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À savoir
Shijiazhuang n’est pas la ville la plus riante de Chine. C’est peut-être même l’une des plus ennuyeuses. La capitale du Hebei (la province qui entoure Pékin) et ses plus de 11 millions d’habitant·es traînent une sale réputation : son taux de pollution dépassait celui de toutes les cités du pays dans les années 2010.
Pour tenter de redorer son blason, cette ancienne cité industrielle, célèbre dans les années 1950 pour ses filatures, mise désormais sur le rock. Et ses autorités ont décidé de disputer à Pékin le titre de capitale chinoise du rock en organisant un festival annuel d’avril à septembre.
Pour nourrir cette veine musicale, la cité met en avant la signification littérale des trois caractères qui forment son nom en chinois (avec une lecture de droite à gauche) : la « ville natale du rock », soit : zhuang, jia, shi. « Shi » signifie plutôt la pierre, tandis que rock, en chinois, se traduit par « yaogun » (bouger et rouler), mais tout est bon pour attirer les touristes.
S’il s’agit surtout de faire marcher l’économie locale, la ville peut se targuer d’une histoire certaine avec ce genre musical né aux États-Unis, puisque c’est à Shijiazhuang que, de 1999 à 2013, a été publié So Rock ! Magazine (en chinois Wo ai yaogun yue, soit « j’aime le rock »), la parution de référence du rock indépendant chinois. Elle est aussi le berceau d’un des principaux groupes indépendants et l’un des plus populaires du pays : Omnipotent Youth Society (en mandarin Wanneng qingnian lüdian).
L’hommage du cinéaste Jia Zhangke
Dans le cadre d’une tournée européenne, Omnipotent Youth Society se produit le 21 mars au Cabaret sauvage à Paris. Inutile de se précipiter à la billetterie, le concert est déjà complet, les plus de 1 000 places se sont vendues en moins d’une heure. Depuis les années 2010, le groupe a défini les bases d’un rock indépendant et populaire pour toute la scène sinophone, que ce soit en Chine, à Hong Kong ou à Taïwan, souligne Nathanel Amar, chercheur spécialiste du rock chinois et auteur du livre Scream for Life. L’invention d’une contre-culture punk en Chine populaire (Presses universitaires de Rennes, 2022).
Omnipotent Youth Society compose la bande-son parfaite des réformes économiques et des inégalités sociales qu’elles ont entraînées. « Ce n’est pas un hasard si Jia Zhangke a utilisé leur chanson mythique “Kill the One from Shijiazhuang” [Shasi nage Shijiazhuang ren, « Tuer cette personne de Shijiazhuang » – ndlr] dans son dernier film Les feux sauvages pour représenter trente ans de réformes économiques », dit Nathanel Amar.
Nous avons vécu la même période, même si nous utilisons des moyens artistiques différents pour exprimer nos sentiments.
Jia Zhangke et Omnipotent Youth Society ont commencé leur carrière à peu près en même temps. Lui en 1997, alors qu’il était étudiant et commençait à filmer Xiao Wu à Taiyuan, dans le Shanxi. Eux en 1996, à Shijiazhuang. Deux villes marquées par les mines de charbon exploitées alentour et la désindustrialisation qui les a frappées dans les années 1990.
Et lorsqu’il s’est agi d’illustrer musicalement des images d’une autre ville houillère du nord, Datong, dans son film Les Feux sauvages, le choix de la chanson « Tuer cette personne de Shijiazhuang » s’est imposé, a indiqué Jia Zhangke fin 2024 lors de la projection de son film à Shijiazhuang. « Que ce soit Shijiazhuang, Taiyuan, dans ma province natale, ou Datong, dans le film, toutes ces villes sont proches géographiquement et se ressemblent, elles ont en commun des atmosphères et la manière d’y vivre », a-t-il expliqué, soulignant que c’était une chanson qu’il aimait depuis longtemps.
« Nous avons vécu la même période, même si nous utilisons des moyens artistiques différents pour exprimer nos sentiments », a témoigné également le cinéaste.
« Tuer cette personne de Shijiazhuang » est une chanson sombre, dans laquelle un ouvrier d’une usine pharmaceutique raconte son triste quotidien. Elle se termine par : « Vivre comme ça pendant trente ans / Jusqu’à l’effondrement du bâtiment / L’obscurité au plus profond des nuages / Engloutit le paysage au fond du cœur. » Ji Geng, le parolier et bassiste du groupe, a expliqué que la chanson traitait de « l’érosion de l’enthousiasme et de l’estime de soi » au sein d’une famille.
une incidence dans le monde sinophone
Les membres du groupe prennent leur temps. Leur premier album est sorti en 2010, le deuxième, plus centré sur les questions écologiques, en 2020. Leur influence s’étend jusqu’à Taïwan, où des groupes s’inspirent de leurs « passages mélodiques, instrumentaux, avec l’inclusion du jazz, de trompettes, de violons », souligne Nathanel Amar. « Et avec des paroles à la fois très poétiques et qui parlent vraiment de la situation sociale de la Chine des réformes, ce qui fait écho à ce que vivent les jeunes taïwanais, c’est-à-dire un grand ennui, notamment dans les centres urbains », poursuit-il.
Omnipotent Youth Society donne très peu d’interviews, préférant garder un profil bas, ce qui explique sans aucun doute que ses membres aient pu éviter les ennuis politiques, le contenu de leurs chansons ne cadrant absolument pas avec la volonté de Xi Jinping depuis 2012 d’insuffler de l’énergie positive à la création artistique dans son ensemble.
un dossier savoureux du New York Times racontait comment la Ligue de la jeunesse communiste de Shijiazhuang avait réécrit les paroles de « Tuer cette personne de Shijiazhuang ». Désormais intitulée « L’indestructible de Shijiahuang », elle vantait les réformes économiques lancées par le Parti communiste et la capacité de la ville à se régénérer. Et la fin disait : « Vingt ans de transformation / Shijiazhuang l’internationale va de l’avant. Rassemblant les rêves de voler / répondant à l’appel. Vingt ans de changements rapides / l’aspiration initiale trace la voie. Comme une oie déployant ses ailes contre le vent / écrire un nouveau chapitre glorieux. »
On est bien loin de l’original. Mais c’est cette version remaniée qui a servi en 2023 aux autorités locales pour faire la promotion de Shijiazhuang capitale du rock. Un rock aseptisé et conforme au socialisme à caractéristiques chinoises.
À la même période, lors d’une tournée nationale, Omnipotent Youth Society n’a pas été autorisé à chanter « Tuer cette personne de Shijiazhuang » lors d’un concert à Shanghai. Le groupe l’a jouée sans les paroles. Une version instrumentale pour contourner la censure. À Paris, celles et ceux qui ont obtenu des billets auront le droit aux paroles.
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : Cette information sera réévaluée à mesure que de nouveaux éléments apparaissent.

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