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L'équipe éditoriale a étudié « La BCE accélère sur l’infrastructure des marchés tokenisés » et partage son avis.
Les faits essentiels
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L’Europe regarde la disruption crypto comme on observe un moteur neuf avec de vieux gants, entre curiosité prudente et crainte du dérapage. Depuis des années, Bruxelles colmate les brèches avec de la régulation, des cadres transitoires et des promesses d’adation progressive. La tokenisation avance, oui, mais elle avance sous surveillance, presque à pas comptés, loin des emballements de la crypto-sphère mondiale. Désormais, la BCE veut accélérer sur l’infrastructure, sans laisser au marché crypto privé le soin d’écrire seul les règles.

En bref
- La BCE estime que stablecoins et dépôts tokenisés ne suffisent pas pour structurer durablement les marchés européens.
- Elle insiste sur le rôle central d’une monnaie de banque centrale tokenisée pour sécuriser les règlements.
- Les projets Pontes et Appia visent à connecter et harmoniser les infrastructures tokenisées européennes existantes.
- La fragmentation juridique et technique reste un obstacle majeur à l’essor du marché crypto tokenisé européen.
Stablecoins, dépôts tokenisés : pourquoi la BCE veut reprendre la main
D’abord, la BCE, très à cheval sur l’euro numérique, pose un diagnostic sans fard : la tokenisation européenne ne passera pas à l’échelle avec les seuls stablecoins et dépôts tokenisés. Piero Cipollone rappelle que ces actifs privés peuvent soutenir le marché crypto tokenisé, mais qu’ils ne peuvent pas en devenir l’ancre ultime.
Le problème est brutal : un vendeur d’actif tokenisé peut recevoir un instrument qu’il ne veut pas garder, exposé au risque de crédit ou à la volatilité.
Sans monnaie de banque centrale tokenisée, un vendeur de titre tokenisé peut recevoir un paiement dans un actif qu’il n’est pas à l’aise de détenir. Cela limite la capacité du marché à passer à l’échelle.
Source : Discours de Piero Cipollone, BCE
Autrement dit, la BCE accepte l’innovation privée, mais refuse de lui céder la caisse. En filigrane, l’institution défend sa souveraineté monétaire face à l’expansion crypto et à l’hypothèse d’un stablecoin dominant imposant sa loi européenne.
Cette ligne rouge résume la nervosité monétaire européenne actuelle.
Pontes, Appia, tokenisation : la BCE attaque enfin la plomberie crypto
Ensuite, la BCE ne vend plus une doctrine, elle sort les outils. Pontes doit être lancé au troisième trimestre 2026 pour relier les plateformes DLT aux services TARGET et permettre un règlement en monnaie de banque centrale. Appia, publié le 11 mars, doit ensuite dessiner d’ici 2028 le plan d’un écosystème européen tokenisé.
Derrière ces noms froids, l’enjeu est brûlant : faire communiquer des réseaux qui s’ignorent, harmoniser des formats de données et rendre les actifs tokenisés transférables d’une infrastructure à l’autre. La tokenisation européenne ne manque pas d’idées, mais elle manque encore de tuyaux communs.
C’est là que le marché crypto européen coince encore aujourd’hui. Sans interopérabilité, la liquidité se disperse, les coûts gonflent et la promesse d’un marché intégré reste une affiche sur un mur humide.
La BCE s’attaque à la plomberie cachée de la finance tokenisée, pas à son vernis. Elle veut des rails communs avant la ruée.
Marchés tokenisés : Bruxelles veut le privé, sans lui céder la caisse
Finalement, la BCE ne veut pas tuer l’innovation crypto, elle veut la tenir en laisse avant l’emballement. Cipollone défend un partenariat public-privé où le marché apporte les services, tandis que l’institution garde l’ancre monétaire.
La technologie seule ne peut pas résoudre la fragmentation juridique à la racine des difficultés des marchés européens. La technologie des registres distribués ne peut ni harmoniser le droit des sociétés entre 27 États membres, ni réconcilier des règles sur les titres divergentes.
Source : discours de Piero Cipollone, BCE.
Ce rappel vaut gifle. La tokenisation fluidifie les transferts, mais elle ne répare pas un code juridique cabossé.
Le vrai danger, à ses yeux, serait une plateforme privée ou un stablecoin devenu passage obligé.
Les chiffres qui racontent mieux la bataille
- Près de 4 milliards d’euros tokenisés ont été émis depuis 2021 ;
- Les essais de 2024 ont porté sur environ 1,6 milliard d’euros ;
- Cinquante expérimentations ont été conduites dans neuf juridictions distinctes ;
- Soixante-quatre participants ont nourri les travaux initiaux.
Somme toute, l’Europe ne bannit pas les stablecoins, elle cherche surtout à écrire sa propre politique crypto. Le projet Qivalis, porté par un consortium de dix banques européennes, vise justement un lancement fin 2026. Accessible aux banques du continent, ce stablecoin euro montrerait que Bruxelles préfère encadrer, puis répliquer, plutôt que subir durablement les standards venus d’ailleurs sur son sol.
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Source : www.cointribune.com
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