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22 mars 2026Pour battre Orbán, la gauche hongroise se range derrière Magyar, conservateur « populiste et technocratique »
Analyse : Les rédacteurs ont examiné cette actualité pour en tirer quelques conclusions.
L'article « Pour battre Orbán, la gauche hongroise se range derrière Magyar, conservateur « populiste et technocratique » » a retenu l'attention de notre équipe.
Récap des faits principaux
Budapest (Hongrie).– Comme de coutume, c’est au premier ministre, Viktor Orbán, qu’il est revenu d’ouvrir la session de printemps du Parlement, lundi 23 février. « Monsieur Orbán, c’était votre dernier discours devant le Parlement hongrois en tant que premier ministre », a raillé Bence Tordai, député de Dialogue, petite formation qui rassemble des intellectuels de gauche des générations postcommunistes, à la grande satisfaction d’un petit tiers du Parlement.
La réponse a été cinglante : « J’avais déjà entendu parler du chant du cygne, mais c’est la première fois que j’entends un chœur de cygnes, a rétorqué Orbán. Tout ce que je peux dire, c’est : “le MSZP [socialistes – ndlr], dehors !” ; “Momentum [libéraux – ndlr], dehors !” ; “ Jobbik [nationaux-conservateurs, issus de l’extrême droite – ndlr], dehors !” ; “Dialogue [écologistes – ndlr], dehors !” ; “LMP [écolo-agrariens – ndlr], dehors !” ; “DK [sociaux-démocrates – ndlr], dehors !” »
Après seize années durant lesquelles tous ces partis ont été réduits aux rôles de figurants, dans une Assemblée nationale occupée aux deux tiers depuis 2010 par les nationalistes de la Fidesz, leurs député·es se préparent en effet à faire leurs valises, balayé·es par la tornade Tisza, le parti créé il y a moins de deux ans par Péter Magyar. À gauche, seuls la Coalition démocratique (DK) et le parti satirique du Chien à deux queues (MKKP) semblent encore conserver un petit espoir de franchir le seuil parlementaire des 5 %.
À voir l’effervescence qui entoure la campagne de Tisza, l’affluence à ses rassemblements jusque dans les petites bourgades et les enquêtes d’opinion qui vont toutes dans le même sens, tout indique que le prochain Parlement sera surtout le théâtre d’un face-à-face entre Viktor Orbán et Péter Magyar.
Choix de raison
Après vingt longues années à se faire traîner dans la boue, et après quatre gifles électorales, l’écrasante majorité de l’électorat de la gauche et des libéraux devrait s’en remettre à ce conservateur modéré, seul rival en mesure de les débarrasser de l’indéboulonnable Orbán. Lequel prévoit ouvertement de gouverner jusqu’en 2030, avant d’éventuellement passer la main à un dauphin – étant entendu que « la nation [le nom de son parti, Fidesz – ndlr] ne peut pas être dans l’opposition ».
Sára Várkonyi, 32 ans, compte parmi ces gens de gauche qui iront voter pour Magyar. Un peu dépitée, tout de même, d’avoir eu à défiler derrière un homme de droite un brin démagogue, comme elle l’expliquait après la mobilisation de la fête nationale du 23 octobre 2025, où Magyar a mobilisé plus de cent mille personnes.
« J’ai des haut-le-cœur devant ces grands rassemblements, même si je sais bien que le dégoût de la gauche pour les “symboles nationaux” n’est pas constructif. Mais toute cette symbolique culturelle, ça me rappelle trop le Fidesz », disait-elle alors dans un café qui abrite aussi la maison des syndicats.
Aux élections de 2010, la gauche socialiste et libérale traînait le boulet néolibéral devenu trop lourd depuis la crise des subprimes et ses conséquences en Europe. En 2014, 2018 et 2022, ses divers partis se sont dilués et abîmés dans des coalitions anti-Orbán sans queue ni tête, contraints par un nouveau système électoral pensé sur mesure pour avantager la Fidesz, supprimant notamment le second tour.
Un dissident du camp conservateur
Il y a deux ans, ces formations ont assisté à la percée et à l’implantation d’un avocat quadragénaire sorti du sérail Fidesz. Péter Magyar a rallumé la flamme de l’espoir en promettant de faire tomber le « système de criminalité nationale » de Viktor Orbán et de son régime, dépeint comme inhumain, menteur, kleptocrate et corrompu jusqu’à l’os.
« Au départ, j’ai détesté ce Péter Magyar, avoue le célèbre metteur en scène Árpád Schilling, à propos de l’avocat issu d’une famille bourgeoise de grands juristes des beaux quartiers des collines de Buda. Et dans la bulle intellectuelle budapestoise, beaucoup détestent encore ce gars riche et de droite. Ils ne peuvent pas faire confiance à quelqu’un qui a fait partie du régime. »
Deux ans plus tard, Árpád Schilling ne cache pas son admiration pour le travail accompli en quelques mois par Tisza, qui multiplie les forums citoyens partout dans le pays – jusque dans ses coins les plus reculés qui n’ont pas vu de politicien·ne depuis le reflux du Parti socialiste dans la décennie 2000.
