
Le patron d’Air Canada perd son poste à cause de sa mauvaise maîtrise du français
30 mars 2026
Une audience pénale va se pencher en juin sur le cas du département du Finistère accusé d’harceler des allocataires du RSA
30 mars 2026Entre hostilité à l’Europe, « affichage » patriotique et goût du buzz, ce que signifie le choix du maire RN de Carcassonne Christophe Barthès de retirer le drapeau européen du fronton de la mairie
Analyse : Notre équipe vous propose une synthèse de cette information.
Les journalistes partagent leur point de vue sur « Entre hostilité à l’Europe, « affichage » patriotique et goût du buzz, ce que signifie le choix du maire RN de Carcassonne Christophe Barthès de retirer le drapeau européen du fronton de la mairie ».
À savoir
Dimanche 29 mars, après son premier conseil municipal et son élection comme maire, l’élu Rassemblement national a ôté le drapeau européen du fronton de l’Hôtel de Rolland. Un geste symbolique. Mais aussi significatif du rapport qu’entretient son parti avec l’Union européenne.
Le rejet de l’Europe, marqueur du RN
Chargé de recherche CNRS au centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), Gilles Ivaldi est spécialiste des droites radicales et du phénomène populiste en Europe. Un domaine qui lui a valu l’an passé de publier dans la revue de la Licra (ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), Le droit de vivre. Trois pages, et un thème bien précis : « Le RN, l’extrême droite et l’Europe. » L’occasion pour le chercheur en sciences politiques de rappeler que, si « les formations d’extrême-droite avancent désormais masquées sur l’Europe », « l »hostilité à l’intégration européenne constitue traditionnellement un trait idéologique du Rassemblement national en France et commun à l’ensemble des extrêmes-droites européennes ». Bien sûr, le « Frexit » et la sortie de l’euro, lignes de force de la campagne présidentielle 2017 de Marine Le Pen, ont été sacrifiés sur l’autel du réalisme électoral.
Mais le 1er janvier 2022, lorsqu’un immense drapeau européen vient orner l’Arc de Triomphe pour célébrer la prise de présidence française de l’Union européenne (UE), la même Marine Le Pen y voit un « véritable attentat à l’identité de notre Patrie ». Deux ans plus tard, lorsqu’il lance sa campagne pour les Européennes de juin 2024, le drapeau européen est le grand absent du meeting de Jordan Bardella. Voilà dans quel contexte, sans oublier le procès pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens, il faut replacer l’initiative de Christophe Barthès, quelques heures après son élection comme maire de Carcassonne : après avoir signé dans une mise en scène toute trumpienne son 1er acte administratif, en brandissant fièrement le parapheur orné d’un arrêté anti-mendicité, c’est au balcon de l’Hôtel de Rolland que l’élu a ôté le drapeau européen, pour le remplacer par un – 2e – drapeau français. Avec une lapidaire légende pour la vidéo de l’acte, publiée sur X : « Dehors les drapeaux européens à la mairie ! Place aux drapeaux français ».
De l’art du buzz
Connue et reconnue pour sa Cité médiévale, Carcassonne « s’offre » ces dernières semaines une renommée d’une tout autre nature. Avant le 1er tour des municipales, c’est bien dans le chef-lieu de l’Aude que Matthias Krupa, correspondant français du Zeit, hebdomadaire allemand de référence, avait posé sa plume pour s’interroger sur un potentiel « triomphe » de l’extrême-droite. Deux semaines après la parution d’articles fleuves sur la ville, titrés « Schönn kaput » (« Bien perdu », en français, Ndlr), la bascule a donc eu lieu. Mais l’attention médiatique n’a pas faibli. Encore moins avec les deux premiers actes que le nouveau maire a voulu symboliques. Et susceptibles de déclencher le buzz. Un pari gagné.
Car entre le Figaro, l’édito politique de Christophe Barbier sur LCI, la rubrique Chez Pol de Libération, Le Monde et les Grandes gueules de RMC, le choix d’ôter le drapeau aux 12 étoiles sur fond bleu – également accompli par les maires RN de Harnes, dans le Pas-de-Calais, et Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) –, s’est offert une place de choix dans l’actu nationale ce lundi 30 mars. Là aussi un marqueur du RN, connu pour sa capacité à surfer sur des punchlines ou des happenings savamment orchestrés. C’est aussi sur X que le groupe Democrats, le Parti démocrate européen membre du groupe Renew Europe au Parlement européen, a condamné le geste de Christophe Barthès : « Quand le maire de Carcassonne, Christophe Barthès, descend le drapeau européen, ce n’est pas du courage, c’est de la lâcheté politique déguisée en fierté. L’Europe n’est pas une présence étrangère : elle est nos droits, notre protection, notre avenir. Un maire qui attise la division trahit l’idée même du service public. Le vrai patriotisme n’exclut pas, il élève. Faire de l’Europe une cible n’est pas de la force ; c’est un repli dangereux qui diminue la France là où elle devrait mener : en Europe. » En France, c’est le ministre chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, qui résumait ainsi auprès de l’AFP cette décision : « C’est du populisme qui montre que le RN n’a pas changé. »
Rien d’illégal, rien d’imposé
On l’a vu, c’est un message lapidaire, sur X, qui a accompagné le retrait du drapeau. Un peu plus tôt, lors de la séance d’installation du conseil municipal, Christophe Barthès avait rappelé son désir de « mettre à l’honneur le patriotisme […] avec la mise en place de drapeaux tricolores dans toute la ville, où le drapeau de l’Union européenne a été remplacé par un drapeau bleu blanc rouge ». Une décision qui, précisons-le, n’a rien d’illégal. Tout comme le déluge de drapeaux français installés en ville n’a rien de répréhensible. Au contraire, et pourquoi pas. Offrant même au Pont-Neuf un petit air de 14-Juillet, même si l’on doute qu’il s’agisse du but recherché avec cet « affichage » patriotique. Aucun texte législatif n’est d’ailleurs spécifiquement dédié au pavoisement des mairies, même si, en toute logique, l’article 2 de la Constitution française dispose que « l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ».
Dans un guide protocolaire à l’usage des mairies, le ministère de l’Intérieur précise d’ailleurs que « le pavoisement des édifices publics n’est pas obligatoire. Toutefois, l’usage républicain veut que le drapeau national orne de manière permanente la façade des bâtiments publics« . Renouvelé chaque année sur instruction du Premier ministre, un calendrier fixe par ailleurs 14 journées nationales commémoratives, lors desquelles le pavoisement de la mairie par le drapeau national français est obligatoire (*). Mais le 9 mai, cadre de la journée de l’Europe, se manifeste l’obligation de pavoiser le drapeau étoilé. Un ornement qui restera d’ailleurs présent sur de nombreux établissements carcassonnais. Depuis 2013, le code de l’Education précise que « la devise de la République, le drapeau tricolore et le drapeau européen sont apposés sur la façade des écoles et des établissements d’enseignement du second degré publics et privés sous contrat ». Ce lundi, le drapeau européen flottait bien, avec le drapeau français, sur les écoles carcassonnaises. Preuve que la place existe bien pour les deux.
Source : www.lindependant.fr
Conclusion : Notre rédaction reste attentive à l'évolution de cette actualité.

9999999
