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5 avril 2026Analyse : Notre équipe propose une lecture synthétique de cette actualité.
Notre équipe met en lumière les éléments clés de « Sur TikTok, plongée dans les limbes de la torture animale désinhibée ».
Les éléments principaux
Plusieurs comptes du réseau social TikTok diffusent à qui veut bien les voir des vidéos de maltraitance, de torture et de mise à mort de différentes espèces d’animaux et d’insectes. Principale victime de cette industrie macabre, une espèce de poissons, les plecos, est soumise aux pires sévices. Pour beaucoup, ces comptes passent sous les radars de TikTok, tout en accumulant des milliers, voire des millions de vues.
Crucifixion, inséminations forcées, transplantations cardiaques sur sujets vivants… Sur TikTok, plusieurs animaux sont soumis à des expériences morbides dont l’ingéniosité n’a d’égale que leur cruauté. Ces révélations s’ajoutent à la liste, déjà longue, d’interrogations formulées à l’encontre du réseau social chinois concernant son système de modération.
Dans ses règles d’utilisation, TikTok est pourtant clair. « Nous n’autorisons pas les contenus qui montrent ou font la promotion de la maltraitance, de la cruauté, de la négligence ou de l’exploitation des animaux. » Pourtant, de nombreux comptes recensés par RFI relaient des vidéos de torture et de mises à mort de différentes espèces, en particulier un type de poisson, le pleco. Ces comptes cumulent chacun des dizaines de milliers d’abonnés et leurs contenus sont généralement visionnés des centaines de milliers, voire des millions, de fois.
Armée de savants fous
Le 10 mars 2026, le compte « Lab Germ Himself » publie une vidéo d’une colonie de fourmis de feu progressivement étouffée sous une couche de slime, une gelée gluante translucide. Au fil des jours, « Lab Germ Himself » diversifie ses pseudo-expériences. Faire ingérer de la mort-aux-rats à un criquet géant et documenter ses dernières convulsions, immerger une sangsue dans du nettoyant pour fenêtre, ou laisser une limace couler lentement dans un pot de lubrifiant jusqu’à la noyade. Le processus est à chaque fois filmé et commenté par une voix guillerette visiblement générée par IA.
Ces publications amassent des centaines de milliers de vues. Le sadisme atteint son paroxysme dans l’une des vidéos les plus visionnées de la chaîne, supprimée depuis par l’internaute. Deux plecos, l’un orange et l’autre rouge, sont tranchés, vivants, en leur centre, avant d’être recousus chacun avec la moitié du corps de l’autre. Ils sont ensuite replongés dans l’eau, agonisants, pour voir s’ils sont encore en vie. Les images cumulent plus d’un million de visionnages… et sont loin d’être des cas isolés.
« Lab Germ Himself » n’en est effectivement pas à son coup d’essai. Le 22 février 2026, le vidéaste Insectopode dénonce sur son compte Instagram des vidéos qui lui ont donné « la nausée » et publie une liste de profils TikTok à l’origine de ces publications. Parmi la liste : « lab.germ ». Déjà fustigé par plusieurs internautes depuis quelques mois, ce compte a fini par être supprimé par TikTok. Il n’est plus accessible aujourd’hui sur la plateforme, mais des archives numériques indiquent son activité en février 2026. Il cumulait alors près de 270 000 abonnés et plus d’un million de likes.
À peine une semaine après sa suspension, le profil réapparaît, sous un nom légèrement modifié, le susnommé « Lab Germ Himself ». « Je suis le vrai Lab Germ. Quelqu’un me copie », précise-t-il dans la description de son profil, comme pour se distinguer de ses concurrents potentiels. Et pour cause, ils sont légions. Si plusieurs comptes ont sauté en même temps que le « Lab Germ » originel fin février, la relève ne s’est pas faite attendre.
Deux versions supplémentaires de « Lab Germ », sobrement nommées 2.0 et 3.0, ont émergé début mars. En à peine dix jours d’existence, les vidéos de torture de plecos relayées par « Lab Germ 2.0 » cumulent presque toutes plusieurs millions de vues. Dans l’une d’entre elles, huit poissons sont d’abord gavés, puis collés entre eux, la bouche sur l’arrière-train de leur voisin, pour former un anneau vivant censé s’alimenter indéfiniment grâce au passage perpétuel de matières fécales de l’un à l’autre. Une entreprise glaçante, visiblement inspirée du film d’horreur « Human centipede ».
