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29 mars 2026
Attentat déjoué à Paris: deux nouveaux suspects interpellés
29 mars 2026Analyse : Cette nouvelle a été analysée par nos rédacteurs pour vous donner un aperçu.
Notre équipe propose une synthèse des informations de « Les peaux noires et foncées, grandes oubliées de la dermatologie en France ? ».
Ce qu’il est utile de savoir
« Je ne trouve pas normal qu’elle doive faire 500 kilomètres pour venir me voir, pour se soigner, et c’est arrivé. » Ces propos sont ceux du Pr Antoine Mahé. Chef du service de dermatologie à l’hôpital de Colmar, ce médecin s’est spécialisé naturellement dans les peaux noires après avoir travaillé à Tahiti, en Guadeloupe mais aussi à l’étranger, au Mali, au Sénégal et au Gabon.
Que des patients à la peau noire ou foncée fassent autant de route pour « voir le grand expert » pour « des cas extraordinairement complexes« , il le comprend. Mais que d’autres viennent le consulter pour des « choses banales » comme de l’eczéma ou de l’acné, il trouve cela « regrettable« . « Je pense qu’il y a quand même des dermatologues qui continuent à être mal à l’aise« , jauge-t-il. Je pense quand même que pour le gros de la dermatologie, au prix d’une formation minime et aussi d’une certaine empathie, on peut résoudre la plupart des problèmes. »
Un vécu partagé par un autre dermatologue spécialiste des peaux noires, le Dr Antoine Petit. S’il ne donne plus de consultations aujourd’hui, il se souvient avoir reçu à Paris « des patients qui avaient le sentiment que les dermatologues qu’ils avaient rencontrés jusque-là n’étaient pas suffisamment formés« . Dans certains cas, « ce sont les dermatologues eux-mêmes qui leur avaient dit : Je ne sais pas très bien pour vous. Je n’ai pas été assez formé pour la peau foncée. »
À l’inverse, le Pr. Nadège Cordel ne ressent pas cette difficulté aux Antilles : « Globalement, 80% de la population a la peau noire, donc le problème ne se pose pas ici. » Cette médecin d’origine guadeloupéenne est cheffe du service de dermatologie et immunologie clinique au CHU de Guadeloupe. Elle a été formée et a travaillé dans l’Hexagone. Elle se souvient qu’à l’époque, n’ayant reçu aucun enseignement sur les peaux noires quand elle était interne, elle avait pris plusieurs livres sur le sujet juste avant de s’installer dans l’archipel. « Je n’en ai jamais ouvert un et je n’en ai pas eu besoin. Une fois qu’on connaît les principes de base, assène-t-elle, il n’y a pas besoin de livre. »
Séminaire dédié et diplôme universitaire
L’enseignement a depuis évolué. Le Collège des enseignants en dermatologie de France a consacré un chapitre aux peaux noires que le Pr Cordel, membre du Collège, est chargée de réactualiser avec un autre confrère. « Pour les étudiants et les internes, il y aura à la fois une mise à jour du référentiel avec ce chapitre qui va être grossi par rapport à celui d’avant, détaille-t-elle. Et là, on va mettre en place en 2026-27 un séminaire dédié à la peau noire pour eux. » Elle ajoute que dans le reste de l’enseignement, il y a « au moins une session » dédiée au congrès national de dermatologie tous les ans.
Pour la Guadeloupéenne, il y a donc eu du progrès et même si « l’offre de l’enseignement n’est pas riche« , il existe une demande « forte » des étudiants et des internes qui est entendue par le Collège, alors même que cela ne fait pas partie du programme des étudiants du deuxième cycle « défini au niveau national« .
Le Pr Mahé a lui aussi mis sa pierre à l’édifice de la formation des dermatologues : il a déjà consacré un ouvrage à la question, Dermatologie sur peau noire (éd. Doin, 2000) et codirigé le livre Dermatologie de la diversité (éd. Elsevier Masson, 2022).
Il a également créé il y a cinq ans à l’université de Strasbourg un diplôme universitaire « de médecine de la diversité, qui aborde les questions dermatologiques, mais aussi toutes sortes de problèmes médicaux » chez les populations d’origine extra-européenne.
Le Dr Petit salue les initiatives de ces deux confrères : « Je pense qu’il faut multiplier les actions de ce genre. Cela fait 30 ans que je fais des formations, des cours, des conférences sur le sujet. Il n’y en a pas encore assez.«
Il estime pour sa part que l’enseignement de la dermatologie en France traite « essentiellement des peaux claires » et qu’il existe « toujours une insuffisante prise en compte de la diversité en général, et de la diversité de la pigmentation en particulier« . Pour lui, les peaux noires devraient être « totalement intégrées » dans la formation des dermatologues et pour chaque pathologie, « il faudrait dire : cette maladie se présente sur les peaux claires plutôt avec des rougeurs comme ci comme ça. Et sur une peau très foncée, les rougeurs vont être moins visibles et cela va se présenter et évoluer comme ci comme ça« , résume-t-il.
