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Notre équipe analyse l'article « au Liban, l’impuissance des Casques bleus de l’ONU » pour en tirer les points essentiels.
À ne pas oublier
Prise en étau entre le Hezbollah et l’armée israélienne, la force de maintien de la paix de l’ONU au Liban peine à remplir la mission qui lui incombe depuis 1978 dans le sud du pays. Si les limites de son action sont apparues dès ses débuts, les entraves et intimidations dont elle fait l’objet depuis 2023 consacrent son impuissance face aux belligérants.
Les Casques bleus pris entre deux feux. Dans le sillage de la guerre entre les États-Unis et Israël face à l’Iran, la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la Finul, se retrouve une nouvelle fois depuis début mars au milieu d’un conflit entre l’armée israélienne et le Hezbollah, le groupe armé libanais pro-iranien.
Cette force de maintien de la paix de l’ONU, à laquelle contribue 74 pays a perdu trois de ses soldats ces derniers jours: des Casques bleus indonésiens tués lors de deux événements distincts près de villes à la frontière entre Israël et le Liban. Une source sécuritaire de l’ONU a assuré à l’AFP qu’un tir provenant d’un char israélien était responsable de la mort d’un premier soldat dimanche 29 mars et qu’une explosion a engendré la mort des deux autres soldats le lendemain.
« Les attaques contre les Casques bleus doivent cesser et constituent de graves violations du droit international humanitaire », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Depuis 1978, la Finul a perdu au moins 340 membres, en grande partie des soldats. Dix pays européens et l’Union européenne ont ainsi appelé dans une déclaration conjointe à garantir la « sécurité et la sûreté » de la Finul. Dont la France – cinquième plus gros contributeur en hommes avec 635 soldats derrière l’Italie, l’Indonésie, l’Espagne et l’Inde – qui a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité ce mardi 31 mars.
« De telles attaques à proximité des positions des Casques Bleus sont inacceptables et injustifiables », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur X. « La Finul doit pouvoir mettre pleinement en œuvre son mandat et exercer sa pleine liberté de mouvement », a-t-il ajouté. Un mandat que cette force, comptant actuellement près de 7.400 soldats, détient depuis 1978 et qu’elle peine à mettre en œuvre.
« Une mission impossible »
Depuis 48 ans, la Finul a pour rôle de maintenir la paix dans la région du sud du Liban, entre le fleuve Litani au nord et la ligne de démarcation avec Israël qui fait office de frontière, au sud. En vain. Les guerres se sont succédé dans cette zone – qu’Israël a d’ailleurs annoncé il y a quelques jours vouloir « contrôler militairement ».
« Il n’y a pas une semaine sans heurt depuis sa création », rappelle auprès de BFM le politologue Antoine Basbous, associé chez Forward Global et directeur de l’Observatoire des pays arabes.
Les premiers soldats de l’ONU ont été déployés au Liban en 1978 en réaction à une première invasion israélienne du sud du pays. Tsahal cherchait à repousser vers le nord les combattants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) installés dans la zone et à mettre fin à leurs attaques contre son territoire. La mission initiale de la Finul était ainsi de « confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, rétablir la paix et la sécurité internationale et aider le gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans la région ».
« Dès sa création, la Finul s’est trouvée confrontée à une sorte de mission impossible », observe auprès de BFM Karim Emile Bitar, chercheur associé à l’Iris et spécialiste du Moyen-Orient.
Quatre ans plus tard, en 1982, la Finul ne parvient pas à dissuader Israël de lancer une nouvelle offensive et d’envahir le territoire libanais jusqu’à Beyrouth, bien au-delà du fleuve Litani. L’armée israélienne – sommée par le Conseil de sécurité de l’ONU de retirer ses forces de tout le pays – a amorcé son repli l’année suivante, tout en s’installant durablement dans le sud du Liban. Ont alors débuté près de 20 ans d’occupation, jusqu’à ce qu’en 2000 Israël se retire totalement, ébranlé par les lourdes pertes infligées par le Hezbollah qui gagnait en puissance depuis 15 ans. De là, l’ONU a décidé d’effectuer une délimitation territoriale: la fameuse « ligne bleue » visible sur la carte ci-dessus. Une frontière non-officielle et provisoire que la Finul a pour mission de surveiller.
