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Un résumé rapide de « Entretien avec Ilker Çatak sur «Yellow Letters», le splendide Ours d’or 2026 » selon notre rédaction.
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C’est un thriller haletant où un couple d’artistes se voit confronté à la censure et à une mort sociale. « Yellow Letters », du réalisateur allemand Ilker Çatak, parle d’un licenciement pour pouvoir mieux parler de la liberté. Une histoire inspirée par la vague de purges orchestrée par le régime du président turc Erdogan. Une parabole percutante sur les ravages provoqués par un État autoritaire dans la vie intime des victimes. Le scénario saisissant et fascinant nous mène dans une Turquie imaginée, tournée en Allemagne, pour ouvrir le débat. Récompensé par l’Ours d’or de la Berlinale, le film sort cette semaine en France.
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RFI : Vous avez rencontré un succès mondial en 2023 avec votre film La Salle des profs. À la Berlinale 2026, vous avez remporté l’Ours d’or avec Yellow Letters. Êtes-vous différent aujourd’hui de ce que vous étiez il y a trois ans ?
Ilker Çatak : Mon agenda est en tout cas bien plus chargé [rires]. Et j’espère que je suis toujours le même. Mais c’est aux autres d’en juger.
Yellow Letters est une sorte de drame politique avec deux personnages principaux : Aziz, auteur, metteur en scène de théâtre et professeur à la faculté d’Ankara, et sa femme Derya, grande comédienne au Théâtre national. Tous deux sont engagés non seulement sur le plan artistique, mais aussi sur le plan politique. Soudain, ils reçoivent une lettre de licenciement, la « lettre jaune ». Pourquoi ces lettres ne sont-elles pas rouges, blanches ou bleues ?
Il faut poser la question aux autorités [rires]. Je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle elles ont précisément cette couleur. Mais le film ne traite pas seulement de ces lettres, il s’agit aussi de la manière dont on transforme la frustration de la vie en art. Les « lettres jaunes » constituent d’ailleurs aussi une pièce de théâtre dans le film. C’est pourquoi il y a une telle ambivalence. Il est beaucoup question d’art et de la manière dont nous pouvons rendre la vie supportable grâce à l’art. C’est pourquoi les Lettres jaunes ne sont pas seulement jaunes, mais constituent aussi une pièce de théâtre haute en couleur.
Votre film fait surgir les comportements des individus face à un État autoritaire, face aux autres, face à eux-mêmes. Au début, Aziz et Derya sont animés par de grands idéaux, ils sont portés par de hautes exigences artistiques, convaincus de pouvoir sauver le monde grâce au théâtre… Et puis, tout semble s’effondrer : ils doivent quitter leur appartement, retourner vivre chez la mère d’Aziz, et le grand homme de théâtre se retrouve soudainement à faire le chauffeur de taxi pour gagner sa vie. Des montagnes russes des sentiments, des valeurs et des principes moraux…
Tout à fait. C’est d’ailleurs toujours le dilemme dans lequel je me trouve quand je fais mon travail, quand je conçois des films et que j’écris des histoires… D’un côté, je me dis que cela a une pertinence, que c’est substantiel et que ça va changer quelque chose. Et de l’autre côté, je me dis au même moment : mais quel idiot tu es de prendre ton travail si au sérieux et à lui accorder tellement plus d’importance qu’il n’en faudrait peut-être ? Ce dilemme entre idéalisme et pragmatisme est également présent chez nous, dans notre travail, dans mon travail, encore et encore. Il s’agit de se décider à chaque fois avec quelle histoire continuer ? C’est-à-dire s’asseoir devant une feuille blanche et se demander : « Est-ce que je vais réussir à mettre quelque chose sur le papier, ou est-ce que ça va encore être une histoire qu’on a déjà vue mille fois ? »
Mais vous ne savez pas si vous réussissez à le mettre sur le papier, et vous ne savez pas non plus si ce que vous aurez fini par coucher sur le papier sera financé. Vous ne savez pas s’il y a un public pour ça. D’un autre côté, vous recevez aussi des propositions de la part de streamers ou de créateurs de contenu, et vous pourriez vous laisser tenter par l’argent facile et peut-être aussi par la gloire. Mais jusqu’à présent, j’ai toujours pu choisir la page blanche, car je ne suis pas dans le besoin. Je n’ai pas d’enfants, je vis très modestement, je ne suis pas du genre à rechercher le luxe… Et c’est donc aussi une question de mode de vie. Oui, il s’agit de la manière dont on pratique son art, mais cela dépend bien sûr aussi des conditions de vie dans lesquelles on évolue.

