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8 avril 2026Régime toujours en place, négociations sur le nucléaire, détroit d’Ormuz… L’Iran sort-il renforcé avec le cessez-le-feu?
Analyse : Notre rédaction met en lumière les points essentiels à retenir.
Notre équipe analyse l'article « Régime toujours en place, négociations sur le nucléaire, détroit d’Ormuz… L’Iran sort-il renforcé avec le cessez-le-feu? » pour en tirer les points essentiels.
À retenir
Après 40 jours de guerre et malgré les menaces américaines et israéliennes, le régime iranien est toujours debout. Son statut de puissance régionale est renforcé, et décrédibilise la puissance américaine sur la scène internationale.
Après l’accord de cessez-le-feu temporaire – et précaire – avec l’Iran, Donald Trump s’est targué d’une « victoire totale et complète ». Même son de cloche du côté de Téhéran. Le Conseil suprême de la sécurité d’Iran a estimé que son pays avait « remporté une grande victoire » et « l’ennemi subi une défaite indéniable, historique et écrasante ».
Or, « il n’y a pas de match nul », relève sur le plateau de BFMTV Jean-Paul Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air et ancien commandant suprême de l’Otan. Pour lui, il y a peu de place au doute: « l’Iran sort renforcé », et les États-Unis délégitimés.
Une heure et demie avant l’expiration de son ultimatum au régime iranien, et après avoir menacé d’éradiquer une « civilisation entière », explosant tous les préceptes du droit international, le président américain a accepté de suspendre les bombardements pendant au moins deux semaines contre l’Iran en échange d’une réouverture du détroit d’Ormuz.
Ce cessez-le-feu temporaire, accepté par Israël, ouvre la voie à des pourparlers qui se dérouleront à partir de vendredi entre Téhéran et Washington au Pakistan. Avec pour base de négociations « une proposition en dix points » émise par le régime iranien. « le situation que Trump accepte de négocier sur la base des conditions iraniennes, c’est pour moi un aveu d’échec de sa part malgré ce qu’il en dit », note auprès de BFM Azadeh Kian, spécialiste franco-iranienne de l’Iran et professeure de sociologie politique à l’université de Paris-Cité. « Ça montre qu’il est en position de faiblesse, qu’il est sous pression dans son pays. »
« Les États-Unis se sont rendu compte qu’ils ont été lancé par Israël dans une opération qu’ils ne maîtrisent pas. Une opération qui a abouti à une crise mondiale », abonde Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de l’Iran, contacté par BFM.
Une guerre qui a profité aux Gardiens de la révolution
Lors du lancement de l’opération « Fureur épique » le 28 février dernier, Donald Trump s’était présenté comme le sauveur de la population iranienne, réprimée dans le sang lors d’un important mouvement de contestation. Parmi ses objectifs de guerre, quoique flous et changeants, figuraient le renversement du régime iranien – rapidement abandonné face à sa complexité -, la destruction des capacités iraniennes de missiles, l’affaiblissement des alliés de Téhéran dans la région ou encore l’élimination du programme nucléaire iranien. Malgré les dires de l’administration Trump, aucun de ces objectifs n’a été rempli, selon les observateurs.
Après 40 jours de guerre, et près de 1.700 morts civils en Iran, le régime est toujours en place. Les dizaines d’assassinats de hauts dirigeants, dont le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei, n’ont pas fait vaciller la République islamique, construite pour perdurer en cas de choc. Pour chaque poste de haut rang, des remplaçants prêts à prendre la suite sont établis. Si le régime n’a pas été affaibli, il a toutefois évolué.
« Je pense que cette guerre a profité à l’institution militaire. Les Gardiens de la révolution (l’armée idéologique du régime, NDLR) ont pris une place encore plus importante qu’auparavant. Ils dominent totalement la politique interne », observe la spécialiste Azadeh Kian. « Le régime des mollahs, lui, n’existe plus ».
Le géographe Bernard Houcarde note quant à lui qu’au-delà de « l’aspect islamique » qu’il « faut remettre à sa place », « l’État iranien fonctionne aussi toujours ». « Le président Pezeshkian est toujours là et fait fonctionner la machine. Même si les militaires sont les plus puissants – normal en temps de guerre – le pouvoir modéré est par ailleurs toujours en place », assure-t-il.
La place grandissante prise par les Pasdarans (nom abrégé du corps des Gardiens de la révolution, NDLR) au sein du régime fait craindre une féroce poursuite de la répression de la population iranienne, coupée d’internet, et des opposants politiques. Depuis la mi-mars, au moins 14 prisonniers politiques ont été exécutés, dont des jeunes adultes arrêtés lors des manifestations de janvier contre le pouvoir, après des procès jugés « iniques » par Amnesty international. Le régime iranien utilise la peine de mort comme outil d’intimidation, et vise notamment à dissuader tout soulèvement.
Les Gardiens de la révolution et les bassidjis – une milice au cœur de l’appareil coercitif du régime – ont mis en place de multiples postes de contrôle dans les villes du pays, épaulés par des patrouilles. Des Iraniens font état de fouilles musclées des véhicules et des téléphones portables.
S’ajoute à la répression, les conditions économiques désastreuses auxquelles sont confrontés les Iraniens. Cette guerre ne fait qu’empirer le marasme économique dans lequel se trouvait déjà le pays. « Il y a un chômage massif, couplé à la cherté de la vie », nous indique l’experte Azadeh Kian.