Lorsqu’en 2006, une nouvelle guerre éclate entre Israël et le Hezbollah, le mandat de la Finul est de nouveau légèrement élargi. La résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a mis fin à la guerre des « trente-trois jours », prévoit le retrait du Hezbollah au-delà du fleuve Litani, le retrait d’Israël au-delà de la ligne bleue, et la création d’une zone tampon à la frontière que la Finul est chargée de maintenir.
Les soldats de l’ONU au Liban ont alors pour mission de veiller à « la cessation des hostilités » et d’accompagner le déploiement des « forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le Sud ». La résolution prévoit que seuls les soldats de la Finul et ceux de l’armée libanaise soient déployés dans la région.
Un « garde-frontière », « un huissier » qui note les violations
« La Finul est une sorte d’alarme, de garde-frontière qui ne peut pas s’imposer, qui peut juste observer et constater les faits. Quand les belligérants décident de se battre, elle n’a aucun moyen de les séparer ou de les dissuader », explique le politologue Antoine Basbous. « Elle n’a pas les prérogatives, elle n’a pas les moyens de jouer un autre rôle que celui de l’amortisseur ».
La Finul ne peut intervenir militairement que dans des cas précis et limités, comme en cas de légitime défense ou pour protéger des civils menacés de manière imminente. Elle peut aussi « décider de toute action nécessaire en matière de déploiement de ses forces, afin d’assurer que sa zone d’opérations ne soit pas utilisée pour des actes hostiles ». Globalement, elle a pour mission d’appuyer les forces armées libanaises, de surveiller la zone ou encore de faciliter les opérations humanitaires, mais pas d’affronter les belligéreants.
« Elle a un rôle comparable à celui d’un huissier, qui serait en charge de noter les infractions au cessez-le-feu, les violations des résolutions internationales par les différents parties », illustre le chercheur à l’Iris, Karim Emile Bitar.
Le spécialiste Antoine Basbous compare quant à lui la force de l’ONU à une « feuille de vigne », qui « joue son rôle » mais qui « ne peut pas imposer la paix par la force ».
Pendant près de vingt ans, une sorte de statu quo conscientisé par Israël et le Hezbollah – sorti renforcé de la guerre de 2006 – s’est installé au sud du Liban avec des tirs et des tensions persistantes. Une période à mi-chemin entre la guerre et la paix sous l’œil de la Finul. Puis, à l’image de l’ensemble du Moyen-Orient, un tournant s’est opéré pour la force de l’ONU après l’attaque sanglante du Hamas contre Israël 7 octobre 2023, et le début d’un nouvelle guerre ouverte entre le Hezbollah, soutien du mouvement islamiste palestinien, et l’État hébreu.
« Un témoin gênant »
« Entre 2006 et 2023-2024, la Finul s’acquittait – pour l’essentiel – de sa mission. Elle effectuait de nombreuses patrouilles, elle accompagnait l’armée libanaise, rédigeait ses rapports », assure à BFM Karim Makdisi, maître de conférences en politique internationale à l’université américaine de Beyrouth. « Il y a un avant et un après ».
La Finul est désormais entravée dans sa mission par des agressions à répétitions. Elle se retrouve de plus en plus dans le viseur des belligérants, notamment de l’armée israélienne. Elle est devenue « un témoin gênant », relève le spécialiste du Moyen-Orient Karim Emile Bitar. « Depuis 2023-2024, la Finul est devenue d’autant plus gênante pour Israël car elle l’empêche de mener à bien ses opérations souvent indiscriminées. le élément qu’il y ait des troupes de très nombreuses nationalités et que cet organisme répertorie toutes les violations, cela en fait un témoin gênant », abonde-t-il.
