Strasbourg puis Limoges), elle reste concentrée au sein des franges les plus fragiles économiquement de la population.
Sur le premier décile, elle décolle à 65 % à Toulouse et Reims, à 64 % à Villeurbanne, à 63 % à Lyon et Aix-en-Provence, à 62 % à Dijon et Tours. Certaines villes comme Rennes, Lille ou Rouen réussissent à mobiliser un peu plus leurs catégories intermédiaires, mais la participation ne redevient correcte, partout, que pour les couches les plus aisées de la population française.
Si l’on s’attarde sur Toulouse, ville où la gauche socialiste et insoumise est arrivée en tête, le phénomène est particulièrement préoccupant. D’autant plus si l’on regarde Perpignan, conservée au premier tour par le RN : l’abstention y est généralement plus massive, mais elle touche moins les catégories les plus populaires.
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : Ces informations seront suivies attentivement par notre rédaction.

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