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26 mars 2026Les Kurdes, histoire d’un peuple prisonnier des frontières des autres : épisode du podcast Guerre au Moyen-Orient, l’histoire pour comprendre
Analyse : Notre équipe propose une synthèse rapide et concise.
Nos journalistes proposent un aperçu de l'article « Les Kurdes, histoire d’un peuple prisonnier des frontières des autres : épisode du podcast Guerre au Moyen-Orient, l’histoire pour comprendre ».
Points clés à connaître
Qui sont les Kurdes et qu’est-ce que le Kurdistan ? C’est un peuple, à l’histoire millénaire. C’est un pays qui n’a pas de frontières, ou, pour le dire autrement, qui se voit imposer les frontières iraniennes, irakiennes, turques ou encore syriennes. Un peuple et un territoire au Moyen-Orient, devenus un enjeu international.
Qui sont les Kurdes ?
Les historiens et historiennes peinent à déterminer les origines historiques des populations kurdes. Les premières principautés kurdes apparaissent au 10ᵉ siècle. C’est aussi à ce moment-là que de nombreux auteurs arabes font référence aux Kurdes dans leurs textes et leur donnent des origines parfois légendaires. Le cœur du pays kurde est une bande montagneuse qui s’étend de la chaîne des monts Zagros et se prolonge dans le Taurus. Dans cette région, les populations kurdes parlent leurs propres langues, qui « appartiennent au groupe occidental-nord des langues iraniennes« , explique Boris James, historien et auteur de *Genèse du Kurdistan. Les Kurdes dans l’Orient mamelouk et mongol (1250-1340) (*Éditions de la Sorbonne, 2021). « On a eu tendance à travers l’histoire à les identifier par le élément qu’ils parlaient une autre langue que la langue dominante ou que la langue de l’État central. »
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le démembrement de l’Empire ottoman marque la naissance de la question kurde. En 1920, l’Empire ottoman est divisé dans les zones kurdes en trois États-nations : la République de Turquie, la Syrie mandataire et le Royaume d’Irak sous tutelle britannique. Les populations kurdes se retrouvent divisées en quatre Kurdistan : un Kurdistan en Turquie, en Irak, en Iran et en Syrie.
Deux dynamiques se mettent en place, l’intégration des communautés kurdes dans chacun des États séparés de la région et la construction transfrontalière d’un mouvement national kurde. « Tous les Kurdes ne deviennent pas des nationalistes kurdes très engagés dans des mouvements, il y a une diversité d’inscriptions politiques et identitaires« , précise Boris James. « Mais il y a bien sûr des Kurdes qui vont être partie prenante de mouvements politiques indépendantistes ou autonomistes dans les différentes régions. Ils vont être accompagnés parfois par les autorités mandataires, françaises en Syrie, britanniques en Irak. […] Pour la Turquie, c’est un peu différent, mais pour ce qui est de l’Iran et de l’Irak, il y a quelque chose d’assez spécifique, il y a une effervescence qui permet l’avènement de situations d’autonomie. »
L’éphémère Mahabad
Après plusieurs décennies de révoltes dans l’entre-deux-guerres, des groupes kurdes proclament la République kurde de Mahabad, en Iran, le 22 janvier 1946. Un drapeau kurde est créé ainsi qu’un hymne national, Ey Reqîb. La poésie joue un rôle central dans l’expression de ces revendications nationalistes. Les Kurdes politisés « voyaient dans l’exercice poétique un acte politique« , souligne Boris James. « Il y a beaucoup de poètes qui ont fréquenté les milieux kurdistes ou nationalistes kurdes des premiers temps, notamment dans l’entourage de la République de Mahabad. » La formation du jeune État kurde est cependant anéantie par l’armée iranienne et la République de Mahabad s’effondre quelques mois plus tard.