À l’automne 2024, lors de l’incursion terrestre israélienne au sud du Liban – avant qu’un très fragile cessez-le-feu soit instauré – la Finul avait accusé les troupes israéliennes de tirs « répétés » et « délibérés » sur ses positions. Ce scénario se répète depuis le début du mois de mars. Outre les trois Casques bleu indonésiens tués, la Finul a recensé plusieurs incidents. Le 6 mars, trois soldats ghanéens ont été grièvement blessés dans une attaque sur leur base à al-Qaouzah, attribuée à Israël par le président libanais Joseph Aoun.

Quelques jours après, des obus israéliens ont touché le quartier général du bataillon népalais. Le 23 mars, la force intérimaire de l’ONU a fait état d’un tir de projectiles d’un « acteur non-étatique » en référence au Hezbollah, contre son quartier général installé à Ras al-Naqoura, près de la frontière avec Israël.
Le 28 mars, des soldats français du contingent de la Finul ont été ciblés à plusieurs reprises par l’armée israélienne. À la mi-journée, des soldats de Tsahal ont ouvert le feu sur un convoi logistique en mission de ravitaillement conduit notamment par des militaires français. Puis quelques heures plus tard, un tir de char israélien a visé une unité de réaction rapide de la Finul à laquelle participe des soldats français aux côtés de soldats finlandais. Le ministre français des Affaires étrangères a dénoncé des « intimidations de la part de soldats de l’armée israélienne ».
« Les soldats de la Finul se cachent. La plupart des civils de la Défense – près de 650, NDLR – ont dû quitter le QG de Ras al-Naqoura et se trouvent désormais à Beyrouth. Quant aux militaires, toutes les troupes restent pour la plupart dans leurs bases », décrit Karim Makdisi, fin connaisseur de la Finul. « A chaque fois que les Israéliens leur envoient un message d’avertissement les intimant à rentrer dans leurs bases, ils le font. Ils ne peuvent plus effectuer leurs patrouilles habituelles ».
Malgré les « contraintes politiques et militaires », cet expert estime toutefois que la force de l’ONU n’agit pas assez pour la protection des civils, comme lui enjoint son mandat. Depuis le 2 mars, plus de 1.300 civils ont été tués au Liban dans les raids israéliens massifs, dont 125 enfants, et plus d’un million de personnes ont été déplacées.
« Je pense qu’ils subissent une forte pression de la part des Israéliens et qu’ils ne bénéficient pas d’un soutien politique suffisant de la part de l’ONU et des États membres, notamment de la France et de tous les pays européens qui sont censés les soutenir », avertit cet expert.
La Finul, qui observe impuissante cette énième guerre se dérouler sous ses yeux, vit ses dernières heures. Son mandat, renouvelé chaque année par le Conseil de sécurité de l’ONU, expirera le 31 décembre 2026. En août dernier, sous la pression des États-Unis et d’Israël, le Conseil de sécurité a décidé de programmer son retrait. Elle disposera d’un an pour retirer l’ensemble de ses militaires et civils, ainsi que tout le matériel des Nations unies, tout en ayant l’autorisation de continuer à mener des activités limitées.
« La Finul était dans le collimateur depuis longtemps, mais c’est après 2023-2024, qu’Israël a accentué sa campagne diplomatique internationale pour que le mandat de la tribune ne soit pas renouvelé », assure le chercher à l’Iris, Karim Emile Bitar. « Le système onusien, sclérosé, dysfonctionnel, n’est plus en mesure de soutenir des organismes comme la Finul ». Ce vestige du droit international qui contrebalançait le « far-west » ne sera bientôt plus.
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Nous suivrons cette actualité pour vous tenir informés.

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