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1 avril 2026Analyse : L'équipe éditoriale a examiné cette actualité et partage son point de vue.
Nos journalistes proposent un aperçu de l'article « « L’amour est un chien de l’enfer » de Charles Bukowski, poésie de la trivialité ».
Points importants
C’est d’abord le rythme qui frappe à la lecture de Charles Bukowski . Dans cet épisode de L’Instant poésie Ouverture dans un nouvel onglet, le peintre, écrivain et académicien Dany Laferrière insiste sur les « changements de rythme« , les « accélérations » et les « stationnements » qui structurent le poème. Cette tension donne au texte une énergie particulière, faite de ruptures et de relances, où chaque image surgit avec force.
Dany Laferrière souligne aussi la capacité du poète à produire des images qui « déchirent la page« . Chez Bukowski, l’écriture ne revient pas en arrière : « la frappe traverse la page« , comme un geste irréversible. Derrière la trivialité revendiquée se cache pourtant une grande maîtrise de la langue et une connaissance profonde de la poésie. Dany Laferrière rapproche Bukowski de figures comme François Villon ou Jorge Luis Borges : des écrivains très différents en apparence, mais unis par « le goût de la langue« . Bukowski, explique-t-il, construit ainsi un personnage, un poète qui se regarde lui-même autant qu’il observe les autres.
“Des pieds en compote, une âme tire-bouchonnée”
Né en Allemagne et émigré aux États-Unis dans son enfance, Charles Bukowski (1920-1994) grandit à Los Angeles dans un environnement marqué par la pauvreté et la violence familiale. Très tôt confronté à la marginalité, il mène une vie instable, marquée par l’alcool et les périodes d’errance. Cette expérience des bas-fonds nourrit profondément son œuvre, qui explore les thèmes de la solitude, du sexe, de la violence et de l’ennui.
Écrit en 1977, “L’amour est un chien de l’enfer” appartient au recueil éponyme, publié en France chez Grasset en 2011. Les textes qui le composent, écrits entre 1974 et 1977, donnent à voir un univers peuplé de figures marginales et de relations amoureuses désenchantées. Dans ce poème, la trivialité du quotidien se mêle à une forme de lucidité brute. Bukowski y construit une voix poétique singulière, à la fois crue et profondément travaillée, où la langue, heurtée et vivante, devient le lieu même de l’expérience.
« L’amour est un chien de l’enfer », de Charles Bukowski, lu par Dana Fiaque
des pieds en compote
une âme tire-bouchonnée
des mains qui sucrent les fraises
des yeux comme des boutons de culotte
je préfère le vin rouge
et j’en ai marre des voyages en avion
je suis de marbre durant les tremblements de terre
je dors aux enterrements
je dégueule dans les défilés
et je suis toujours la victime aux échecs
au jeu du con et de la vie
je sens l’urine dans les églises
je ne sais plus lire
je ne sais plus dormir
des yeux comme des boutons de culotte
mes beaux yeux verts
et je préfère finalement le vin blanc
ma boîte de capotes n’est plus
de première jeunesse
j’en prends trois
des Trojan-Enz
des lubrifiées
pour une meilleure sensibilité
et je les enfile
l’une derrière l’autre
les murs de ma chambre sont bleus
où es-tu partie, Linda ?
et toi, Katherine ?
(Nina, c’est sûr, s’est tirée en Angleterre)
je me suis coupé les ongles des pieds
et j’ai nettoyé les vitres
les yeux verts
la chambre bleue
et la mitrailleuse brillante du soleil
recouverte comme elle est, ma bite ressemble
à un phoque
qui s’accrocherait à des rochers glissants
et qui serait encerclé par la Fanfare de Long Beach
à 3 heures 36 du matin
ça fait tic-tac derrière moi
mais ce n’est pas la pendule
je sens quelque chose grouiller le long de ma narine gauche :
un souvenir des voyages en avion
ma mère avait de fausses dents
mon père avait de fausses dents
et chaque samedi de leurs vies
ils roulaient tous les tapis
puis ciraient les planchers
qu’ils recouvraient à nouveau de tapis nettoyés
et Nina est en Angleterre
et Irène est sous tranquillisants
et je prends mes yeux verts
et je m’étends dans ma chambre bleue.
Écrit en 1977, ce poème de Charles Bukowski paraît en France dans le recueil L’amour est un chien de l’enfer (Grasset, coll. Cahiers Rouges, 2011).
Carte blanche graphique à l’illustrateur et auteur de bande dessinée Jimmy Suzan Ouverture dans un nouvel onglet qui accompagne les poèmes de ses créations originales, diffusées sur le site et les réseaux sociaux de France Culture Ouverture dans un nouvel onglet.
Musique diffusée : « Screams in the ears » de Bill Fay.
Depuis septembre 2025, la collection de podcasts L’Instant poésie Ouverture dans un nouvel onglet est adaptée dans un livre 300 pages, publié aux éditions Seghers, dans lequel sont reproduits les textes introductifs des passeurs, les poèmes qu’ils ont sélectionnés ainsi que les différentes illustrations qui accompagnent chaque épisode.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Cette situation fera l’objet de mises à jour régulières par nos journalistes.

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