« Dans l’histoire de la démocratie hongroise moderne, aucun parti n’a entrepris un tel travail, aucun parti ne s’est autant rapproché du peuple, aucun n’a fait autant pour impliquer les habitants dans le dialogue et la politique au niveau local, constate l’artiste. À quoi bon se réclamer des minorités sexuelles et des valeurs libérales si l’on n’a aucune réponse aux problèmes fondamentaux de la majorité de la population et si on est incapable de s’adresser aux personnes hors de la capitale ? »
Au lieu de traiter les gens avec condescendance en leur disant qu’ils sont stupides de soutenir les illibéraux, il faut parler aux Hongrois de leur expérience vécue lors des multiples crises. C’est ce que Magyar a compris.
Péter Magyar est parti du présupposé que Budapest et les grandes villes lui sont acquises. Alors, le 12 avril, il joue sa victoire dans les petites villes et les villages. Pour faire sauter le verrou Fidesz, il a donné les clés de sa campagne à un homme de gauche, Péter Tóth.
Très critique des partis de gauche dont le « péché originel » est selon lui d’avoir « complètement abandonné les petites communautés » aujourd’hui sous la coupe d’un « système féodal », Péter Tóth est l’artisan d’un réseau de 50 000 bénévoles disséminés dans des « îlots Tisza », pour ratisser les terres abandonnées au Fidesz. « Quoi de plus de gauche que d’affirmer que nous les libérerons de ce système, pour que les plus opprimés puissent enfin faire entendre leur voix ? », questionne-t-il dans un entretien avec Válasz Online.
Magyar compare le moment à la fin du régime communiste en 1989-1990. Il présente l’élection comme un référendum contre Viktor Orbán et rassemble sous le slogan « ni de gauche ni de droite, simplement Magyar » (le nom magyar est aussi celui qui définit le peuple et la langue hongroise).
L’économiste Gábor Scheiring voit en lui une « figure populiste et technocratique ». « Au lieu de traiter les gens avec condescendance en leur disant qu’ils sont stupides de soutenir les illibéraux, il faut parler aux Hongrois de leur expérience vécue lors des multiples crises qu’ils ont traversées. Et c’est ce que Magyar a compris », dit-il.
Sensibilité sociale
Le programme de Tisza prévoit un doublement des allocations familiales, une réduction de la TVA sur les aliments de base, l’augmentation des salaires dans les secteurs sociaux, la (re)création d’un ministère de l’éducation aujourd’hui sous la tutelle de celui de l’intérieur, et de redonner des moyens à la santé.
« Si on ajoute la promesse de réintégrer les gens qui ont été victimes des politiques d’exclusion, il y a des éléments auxquels la gauche peut se raccrocher et trouver une approche sociale plus universelle, moins sélective et moins punitive que celle du Fidesz », estime l’anthropologue Kristóf Szombati.
Si Tisza accède au pouvoir, beaucoup s’attendent aussi à une politique de droite pro-marché et plus respectueuse des droits humains, conforme à celle du Parti populaire européen (PPE) auquel il appartient. Pourtant, la rhétorique dominante de Péter Magyar est presque sociale-démocrate. Il met l’accent sur la protection de l’enfance, l’intégration des Roms, la situation des femmes qui élèvent seules leurs enfants, l’inclusion des personnes en situation de handicap, la précarité énergétique, etc.
Le candidat dispose d’un précieux atout en la personne de Kriszta Bódis, son bras droit, figure très respectée pour ses engagements auprès des groupes marginalisés, ainsi que pour ses romans et ses films documentaires primés. Dans la même veine, des personnalités de la gauche ont renoncé à candidater aux élections pour faire campagne derrière Magyar, à l’instar d’András Jámbor, député et fondateur du média indépendant Mérce.
La gauche culturelle, cantonnée à la capitale et incarnée depuis 2019 par son maire, Gergely Karácsony, en première ligne lors de la Budapest Pride interdite en juin 2025, ne disparaîtra pas avec ces élections. Mais elle se trouvera encore davantage éloignée du pouvoir, réduite à espérer un reset démocratique qui lui permettrait de revenir dans le jeu après coup.
« Je vois un peu Tisza comme un cheval de Troie, confie le metteur en scène Árpád Schilling. Ses députés seront des novices en politique et auront des comptes à rendre à ceux qui les ont élus. J’ai du mal à imaginer le scénario dans lequel Magyar trahirait. Ce serait une tragédie… » Le maintien au pouvoir quatre ans de plus de Viktor Orbán, redoutent ses opposants, achèverait de les démobiliser et ferait sombrer la société dans une apathie durable.
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : Cette situation sera suivie de près par notre rédaction.

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