Entre-temps, plusieurs partis kurdes – le Parti démocrate du Kurdistan iranien (PDKI) et le Parti démocrate du Kurdistan (PDK) – se créent respectivement en 1945 et 1946. Les populations kurdes reprennent les armes à partir de 1961 sous la houlette de Mustapha Barzani. Jusqu’en 1970, les Kurdes d’Irak, soutenus parfois par l’Iran et les États-Unis, s’opposent au pouvoir du dictateur irakien Abdel Karim Kassem. En 1975, un accord entre l’Iran et l’Irak met fin à la guérilla kurde.
Les répressions des années 1980
Avec le déclenchement de la guerre Iran-Irak en 1980, une nouvelle bascule s’opère pour les Kurdes de la région. La guerre « change tout pour les Kurdes« , explique Boris James. « La zone autonome qui devait s’établir depuis le début de la monarchie en Irak advient de facto. L’invasion du Koweït provoque une remarque de la communauté internationale et des États-Unis, qui semblent vouloir défaire le pouvoir de Saddam Hussein. On a une révolte, qui émerge à la fois dans les zones chiites du Sud et dans les zones kurdes. Cette révolte est réprimée, parce que les Américains finalement restent en observateurs. Les Français vont insister pour la constitution de zones de non-survol aérien du Kurdistan d’Irak. […] Donc il y a une autonomie de facto qui se crée au Kurdistan irakien, avec une vie politique qui va s’installer, une autonomie, et malheureusement aussi des guerres fratricides, puisqu’il y a cette guerre civile de 1992-93 à 1998.«
La guerre favorise en effet la possibilité de répressions vis-à-vis des populations kurdes dans les années 1980. Dans les deux pays, l’ayatollah Khomeini et Saddam Hussein répriment violemment les populations kurdes. En 1988, Saddam Hussein lance l’opération Anfal qui décime des milliers de civils kurdes avec des gaz neurotoxiques dans la zone de Halabja. L’année suivante, l’ayatollah Ali Khamenei orchestre l’assassinat du leader du PDKI Abdul Rahman Ghassemlou à Vienne, alors même qu’il se rend à une rencontre avec la délégation iranienne. Il faut attendre les années 1990 pour que la question kurde prenne une dimension internationale, dans le contexte de la guerre du Golfe.
Pour en savoir plus
Boris James est maître de conférences en histoire à l’Université Montpellier Paul-Valéry.
Ses publications :
- Les Kurdes, Que sais-je ?, PUF, 2023.
- Genèse du Kurdistan. Les Kurdes dans l’Orient mamelouk et mongol (1250-1340), Éditions de la Sorbonne, 2021.
- (avec Jordi Tejel Gorgas), Les Kurdes en 100 questions. Un peuple sans État, Tallandier, 2018.
Références sonores de l’émission :
- Pierre Rossi, professeur de lettres classiques, diplomate, et romancier, sur les populations kurdes des années 1920 à 1945, RTF, 6 mars 1959.
- Poème « La Légende des fleurs » rapporté par Osman Sabri, militant politique, poète, et écrivain, lu par Anne Laurent, RTF, 6 mars 1959.
- Ey Reqîb, hymne national kurde, par la Philharmonie d’État de Košice dirigée par Peter Breiner.
- Reportage sur la révolte des Kurdes en Irak, RTF, 2 novembre 1962.
- Reportage sur la répression des Kurdes par l’Iran et interview d’Abdul Rahman Ghassemlou, secrétaire général du PDKI, TF1, 19 août 1979.
- Actualités sur une répression par arme chimique contre des Kurdes par l’Irak, A2, 22 mars 1988.
- Discours du président des États-Unis Georges W.Bush et du président de la République d’Irak Saddam Hussein au commencement de la guerre du Golfe de 2003, A2, 20 mars 2003.
- Poème « Frères loups » de Cigerxwîn, poète, France Culture, 27 juillet 1985.
Générique : « Gendèr » par Makoto San, 2020.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Un suivi régulier permettra de mieux comprendre cette information.

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