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22 mars 2026plus d’emplois qualifiés, moins de bas salaires, plus d’impôts… et plus de chômage (il dépasse désormais celui de l’Italie)
Analyse : Notre équipe propose une synthèse des points importants.
Les journalistes partagent leur point de vue sur « plus d’emplois qualifiés, moins de bas salaires, plus d’impôts… et plus de chômage (il dépasse désormais celui de l’Italie) ».
Analyse rapide
Depuis son arrivée au pouvoir, Keir Starmer et son gouvernement ont pris une série de mesures visant à lutter contre les emplois à bas salaires. De quoi, espèrent-ils, stimuler l’investissement et relancer la productivité particulièrement faible du pays. Les chefs d’entreprise britanniques déplorent, eux, une stratégie qui s’attaque à la flexibilité du travail.
Le Royaume-Uni n’a peut-être jamais autant ressemblé à ses voisins européens que depuis son divorce avec Bruxelles. C’est du moins l’avis d’une partie de la presse anglo-saxonne pour laquelle le modèle économique outre-Manche se rapproche de plus en plus des standards de l’UE, et en particulier de la France.
Pour Bloomberg en effet, le Premier ministre Keir Starmer mise désormais sur « une solution à la française » pour pallier les faiblesses de l’économie britannique. Plus précisément, la stratégie du Royaume-Uni « commence à ressembler de plus en plus au modèle français, avec la hausse des coûts de main-d’oeuvre » qui inciterait les entreprises à substituer en partie le capital au travail et à ne conserver que les emplois les plus productifs au détriment des emplois faiblement rémunérés, juge l’agence. Avec à la clé selon la théorie néoclassique: davantage d’investissements pour dynamiser la croissance et relancer la productivité en berne du pays.
Alors qu’il était encore dans l’opposition, Keir Starmer expliquait déjà en 2022 vouloir en finir avec l’époque où « le recours à une main-d’oeuvre bon marché est un gage de croissance en Grande-Bretagne ».
Son objectif: miser sur la qualité du travail plutôt que sur la quantité. « Nous préférons embaucher des personnes pour des emplois précaires, mal rémunérés et parfois même abusifs, plutôt que d’investir dans les nouvelles technologies qui profitent aux travailleurs, à la productivité et à notre pays », avait déploré le travailliste, estimant que que « le modèle britannique des bas salaires devait disparaître ».
En devenant Premier ministre il y a deux ans, Keir Starmer a pu passer de la parole aux actes avec le lancement d’une série de chantiers visant à réduire comme il l’avait promis la proportion de bas salaires dans le pays et, dans le même temps, à renforcer la protection sociale des travailleurs. Citons parmi les principales mesures l’augmentation du salaire minimum (qui avait déjà été relevé dès 2016 par le précédent gouvernement conservateur) de 11% et même de 26% pour les 18-20 ans depuis le retour des travaillistes à Downing Street, la hausse des cotisations patronales ou encore la présentation fin 2024 d’une grande réforme du droit du travail.
Ce dernier projet particulièrement vaste prévoit notamment d’accorder des droits aux salariés (congés parentaux, indemnités maladie…) dès leur premier jour, la fin des contrats sans nombre d’heures minimum ainsi que le déplafonnement des indemnités de licenciement pour lutter contre les licenciements abusifs. En somme, des mesures qui semblaient plutôt correspondre jusqu’alors aux modèles sociaux européens.
Un taux de chômage désormais plus élevé qu’en Italie
Cette nouvelle logique britannique a nécessairement un coût pour les chefs d’entreprise. « Le coût marginal du travail a considérablement augmenté », a confirmé auprès de Bloomberg Sanjay Raja, économiste en chef de Deutsche Bank UK. « Par conséquent, nous constatons un report vers l’investissement ».
Effectivement, l’investissement des entreprises a progressé de 3,5% l’an passé outre-Manche, soit la plus forte hausse depuis 2022. La productivité du travail s’est quant à elle redressée de 2%, un rythme trois fois supérieur à celui observé entre 2010 et 2024.
