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22 mars 2026En Slovénie, le duel incertain dimanche, aux élections législatives, de deux leaders que tout oppose
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Appelés aux urnes dimanche pour des élections législatives, les Slovènes doivent choisir entre le Premier ministre libéral sortant Robert Golob et le candidat de la droite nationale populiste Janez Janša. La campagne a été rude, entre accusations d’ingérence étrangère et fragmentation du paysage politique.
Ce sont deux personnalités diamétralement opposées qui s’affrontent dimanche 22 mars en Slovénie, candidats pour diriger le pays alpin de 2,1 millions d’habitants, premier des États issus de l’ex-Yougoslavie à avoir rejoint l’Union européenne, en 2004.
À gauche, Robert Golob, 59 ans, est Premier ministre depuis juin 2022. Il dirige le Mouvement pour la liberté (GS), un parti de centre gauche social-libéral fondé en 2021 qui combine libéralisme, écologie et forte europhilie. Ce parti est rattaché au groupe Renew d’Emmanuel Macron au Parlement européen. Ancien dirigeant d’une entreprise publique du secteur de l’énergie, Robert Golob s’est lancé tardivement en politique en 2011. Il est devenu Premier ministre il y a quatre ans avec la promesse de « rendre sa liberté au pays », alors dirigé par Janez Janša, accusé d’autoritarisme. Chef de la droite conservatrice à tendance nationaliste depuis trois décennies, Janez Janša, 67 ans, est une figure centrale du paysage national. Il est à la tête du Parti démocrate slovène (SDS), un parti populiste de droite très proche de Viktor Orbán en Hongrie, et de Donald Trump aux États-Unis – Donald Trump dont l’épouse Melania, née Melanija Knavs, est slovène.
L’histoire du parti de Janez Janša est bien plus longue et mouvementée que celle de son adversaire : créé en février 1989 lors de la chute du communisme, il était initialement un mouvement centriste, libéral et pro-européen, rassemblant des dissidents. Janez Janša, version « modérée », a été Premier ministre à deux reprises : entre 2004 et 2013, puis entre 2020 et 2022. C’est lors de ce dernier mandat que sa ligne populiste s’est affirmée. Aujourd’hui, le SDS est nationaliste, conservateur, opposé à l’immigration et proche des populismes d’Europe centrale, au pouvoir notamment en Hongrie et en Slovaquie. Le parcours de Janez Janša rappelle d’ailleurs fortement celui de Viktor Orbán. Le parti du Premier ministre hongrois, le Fidesz, est, lui aussi, passé du centre au national conservatisme populiste.
Mais pourquoi ce virage chez Janez Janša ? Le 20 mars 2013, son gouvernement de centre droit tombe après seulement treize mois d’exercice, après une motion de censure déclenchée par un rapport de la Commission nationale anticorruption pointant des irrégularités dans sa déclaration de patrimoine. Il est contraint à la démission puis condamné à deux ans de prison. La condamnation a été annulée ensuite par la Cour constitutionnelle, qui ordonne un nouveau procès. Celui-ci ne peut toutefois pas se tenir, trop de temps s’étant écoulé depuis les faits. C’est à cette époque que Janez Janša fait entrer la rhétorique du « vrai peuple » contre les « élites déconnectées » dans son ADN politique, prenant modèle sur Viktor Orbán.
Janez Janša revient au pouvoir en 2020. Ce troisième mandat est marqué par l’épidémie de Covid-19, situation exceptionnelle dont il est accusé de profiter pour renforcer le rôle de la police, attaquer les médias critiques et les organisations de défense des droits civiques. Des manifestations de dizaines de milliers de personnes fustigent une dérive illibérale.
Le 1er juin 2022, son gouvernement s’effondre après la révélation d’irrégularités dans l’achat d’équipements médicaux et de protections anti-Covid qui entraîne la démission des ministres de la Santé et de l’Intérieur.
Aujourd’hui, Robert Golob et Janez Janša sont au coude-à-coude dans les sondages, avec un avantage arithmétique pour le leader de l’opposition – avantage contrebalancé par les scores attendus des partenaires de la coalition du Premier ministre sortant : le Parti social-démocrate (SD), héritier de la Ligue des communistes de l’ère Tito, membre du groupe S&D au Parlement européen, est crédité de 8% à 10% des suffrages. Levica, parti radical de gauche, également membre de la coalition, se situe dans la même fourchette.
À droite en revanche, Janez Janša est concurrencé par un ancien fidèle : Anže Logar, 49 ans, ex-ministre des Affaires étrangères en 2012 et directeur de communication des premiers gouvernements Janša. Il a claqué la porte du SDS fin 2024 pour fonder un nouveau parti, Les Démocrates, formation de centre droit anticorruption et pro-UE. Formé à Bruxelles, passé par des banques européennes et le groupe PPE au Parlement européen, Logar critique le SDS pour avoir abandonné son identité europhile. Officiellement lancé en novembre 2024, son parti est crédité de 8% à 10% dans les sondages, un score qui fragilise la droite. Quel qu’il soit, le vainqueur du scrutin de dimanche devra composer avec un Parlement éclaté pour former une majorité stable.
Une affaire explosive est venue aggraver la tension à quelques jours du scrutin : des vidéos anonymes accusent des membres du gouvernement Golob de corruption impliquant des entrepreneurs et avocats. Selon une enquête publiée le 16 mars par l’hebdomadaire Mladina et une ONG de défense des droits humains, ces enregistrements ont été fabriqués par la société israélienne de renseignement privé Black Cube, potentiellement pour le compte du parti de Janez Janša.
Le gouvernement dénonce une « attaque contre la démocratie » et une « opération d’ingérence étrangère ». De son côté, le SDS nie avoir commandité une telle campagne et contre-attaque, accusant « l’élite de gauche » — en Europe centrale le terme « gauche » est souvent associé à l’héritage communiste — de commettre un « abus de pouvoir flagrant dans le but de couvrir une affaire de corruption d’une ampleur inimaginable ».
Et ce scandale a un arrière-plan politique : Robert Golob a fait de la défense de la cause palestinienne l’un des principaux axes de sa campagne. Sous son mandat, la Slovénie est devenue l’un des rares pays de l’Union européenne à qualifier la guerre d’Israël à Gaza de « génocide ». Son gouvernement a hissé le drapeau palestinien au fronton des bureaux officiels et reconnu dès 2024, l’État de Palestine. Janez Janša, lui, fustige sur X un gouvernement de « soutien du Hamas ». Il promet qu’en cas de victoire il reviendra sur la reconnaissance de l’État palestinien et déplacera l’ambassade slovène en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, sur le modèle des États-Unis.
Source : www.franceinfo.fr
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