« Ce retard est flagrant »
Cette évolution poussive s’explique selon lui par les origines de la dermatologie : « On reste encore centré sur les peaux claires, sur les peaux dites européennes, parce qu’historiquement, c’est comme cela que la dermatologie moderne est née à partir du XIXe siècle en Europe. » À cette époque, rappelle le Dr Petit, « les gens qui ont inventé la dermatologie entre Paris, Londres, Vienne, les grandes villes européennes, voyaient très très peu de patients à peau foncée. Et quand ils les voyaient, c’était dans d’autres pays, que ce soit en Inde, en Afrique subsaharienne. Et donc la peau foncée était attachée à la médecine tropicale, exotique« .
Il y a certes eu une explosion des mouvements de population à travers le monde, mais les changements démographiques dans l’Hexagone « se sont faits beaucoup au cours de la seconde moitié du XXe siècle notamment« . Conséquence : en dermatologie, « il y a une inertie, il y a un retard à en prendre conscience et à s’adapter à cela« , regrette le dermatologue. Il n’empêche que pour lui, « ce retard est flagrant« .
Pour le Pr Cordel, le problème est surtout que « le temps n’est pas extensible » pour permettre aux étudiants de s’emparer du sujet et de travailler dessus.
« L’énormité du champ médical » est telle, abonde le Pr Mahé, que les peaux noires en dermatologie sont « un sujet parmi tant d’autres qu’il faut améliorer« . Il fait la comparaison avec les grands obèses : « Il y en a de plus en plus, mais il n’y en a peut-être pas assez pour qu’on actualise tout, par exemple, ça va peut-être vous choquer, mais les doses de médicaments chez les grands obèses, on ne sait pas quoi donner. » Si « les choses bougent« , il s’accorde avec le Dr Petit pour dire qu’il y a « du retard« .
Recherche sur l’acné et le vitiligo
Là où la dermatologie sur peaux noires n’avance pas en France selon lui, c’est dans la recherche médicale. Les études sont surtout réalisées aux États-Unis, « où je pense qu’effectivement, la population afro-américaine est une masse critique suffisante pour l’industrie pharmaceutique« , souligne le Pr Mahé qui rappelle ici les enjeux financiers derrière les essais thérapeutiques.
Il donne l’exemple du vitiligo (on vous explique ci-dessous ce que c’est) contre lequel des traitements dits anti-JAK existent pour repigmenter la peau. « Je trouve qu’il n’y a pas d’études vraiment menées sur peau noire. Parce que c’est une chose de dire qu’un traitement anti-JAK est efficace à 70% sur un vitiligo, nuance-t-il. Sur une peau claire, c’est peut-être suffisant, mais sur une peau noire, c’est du 100% qu’on veut. Donc, cela manque d’études. »
À l’inverse pour le Pr Cordel, la recherche avance. Elle cite un projet hospitalier de recherche clinique en cours « porté par le professeur Thierry Passeron » sur l’acné chez les Afro-Caribéens qui peut laisser des cicatrices plus prononcées.
Elle reconnaît néanmoins qu’il existe un écart entre la recherche aux Etats-Unis et celle en France, du fait des statistiques ethniques. « En France, on est déjà bloqué par le action qu’on n’a pas le droit de mentionner un caractère de ‘race’ dans des publications ou dans un projet de recherche clinique, pointe-t-elle. On se débrouille avec le phototype [les peaux sont classées en six catégories en fonction de leurs réactions au soleil, NDLR], parce qu’on le élément quand même, mais on n’a pas le droit, alors qu’aux Etats-Unis, il y a les Hispaniques, les Afro-Américains, les Asiatiques, c’est clairement dit dans les publications. »
Un boîtier pour connaître sa pigmentation
La classification des peaux en six catégories qui vont des plus claires aux plus foncées est ce qui dérange le Dr Petit, car ces échelles « ne sont pas adaptées à la variété de la population« . « Schématiquement, entre 0 (la peau d’un albinos) et 100 (la peau la plus foncée qu’on connaisse), on a actuellement quatre catégories qui vont toutes se situer entre 0 et 25, simplifie-t-il. Et entre 25 et 100, on a deux grandes catégories qui représentent vaguement ce qu’on appelle les Noirs ou les gens à peau foncée. Donc c’est vraiment une répartition complètement inhomogène, centrée sur la peau claire. »
Pour changer cette classification, le dermatologue travaille actuellement avec un groupe de spécialistes (anthropologue, généticien, dermatologue, pharmacologue, ingénieur en optique) répartis entre le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Australie.
Ils planchent aussi sur la création d’outils de mesure objectifs des pigmentations « largement diffusables chez les médecins » pour que « les échelles de gravité des maladies ne se fassent plus, comme certaines d’entre elles se font beaucoup, à partir d’une vague estimation de la rougeur« . Dans l’idéal, le dermatologue parisien visualise « un petit boîtier » à poser à un endroit sur la peau « qui vous donne votre quantité de mélanine« . « Mais techniquement, c’est compliqué« , admet-il.
« Donc la création d’une nouvelle échelle et d’un instrument de mesure facilement utilisable me paraît essentielle si on veut continuer à faire de la recherche qui tienne compte de la couleur de peau« , conclut celui qui espère qu’un jour, les regards vont enfin se décentrer.
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Les prochaines informations compléteront notre analyse.

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