Si ses publications sont légèrement moins visionnées, « Lab Germ 3.0 » est bien plus productif que ses comptes cousins. Depuis le 12 mars, il a publié 42 vidéos toutes plus dérangeantes les unes que les autres. Découper un pleco vivant pour le bourrer de fibre de verre et de poil à gratter avant de le recoudre et observer s’il « survit », ou faire avaler des centaines de fourmis à un poisson pour le voir se faire dévorer de l’intérieur : ces actes d’une cruauté grotesque amassent en quelques jours des centaines de milliers de vues.
Au moins une dizaine de profils similaires, recensés par RFI, partagent le même type d’images, avec plus ou moins de succès. Ils atteignent néanmoins tous facilement plusieurs dizaines de milliers de vues à chaque vidéo. La majorité d’entre-eux sont anglophones mais le filon a été exploité également par des profils en langue russe et en français.
Torture d’espèces « invasives »
Un compte francophone assure produire du « contenu éducatif et divertissant » dans le cadre duquel « aucun animal n’est maltraité ». Pourtant le « Labo Créatures » publie les mêmes images de découpes et de vivisections de pleco que les différents « Lab Germ ». « C’est leur choix, je ne les ai pas forcés », insiste régulièrement le compte dans les descriptions de ces vidéos. À cette remarque douteuse s’ajoute un argument, censé justifier cette maltraitance filmée : les plecos seraient une espèce « invasive ».
Fréquemment mobilisé dans ces différentes vidéos de torture, le caractère invasif des plecos est indéniable, principalement en Asie du Sud-Est et en Amérique du Nord. Difficile pour autant d’y voir une raison suffisante pour leur infliger les sévices sadiques auxquels ils se trouvent soumis dans ces vidéos. « On voit très clairement que certaines espèces, notamment celles classées comme invasives ou éloignées de notre quotidien, suscitent beaucoup moins d’empathie », souligne Eugénie Pimont, chargée de lutte contre la cybercriminalité liée aux espèces sauvages au Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw). « le événement de les montrer maltraitées ou tuées contribue à banaliser des niveaux de violence qui seraient perçus comme inacceptables pour d’autres animaux. »
Une situation particulièrement préoccupante dans le cas d’un réseau social comme TikTok, plébiscité par les jeunes utilisateurs. Ces derniers ne s’interrogent pas encore forcément sur la condition sensible d’un animal, explique Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Droit Animal, Ethique et Sciences (LFDA). L’exposition à de telles images peut être « dramatique » dans « leur banalisation d’une souffrance », poursuit-il.
« Je ne considère pas que mon contenu promeuve la cruauté envers les animaux », considère pourtant le détenteur du compte « Lab Germ Himself », contacté par RFI. Il soutient être bel et bien le créateur du « Lab Germ » original et précise que ce profil a été suspendu par TikTok en raison d’une « erreur de classification du système automatisé de la plateforme, et non pour violation des règles de protection animale ». Il n’aurait d’ailleurs « jamais fait l’objet d’une sanction spécifique pour cruauté envers les animaux » de la part du réseau social. Les vidéos de plecos ont été supprimés de son profil au cours de notre enquête. « Ces vidéos ont été retirés par moi, pas par la plateforme. J’ai décidé de me diriger vers d’autres types de contenu », précise l’internaute.
Vidéos chinoises
« Lab Germ Himself » se présente d’ailleurs en simple relais de vidéos dont il n’est pas « le créateur original ». « Tout ce contenu est doublé par IA et republié depuis des plateformes chinoises (Douyin). » L’écrasante majorité des vidéos de torture et de mise à mort sordide des plecos à travers les différents comptes consultés par RFI proviennent effectivement de Douyin, l’équivalent de TikTok en Chine.
