
Un adolescent tué devant un lycée lors d’une rixe entre bandes rivales à Paris
22 mars 2026Reuters.com
22 mars 2026Analyse : Nous mettons en lumière certains aspects de cette actualité.
Un point rapide sur l'article « À l’approche des élections en Hongrie, Viktor Orbán tente de renouer avec le terrain » selon nos journalistes.
Ce qu'il faut connaître
Dunaújváros (Hongrie).– Quand le public, qui s’ennuyait ferme depuis déjà une heure, a commencé à scander « Viktor ! Viktor ! » pour le faire taire, le candidat local du Fidesz, Lajos Mészáros, s’est rabattu sur les valeurs refuges du parti : « Je ne veux pas que les mères doivent fleurir les tombes de leurs fils morts à la guerre […] Je ne veux pas que mes filles aient peur de rentrer seules le soir comme dans les villes d’Europe de l’Ouest. »
Puis lorsque leur champion, Viktor Orbán, 62 ans, dont quasiment vingt comme premier ministre (de 1998 à 2002, puis sans interruption depuis 2010), est enfin monté sur scène, ses partisan·es ont pu exulter et enfin mettre le feu aux torches qui leur avait été distribuées. Réchauffant d’un coup l’atmosphère de Dunaújváros, l’ancienne Sztálinváros (ville de Staline), une cité industrielle de 40 000 habitant·es située à 72 kilomètres au sud de Budapest.
« Volodymyr Zelensky a décidé d’imposer un blocus pétrolier à la Hongrie. Il exige que nous renoncions à l’énergie russe bon marché. Cela ferait perdre un mois de revenus aux Hongrois. Je me battrai demain à Bruxelles pour que cela n’arrive pas, pour nous c’est une question de survie », tonne mercredi 18 mars le premier ministre, sur la place dominée par un monument de style stalinien et moderniste emblématique de la ville.
Lors du Conseil européen du lendemain, il ne lèvera pas le veto hongrois à un prêt européen de 90 milliards d’euros à destination de Kyiv, l’Ukraine refusant de relancer l’oléoduc de l’Amitié qui dessert la Hongrie. La guerre israélo-états-unienne contre l’Iran s’ajoutant, le gouvernement a plafonné le prix des carburants pour contenir la grogne, au moins jusqu’aux élections.
L’inflation se fait-elle ressentir localement ? demande-t-on en marge du discours au sociologue Ábel Csathó, qui a grandi ici. « Bien sûr, par exemple notre pub préféré va fermer dans un mois, parce que les gens n’ont plus d’argent pour ça. » Il embraye : « Le Fidesz doit une bonne part de sa popularité au fait qu’il a donné du travail à beaucoup de gens, alors que le taux d’activité était un des plus faibles de l’Union européenne quand il est arrivé au pouvoir en 2010. Puis il a profité d’une décennie de croissance mondiale. »
En rupture avec la jeunesse
« Le Fidesz, c’est le choix sûr » est leur principal argument. Mais ses partisans, interrogés sur les raisons de leur soutien à Viktor Orbán, disent aussi : « Sans Viktor Orbán, fini l’énergie pas chère », ou « Péter Magyar [principal candidat d’opposition – ndlr] est la marionnette de Zelensky ». Il faut dire qu’en ces temps de campagne, les Hongrois·es voient chaque jour plusieurs dizaines de fois le visage du président ukrainien, animé d’un rire mauvais, sur des grandes affiches qui proclament « Ne lui laissons pas le dernier mot ».
Avant la guerre en Ukraine, les mêmes personnes interrogées auraient pointé tout aussi systématiquement vers le milliardaire juif d’origine hongroise George Soros, l’ennemi public numéro un d’alors, accusé d’être l’instigateur d’un « grand remplacement » démographique.
La Fidesz, l’Alliance des jeunes démocrates, est aujourd’hui en rupture quasi-totale avec la jeunesse, a fortiori urbaine et diplômée, confirment les enquêtes sociologiques. Et cela se voit particulièrement ce mercredi soir à Dunaújváros. Pour questionner des habitant·es de la ville, il faut chercher en périphérie de la foule… pour ne trouver que des curieux en aucun cas sympathisant·es du Fidesz. « Ça fait seize ans, c’est beaucoup trop long, il est temps de changer », dit Norbert en pointant la scène. De même pour Eszter, seulement venue s’assurer que le parti n’avait rien à annoncer quant au vaste plan de développement annoncé il y a dix ans avec fracas « et dont rien, mais absolument rien, n’a été réalisé ».
Conséquence de l’intensité de la campagne et de la polarisation croissante de la société, plusieurs centaines de milliers de personnes ont déferlé dans les rues de la capitale trois jours plus tôt, lors de la fête nationale.