La population pâtit également des destructions causées par les frappes israélo-américaines, sur des bâtiments administratifs ou universitaires, des hôpitaux, des ponts, des installations pétrolières et gazières… « Les dégâts pour les Iraniens sont considérables », constate le directeur de recherche émérite au CNRS, Bernard Hourcade.
Une position renforcée dans la région
Si la République islamique a été touchée, elle n’est pas tombée. Cette guerre de 40 jours a même permis à l’Iran de se renforcer sur la scène régionale. Téhéran a prouvé ses capacités de riposte face aux attaques des deux armées parmi les plus puissantes du monde. Notamment auprès de ses voisins du Golfe persique.
« La République islamique a fait peur à ses voisins avec sa dissuasion conventionnelle qui a très bien fonctionné, les missiles balistiques soutenus par des drones », explicite l’ancien chef d’état-major de l’armée de l’air, Jean-Paul Paloméros. « Qui aura le courage et la volonté demain de s’en prendre à l’Iran? »
Au lendemain de ce cessez-le-feu, déjà marqué par des violations, Téhéran est doté d’une carte maîtresse dans son jeu: le détroit d’Ormuz. Ce détroit par lequel transite en temps de paix 20% du brut mondial était avant la guerre régie par le droit international. Désormais, l’Iran, qui a restreint l’accès pendant le conflit, veut en maintenir le contrôle. Les Gardiens de la révolution comptent préserver leur « péage » imposé aux navires.
« Jusqu’à maintenant, il n’y avait aucun problème avec le détroit d’Ormuz, la guerre a créé un problème, qui dépasse largement le problème conjoncturel du prix du pétrole », déplore le spécialiste de l’Iran, Bernard Hourcade. L’administration Trump se félicite de la réouverture négociée du détroit d’Ormuz, or, c’est sa guerre qui a provoqué son blocage, l’Iran l’ayant utilisé comme moyen de dissuasion.
Outre « le maintien du contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz », le plan en 10 points proposé par l’Iran pour parvenir à la fin de la guerre exige « l’acceptation de l’enrichissement, la levée de toutes les sanctions primaires et secondaires », selon un communiqué publié par la République islamique.
Mais également le retrait des forces américaines du Moyen-Orient, la fin des attaques contre l’Iran et ses alliés, la libération des avoirs iraniens gelés et une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU rendant l’accord contraignant. Autant de points jugés irréalisables par Washington par le passé, mais qui sont désormais vus comme « une base viable » par Donald Trump.
La demande relative à l’enrichissement d’uranium ne figurait pas dans la version en anglais de la déclaration de Téhéran partagée par l’ONU, mais elle faisait partie de la version en persan diffusée par les médias d’État iraniens. La question de l’uranium iranien, par laquelle le président américain a justifié sa guerre, est particulièrement sensible.
Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a averti l’Iran que s’il ne cédait pas son uranium, les États-Unis étaient prêts à s’en emparer. Les puissances occidentales et Israël accusent depuis longtemps l’Iran de chercher à acquérir l’arme nucléaire, une accusation toujours démentie par Téhéran.
À noter que la question du nucléaire était au cœur des négociations entre l’Iran et les États-Unis les semaines qui ont précédé la guerre. Un accord de principe avait même été trouvé, « il ne restait que des problèmes techniques à résoudre », rappelle Bernard Hourcade. « L’Iran avait accepté de diluer ses stocks d’uranium enrichis, notamment ceux enrichis à 60%, sous contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique. » « Sur le nucléaire, Téhéran semble encore prêt à négocier », observe Azadeh Kian.
« Une partie d’échecs » dans laquelle l’Iran « a la main »
Les négociations pour un accord de paix durable risquent toutefois de buter sur un autre point: le Liban. Si les Israéliens ont accepté la trêve avec l’Iran – à contrecœur – ils continuent leur « bataille » contre le Hezbollah, mouvement armé pro-iranien dans le sud du pays. Rien que ce mercredi 8 avril, les frappes israéliennes ont fait en un seul jour plus de 100 morts et des centaines de blessés, faisant grimper le bilan des plus de 1.500 morts depuis le 28 février.
« N’oublions pas que même si les Américains respectent le cessez-le-feu, il suffit que les Israéliens tirent un missile vers l’Iran ou qu’ils bombardent encore pour que ça reparte », prévient la professeure Azadeh Kian. Les Gardiens de la révolution ont dit garder le « doigt sur la gâchette ». Ils ne font confiance ni aux Américains ni aux Israéliens. « L’ennemi a toujours été trompeur, nous n’avons aucune confiance en ses promesses, et nous répondrons à toute agression à un niveau supérieur », ont-ils ajouté.
‘ancien commandant suprême de l’Otan, Jean-Paul Paloméros, « on se situe dans une partie d’échecs » dans laquelle le régime iranien, « s’il a peut-être perdu des pièces majeures, a la main ». « Que ce soit l’Iran qui impose ses conditions à la première puissance mondiale pose questions », abonde le chercheur Bernard Hourcade qui constate un « vrai déclin américain ». Pour lui, cette guerre a « remis en cause tous les équilibres régionaux et mondiaux ».
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Notre équipe restera attentive aux prochains développements.

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