Sur ce point, « que ce soit intentionnel ou accidentel, Starmer a mis en place une stratégie qui semble fonctionner », estime Bloomberg. Mais la contrepartie, c’est que le taux de chômage a bondi à mesure que la hausse du coût du travail a écarté les personnes les moins qualifiées du marché de l’emploi. Il s’est élevé en décembre à 5,2%, son niveau le plus élevé depuis cinq ans, d’après l’Office national des statistiques. Le taux de chômage britannique dépasse même désormais celui de l’Italie et a atteint un pic à 16,1% chez les 16-24 ans, soit plus que la moyenne de l’UE (14,7% pour les moins de 25 ans).
Des chiffres inquiétants qui ont poussé le gouvernement travailliste à annoncer cette semaine le déblocage d’un milliard de livres (1,16 milliard d’euros) pour soutenir l’emploi des jeunes, et en particulier des NEET (jeunes sans formation ni études).
Un sérieux retard de productivité
À la lumière de ces éléments, l’économiste du cabinet RSM Tom Pugh juge que le Royaume-Uni « ressemble de moins en moins aux États-Unis et de plus en plus à la France » qui se caractérise notamment par son faible taux d’emploi, en particulier chez les jeunes.
Et même si le taux de chômage dans l’Hexagone reste supérieur (7,9%) à celui constaté chez nos voisins, l’écart tend à se réduire. De la même manière, les prélèvements obligatoires pèsent de plus en plus lourds outre-Manche: 35% du PIB et 38% attendus à la fin de la décennie, contre 33% en 2019. Là où ils atteignent 43,5% en France. La situation des finances publiques britanniques tend également à se rapprocher de la nôtre avec une dette à 101,2% du PIB en 2024 contre 113,1% dans l’Hexagone. Un écart qui a fondu de moitié depuis 2008.
Serait-ce le prix à payer pour relancer l’investissement des entreprises et la productivité? Ce qui est certain, c’est que le Royaume-Uni accuse un sérieux déficit en la matière. Comme le rappelle Bloomberg, l’investissement total outre-Manche ne représente que 19% du PIB, essentiellement à cause de l’investissement des entreprises. C’est 3 points de moins que dans l’Hexagone et le plus bas niveau des pays du G7.
Surtout, la productivité y est inférieure de 13%. Or « tout notre retard de productivité par rapport à la France s’explique par un stock de capital plus faible », a jugé Torsten Bell, le sous-secrétaire d’État parlementaire aux Retraites, tout en estimant que les Français gaspillent cet avantage « en prenant leur retraite beaucoup trop tôt » (l’âge légal de départ est de 66 ans au Royaume-Uni).
« Nous allons finir par avoir une législation du travail pire que celle de la France »
Sans surprise, la recette dégainée par Keir Starmer mêlant hausse du coût du travail et renforcement de la protection des salariés est loin de faire l’unanimité au Royaume-Uni. Les chefs d’entreprise fustigent notamment la suppression annoncée du plafond d’indemnisation pour lutter contre les licenciements abusifs.
D’après le Telegraph, plusieurs dirigeants auraient fait part de leur frustration lors d’une récente réunion entre des représentants du ministère du Commerce britannique et le lobby défendant les intérêts du secteur financier TheCityUK. Certains des participants auraient notamment profité de cette occasion pour reprocher au gouvernement travailliste de faire « l’opposé de ce que les (pays) concurrents ont fait sur le continent ».
Et pour cause, Emmanuel Macron, dès son arrivée au pouvoir en 2017, avait fait l’inverse de Keir Starmer en instaurant un barème encadrant les indemnités aux prud’hommes en cas de licenciement abusif. Une mesure évidemment saluée à l’époque par le patronat. « Nous allons finir par avoir une législation du travail pire que celle de la France, et ça veut vraiment dire quelque chose », aurait ainsi déploré un membre de TheCityUK, dont les propos sont relayés par le Telegraph. Un autre va même plus loin: « En l’état actuel des choses, le système français semble plus favorable aux entreprises que le nôtre ».
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Nous continuerons à partager nos observations sur cette actualité.

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