Votre histoire se situe dans une Turquie imaginaire et une Allemagne réelle où vous transformez et affichez dans le film « Berlin dans le rôle d’Ankara » et « Hambourg dans le rôle d’Istanbul ». Ces villes endossent des rôles, comme des acteurs. L’action se déroule donc en Turquie, mais a été tournée en Allemagne – avec des acteurs turcs parlant turc. Un film pour lequel vous avez reçu à la Berlinale l’Ours d’or, le plus grand prix international du cinéma en Allemagne. Votre film est-il une critique de la censure artistique et politique en Turquie et un symbole de l’ouverture artistique et politique en Allemagne ?
Oui, bien sûr. Et le film a également beaucoup à voir avec l’Allemagne et avec l’histoire de l’Allemagne. Le film traite aussi de la « mort civile », c’est-à-dire de cette situation dans laquelle les gens sont placés, où ils sont traduits en justice, où ils sont frappés d’interdiction d’exercer leur profession, où ils ne savent pas quand aura lieu l’audience. C’est un mécanisme visant à faire attendre une personne pour briser sa volonté. Ce sont tous des mécanismes qui ont eu lieu en Allemagne – sous le Troisième Reich et aussi en RDA. Et certains aspects de l’histoire trouvent tout à fait leur place dans le présent : que ce soit la liberté d’expression dans le monde scientifique, ou la façon dont on peut très vite être mis à l’écart et perdre son travail si l’on s’exprime de manière critique sur certains sujets. Comme vous le savez, le Moyen-Orient est actuellement un sujet très débattu en Allemagne. Oui, la Turquie a servi de point de référence dans ce film. Mais le film parle aussi de l’Allemagne, des États-Unis, et en fait aussi des démocraties libérales occidentales, qui sont actuellement sous le feu des critiques.
Vous êtes né à Berlin, en 1984, fils d’immigrés turcs. Puis vous êtes retourné en Turquie à l’âge de douze ans, où vous avez passé votre baccalauréat. Vous êtes ensuite revenu en Allemagne pour commencer des études que vous n’avez pas menées à terme, mais vous vous êtes alors lancé dans le cinéma, gravissant lentement mais sûrement les échelons jusqu’à votre grande carrière aujourd’hui. Et dès le début, vous avez eu des exigences artistiques élevées. Et ce n’est peut-être pas un hasard si la scène d’ouverture du film, la première de la pièce de théâtre Lettres jaunes, a été tournée au Berliner Ensemble, c’est-à-dire au théâtre de Bertolt Brecht. En tant que cinéaste, vous avez souvent cité Fatih Akin, Nuri Bilge Ceylan et Michael Haneke comme sources d’inspiration. Les cinéastes français et l’univers du cinéma français ont-ils joué un rôle pour vous ?
Oui, tout à fait. Par exemple, pour préparer ce film, nous avons regardé Le Dernier Métro de François Truffaut. L’un de mes films préférés est Le Mépris de Jean-Luc Godard. J’ai bien sûr aussi regardé les scènes de dispute d’Anatomie d’une chute de Justine Triet. Jacques Audiard est un modèle extrêmement important. J’adore ses films. Le cinéma français a toujours fait partie de ma vie. J’ai aussi beaucoup appris de François Ozon, par exemple la manière dont il développe ses personnages féminins. Et bien sûr, Agnès Varda. Tout comme Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. Ce sont tous des collègues formidables, auprès desquels j’ai pu apprendre énormément.

Source : www.rfi.fr
Conclusion : Notre rédaction vous tiendra informés des changements importants.

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