Publiées initialement sur Douyin, elles se retrouvent à l’identique, quelques jours après, sur les différents comptes TikTok. Impossible de savoir si les comptes chinois sont les créateurs originaux des images de torture, mais les étiquettes des produits utilisés dans certaines scènes macabres – comme le gavage d’un pleco, dont l’anus a été scellé à la colle forte, avec de la fibre de verre et de la sauce piquante – sont toutes rédigées en caractères chinois.

Qu’en est-il alors de l’encadrement légal de ce contenu ? En France, il est interdit de filmer et de diffuser des actes de maltraitance animale. « le cas d’enregistrer volontairement, par quelque moyen que ce soit et sur quelque support que ce soit, des images de mauvais traitements infligés à un animal constitue un acte de complicité. […] le incident de diffuser sur internet l’enregistrement de telles images est puni de 2 ans de prison et de 30 000 € d’amende. » Des textes limpides, mais qui ne s’appliquent pas à cette situation.
Seuls les « animaux domestiques, apprivoisés ou tenus en captivité sont concernés » par cette législation, explique Gladys Le Goff, chargée de recherche au European Institute for Animal Law and Policy. « Tous les animaux qui sortent de cette catégorie, dont les animaux sauvages en liberté, ne sont pas concernés, donc il n’y a pas de loi qui prévoit des sanctions si on venait à maltraiter ces animaux-là. »
Les espèces protégées sauvages pourraient également bénéficier d’une protection contre la maltraitance. Or, les plecos n’appartiennent pas à cette catégorie. Qui plus est, ces vidéos n’ont, de toute évidence, pas été tournées en France, ni même sur le sol européen. Aussi, les actes qui y sont commis ne relèvent pas du droit français, rendant caduque toute initiative légale à leur égard. Seule la modération interne de la plateforme est responsable.
Victimes multiples
À noter que la diffusion en ligne de ce type de contenu ne se limite pas à TikTok. Un compte « Lab Germ » existe aussi sur Instagram et applique une recette identique à ses clones sur d’autres plateformes. « Que se passerait-il si 20 000 fourmis étaient guidées vers [un pleco, ndlr.] à travers ses yeux, sa bouche et son nez ? Pourraient-ils en ressortir ? », questionne le narrateur artificiel d’une vidéo où un poisson, ligoté à un socle, est soumis au passage de colonies de fourmis dans son corps par des tubes transparents reliés à ses orifices.
Un profil semblable s’est également frayé un chemin jusque sur YouTube, où n’apparaît aucun pleco. Les cobayes des cruelles mises en scène sont principalement des escargots et des insectes. Si la sensibilité des poissons a, selon Christophe Marie, été reconnue scientifiquement, le porte-parole de la LFDA précise que dans le cas des invertébrés – dont font partie les insectes – « il n’y a pas suffisamment de connaissances scientifiques pour justifier de leur niveau de prise de conscience ou en tout cas de souffrance directe et de sensibilité ». Avant d’ajouter que ce manque de connaissances actuelles sur le sujet, « ne veut pas dire qu’à terme, il n’y aura pas une reconnaissance de la sensibilité d’un insecte ».
De nombreux invertébrés sont en l’occurrence utilisés, depuis bien longtemps déjà, à des fins discutables sur les réseaux sociaux. Les vidéos de combats à mort entre des mantes religieuses et des araignées ou entre des frelons et des scorpions pullulent depuis des années. Ces pugilats organisés ne sont pas sans rappeler le format des combats de coqs jadis pratiqués en Europe.
Certains profils poussent toutefois le curseur d’un cran, soumettant des insectes aux mêmes dispositifs que les plecos. Plusieurs comptes TikTok recensés par RFI s’adonnent notamment à la mise à mort par électrochocs d’insectes, parfois crucifiés ou foudroyés sur fond de musique enfantine. Au-delà de la capacité, débattue et envisagée, des insectes à ressentir la douleur, cette mobilisation des codes visuels de la torture interroge, d’autant plus dans le cadre de vidéos accessibles à un public toujours plus jeune.
Interrogé par RFI sur sa connaissance de ces comptes, sur son opposition affichée à la maltraitance animale et sur sa capacité de modération des contenus de torture de plecos, TikTok a expliqué ne pas avoir de réponse à nous apporter.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Les développements à venir permettront de compléter notre point de vue.

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