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Notre rédaction partage son avis sur les points importants de « le récit de Donald Trump sur sur le narcotrafic au Venezuela ne tient pas, voici pourquoi ».
Éléments essentiels
REUTERS
Le président vénézuélien déchu Nicolás Maduro lors de son transfert de prison jusqu’au tribunal de New York ce lundi 5 janvier.
Une date marquée d’une pierre blanche dans l’agenda de Donald Trump. Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores comparaissent devant la justice fédérale américaine ce jeudi 26 mars à New York. Quatre mois après sa capture par l’armée américaine au Venezuela, le couple répond d’accusations de trafic de drogue pour lesquelles il a plaidé non coupable.
Les charges pesant sur l’ex-président vénézuélien, détenu à Brooklyn, épousent le récit instauré par Donald Trump et son administration. L’acte d’accusation accable Nicolas Maduro et ses complices présumés qui auraient « collaboré pendant des décennies avec certains trafiquants de drogue et des narco-terroristes […] pour acheminer des tonnes de cocaïne vers les États-Unis ».
Le récit trumpiste présente le Venezuela comme un rouage clef du trafic de poudre blanche, assurant que les réseaux ont trouvé des soutiens voire des leaders à la tête de l’État vénézuélien. Alors que s’ouvre l’audience de Nicolas Maduro, Le HuffPost revient sur ces allégations avec des spécialistes, qui battent tous les deux en brèche le narratif américain.
• Le rôle du Venezuela dans les trafics est « mineur »
Loin de submerger les États-Unis de cocaïne, le Venezuela n’est même pas classé parmi les « producteurs » mais comme un « pays de transit » par les organismes internationaux étudiant le narcotrafic, relève Jean Clot, chercheur au Groupement roman des études de l’addiction (GREA). « Il n’a qu’un rôle mineur dans le trafic de drogue », abonde Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine à l’université de Rouen.
Citée par CNN, l’agence américaine de contrôle des drogues estimait en mars 2025 que 84 % de la cocaïne saisie aux États-Unis venait… de Colombie. Pour arriver au pays de l’Oncle Sam, la poudre blanche transite bien par les pays voisins, mais la route vénézuélienne est loin d’être la principale, comme le montre la carte que vous pouvez voir ci-dessous, publiée dans le dernier rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).
ONUDC
Carte des routes de la cocaïne disponible dans le compte-rendu de l’ONUDC.
Ce visuel, tout comme les deux spécialistes interrogés par Le HuffPost, relève que d’autres pays ont plus d’importance dans le trafic de cocaïne, à commencer par l’Équateur. « C’est la route qui se développe ces dernières années », décrit Thomas Posado, expliquant que « le pays est mieux placé que le Venezuela, plus excentré par rapport aux pays producteurs » que sont la Colombie, le Pérou et la Bolivie.
• Maduro n’est pas « chef » du « Cartel de los Soles » (qui n’existe pas)
L’allégation était tellement fantaisiste qu’elle ne figure même plus dans l’acte d’accusation. À plusieurs reprises, Donald Trump a décrit Nicolas Maduro comme le « chef » de « cartels impitoyables », citant notamment « le cartel de Los Soles » (cartel des Soleils) que Washington a classé comme organisation terroriste. Problème : l’organisation criminelle en question n’existe pas.
« C’est une formule », explique Thomas Posado, selon qui elle est utilisée depuis 1993, « avant Maduro et même Chavez », pour « dénoncer les complicités que peuvent avoir des militaires, policiers ou des fonctionnaires dans des activités criminelles, dont le narcotrafic peut faire partie ». La mention « los Soles » fait référence aux médailles sur les épaules des uniformes des militaires vénézuéliens, décrit le spécialiste, auteur du livre Venezuela : de la révolution à l’effondrement (Presses universitaires du Midi).
• Parler de « narco-État » est très exagéré
Les termes de « narco-État » ou de la « narco-dictature » sont beaucoup revenus dans les discours trumpistes pour décrire le Venezuela, mais là aussi, la rhétorique ne résiste pas à l’épreuve des faits. Un narco-État désigne « un état dont les institutions sont vraiment capturées par le trafic de drogue », décrit Jean Clot, rappelant que ce terme est avant tout « une sorte d’étiquette » pas toujours valide.
« Ça suppose une fusion presque totale entre institutions et organisations criminelles, ça colle peu à l’empirisme », fait valoir le chercheur selon qui l’expression sert souvent à jeter l’anathème sur des pays considérés comme des « emblèmes du narcotrafic ». Concernant le Venezuela, si « des individus proches du pouvoir » ont bel et bien été impliqués, « dire que c’est l’État qui pilote le narcotrafic est une généralisation abusive », estime Jean Clot.
S’ils démontent un certain nombre d’accusations envers le Venezuela, les chercheurs interrogés par Le HuffPost rappellent cependant que le pays est loin d’être exemplaire, puisque des violations de droits humains et des problèmes de corruption y sont documentés.
• Un acte d’accusation plus politique que juridique
Derrière le procès, « il y a des ambitions géopolitiques, géostratégiques et commerciales au Venezuela, souligne Jean Clot, ça arrange les États-Unis de faire vaciller le régime ou de le mettre sous pression. C’est aussi l’objectif en le désignant comme “narco-État”, il y a une autre ambition qu’en finir avec le trafic de drogue. »
Même son de cloche pour Thomas Posado, qui voit dans l’emploi de termes comme « narco-terrorisme » une « manœuvre de communication pour se dispenser de déclarer une guerre au Venezuela ou en Caraïbes ». « Les Américains se sont abrités derrière le cas qu’ils combattaient une organisation terroriste plus qu’un État », affirme-t-il.
« Le procès de Nicolas Maduro est construit politiquement plus que juridiquement », affirme par ailleurs le maître de conférences, relevant des incohérences dans les personnes épinglées. « Maduro est accusé, sa femme, son fils et le ministère de l’Intérieur », mais pas certaines personnes avec des « fonctions éminentes » comme l’ancienne vice-présidente Delci Rodriguez ou le ministre de la Défense.
« C’est juridiquement indéfendable de plaider que le ministre de l’Intérieur était au courant de tout, mais que son collègue à la Défense ne savait rien », juge Thomas Posado, qui voit dans ce procès « une manière de diviser pour mieux régner ». « On a Maduro le méchant sous les barreaux et Delci Rodriguez la gentille à Caracas », résume-t-il. Une lecture avantageuse pour Donald Trump, qui a décrété que l’ancienne vice-présidente devenue cheffe d’État était une interlocutrice respectable dans le cadre de ses ambitions pétrolières.
Source : www.huffingtonpost.fr
Conclusion : Quelques points à garder à l'esprit selon notre rédaction.

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