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28 mars 2026Elles sont capables de rendre le fascisme « cool »… Comment des influenceuses sont devenues le « cheval de Troie culturel » du RN
Analyse : Notre rédaction partage quelques éléments clés à retenir.
Voici ce que notre équipe pense de l'article « Elles sont capables de rendre le fascisme « cool »… Comment des influenceuses sont devenues le « cheval de Troie culturel » du RN ».
À ne pas oublier
Une photo d’Alice Cordier, militante du collectif identitaire Némésis, faisant avec ses doigts un signe interprété par certains comme une référence à la Schutzstaffel (SS) a relancé la controverse sur les réseaux sociaux. Pour les experts, ces gestes ambigus illustrent une stratégie plus large de l’extrême droite en ligne : jouer avec des codes et références détournées pour diffuser certaines idées tout en évitant d’en assumer ouvertement la portée.
« Ces influenceuses jouent clairement un rôle de cheval de Troie culturel », affirme Déborah Rouach, chercheuse, cofondatrice et codirectrice de l’Institut du genre en géopolitique. Sous couvert de contenus anodins, une nouvelle génération de créatrices diffuse des idées d’extrême droite et participe à leur banalisation, au cœur de la stratégie de normalisation du Rassemblement national.
Tout est parti d’une photo publiée sur X et TikTok par « Kenneth Ukraine », présenté comme un « néonazi » lyonnais « combattant en Ukraine » par Libération. Sur le cliché, Alice Cordier, militante du collectif identitaire Némésis, forme avec ses doigts un signe en forme de « S ». Un geste qui fait « référence à la Schutzstaffel (SS), active sous le IIIe Reich », explique le spécialiste Ricardo Parreira. Alice Cordier a, elle, assuré qu’il s’agissait d’un signe inspiré du groupe de rap L’uZine (qui a rapidement démenti) puis d’une sportive.
Détournement des discours progressistes
Pour Déborah Rouach, le phénomène s’ancre d’abord dans le fonctionnement même des réseaux sociaux qui « ont permis une banalisation des références extrémistes », dans une logique où « la viralité génère de l’engagement, donc de la rentabilité ». Ce cadre favorise des contenus volontairement ambigus. Signes codés (aussi appelés « dog whistles »), références détournées, humour : « On joue toujours sur la ligne du flou », insiste la chercheuse. Une stratégie qui permet de diffuser « des discours réactionnaires et racistes » tout en s’en défendant ensuite, à l’image du fameux « salut romain » d’Elon Musk lors d’un meeting politique en janvier 2025 (lire en note). Ces contenus s’adressent à un public initié tout en contournant modération et sanctions.
Alice Cordier ou Thais d’Escufon « incarnent les idées d’extrême droite de manière renouvelée : jeunes, diplômées, urbaines ».
Ce brouillage se retrouve aussi dans les stratégies mises en œuvre par certains collectifs : « Le Collectif Némésis a une stratégie mimétique et parasitique à l’égard du féminisme. Il imite les tactiques et modes d’action spectaculaires des mouvements féministes et reprend aussi certains éléments esthétiques et son langage », analyse pour sa part la socio-historienne et chargée de recherches au CNRS Magali Della Sudda. Autrement dit, les codes progressistes sont recyclés pour porter un discours conservateur.
C’est ce qu’Albert O. Hirschman désigne comme la « rhétorique réactionnaire », qui utilise le vocable progressiste pour mieux y résister. Cet « activisme d’élite » se déploie sur les réseaux sociaux via une « mobilisation de clavier ». Faute de pouvoir rivaliser en nombre avec les mouvements féministes, Némésis s’invite dans leurs manifestations pour provoquer des interactions, les filmer et les diffuser sur les réseaux sociaux afin de gagner en visibilité, explique l’autrice des Nouvelles Femmes de droite. Ce type de stratégie contribue à élargir ce que les sociologues appellent la fenêtre d’Overton, c’est-à-dire le champ des idées jugées acceptables dans l’espace public.
Des profils féminins qui désamorcent la méfiance
Quant aux influenceuses Alice Cordier ou Thais d’Escufon, elles « incarnent les idées d’extrême droite de manière renouvelée : jeunes, diplômées, urbaines », détaille Magali Della Sudda. Une rupture avec l’image traditionnelle, masculine, de ces courants politiques. Et, sans affirmer un effet mécanique sur le vote, la chercheuse souligne que « l’euphémisation de l’opposition aux droits des femmes couplée à l’incarnation par des candidates a pu désamorcer la méfiance des électrices ».
« En se présentant apolitique, mais en portant des discours politiques, ça leur permet de dire tout ce qu’elles veulent », observe pour sa part Déborah Rouach. Sous couvert d’opinions personnelles, ces influenceuses diffusent des visions « très strictes et autoritaires de la société ».
Derrière cette esthétique léchée, « une vision patriarcale, essentialiste et ultra-genrée de la société ».
C’est précisément là que se joue le rôle de « cheval de Troie ». Ces créatrices de contenus utilisent des formats engageants – vie quotidienne, maternité, couple – pour créer une proximité avec leur audience. « Le public peut se projeter dans une vie personnelle glamourisée », explique Déborah Rouach. Mais derrière cette esthétique léchée, « une vision patriarcale, essentialiste et ultra-genrée de la société ». Les contenus de type « tradwife », par exemple, « romantisent la vie au foyer » et valorisent « la soumission au mari chef de famille ».
Des passerelles directes vers le RN
Au-delà de l’influence culturelle, ces figures s’inscrivent dans un écosystème politique plus structuré : « Le Collectif Némésis opère comme un ‘think tank’ dans lequel le Rassemblement national, Reconquête et l’Union des droites pour la République peuvent puiser des idées, des éléments de langage voire des candidates », souligne Magali Della Sudda. Certaines militantes franchissent d’ailleurs le pas électoral, intégrant des partis ou se présentant à des scrutins. En témoigne la récente élection de Claire Géronimi comme conseillère municipale UDR, à Saint-Quentin dans l’Aisne.
Une porosité qui confirme leur rôle de relais entre militantisme numérique et politique : « Elles normalisent les idées de ces partis en élargissant leurs thèmes d’intervention », tranche Magali Della Sudda. Ainsi, le nationalisme est reformulé à travers la question de la sécurité des femmes tandis que l’immigration ou l’islam y sont présentés comme des menaces. L’extrême droite « a su adopter les codes de communication actuels », en s’appuyant sur des figures jeunes capables de rendre des idées fascistes « cool » et accessibles, souligne Déborah Rouach.
Le rôle des réseaux sociaux
Les algorithmes des plateformes y sont aussi pour quelque chose en créant des effets de tunnel. Une fois que l’on clique sur un contenu, d’autres similaires apparaissent : « En moins de quinze minutes, un utilisateur peut tomber sur des discours masculinistes ou nationalistes ». Depuis le rachat de Twitter par Elon Musk, rebaptisé X, plusieurs observateurs dénoncent effectivement un relâchement de la modération : « Il existe aujourd’hui un sentiment d’impunité sur les réseaux sociaux. Les contenus polémiques ou haineux font du buzz, et le buzz génère de l’argent », note Déborah Rouach.
Les contenus les plus clivants sont les plus visibles. Et les influenceuses apparaissent comme des relais particulièrement efficaces des idées de l’extrême droite : « le divertissement est au service d’un projet politique », résume Déborah Rouach.
Source : www.midilibre.fr
Conclusion : Les prochaines informations permettront de mieux comprendre les enjeux.

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