D’un côté, 100 000 partisans massés devant le parlement, et Viktor Orbán qui ne fait pas dans la nuance : « Nos fils ne mourront pas pour l’Ukraine, ils vivront pour la Hongrie […] Aux élections, nous devons choisir entre Zelensky et moi. »
De l’autre, sur la monumentale place des Héros, face à une foule trois fois plus nombreuse, selon les calculs de sociologues de l’université Corvinus, Péter Magyar et la foule clamaient le slogan qui a accompagné la percée de cet avocat de 45 ans à la conquête du pouvoir avec le parti Tisza : « On n’a pas peur ! » Cela dans une mer de drapeaux hongrois, parsemée de quelques drapeaux européens, arc-en-ciel et d’un immense drapeau rom.
Merci de me soutenir depuis… trente-six ans maintenant que je suis devenu député.
Dans la permanence locale du parti Tisza, Ferenc, 63 ans, avait les yeux qui brillent en évoquant ce moment : « Ça fait du bien d’être dans l’histoire. » La seule fois où il a vu plus de monde, c’était lors de la Budapest Pride interdite en juin de l’an dernier. Il est cofondateur de l’un des cinq « îlots Tisza » de la ville, ces unités autonomes de volontaires qui ancrent localement le jeune parti, créé juste avant les européennes, il y a deux ans. Ferenc déteste le Fidesz « depuis que le grand sabotage a commencé, en… 2012. Orbán avait annoncé sa volonté de faire émerger une bourgeoisie nationale. Il avait juste oublié de mentionner que ce serait à nos frais… ».
Lors de la fête nationale à Budapest, un grand drapeau ukrainien a été furtivement déployé dans le cortège de Tisza, vraisemblablement par des nervis du pouvoir. L’image a été relayée par le ministre des affaires étrangères, le porte-parole du Fidesz et des gros bonnets du parti, comme une preuve que Tisza pactise avec l’ennemi. Quelques milliers de faux comptes se sont activés sur Facebook pour donner de l’écho à cette manipulation, identifiés par Telex. Ce média indépendant a également révélé la présence à Budapest d’une petite équipe d’agents des renseignements militaires russes (GRU) avec la délicate mission de manipuler une opinion publique déjà chauffée à blanc et très polarisée.
« Merci de me soutenir depuis… trente-six ans maintenant que je suis devenu député, merci de me supporter tous les soirs dans votre salon à la télé, et de continuer à me soutenir dans les moments difficiles », dit Viktor Orbán à la petite foule de Dunaújváros en conclusion de son discours, avec un soupçon de pessimisme inhabituel. Les quelques centaines de torches arrivent au bout et s’éteignent presque simultanément.
Cars affrétés par le parti
Mais quelque chose sonne faux dans cette chorégraphie : les enfants roms qui agitent les drapeaux nationaux rouge-blanc-vert, les personnes âgées en file indienne pour retourner à l’autocar… Des journalistes n’ont pas grand mal à leur faire lâcher l’évidence : c’est le Fidesz qui a affrété les nombreux bus et qui a payé pour le voyage, depuis les villes environnantes, Madocsa, Mór, Paks et même Mohács, à une heure et demie de route. « Avec l’agence de voyages du Fidesz, ce ne sont pas les voyageurs qui financent le cirque itinérant, mais nous, les contribuables », commentera après coup Péter Magyar.
En bordure de la place, la trentaine de jeunes partisans de Tisza qui ont scandé des « bâtard de Fidesz ! » pendant les discours sont pris à partie. Insultes, doigts d’honneur, quelques coups de pied et crachats volent dans leurs pancartes. « La Tisza déborde ! », scandent-ils en retour. C’est le slogan du parti, car la Tisza est le principal affluent du Danube en Hongrie. « Elle déborde où, bande de cons ?! », s’étrangle une dame âgée.
« On nous a craché dessus et traités de provocateurs, juste parce qu’ils ne supportent pas de voir nos pancartes Tisza, raconte une quadragénaire. Moi je ne suis pas payée pour faire ça, contrairement à tous ceux qui sont venus applaudir Orbán », dit-elle.
Elle venait de brandir devant une caméra de la chaîne pro-Fidesz HirTV un sac de pommes de terre. De ceux que l’on distribuera sans doute de nouveau le jour de l’élection, aux abords des bureaux de vote, dans les bourgades le plus pauvres du pays, là où le Fidesz peut dépasser 80 % voire 90 %. Ces électeurs et électrices que les sondeurs n’atteignent pas pourraient faire pencher la balance le 12 avril.
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : La rédaction reste attentive et continuera à observer les faits.

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