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10 avril 2026«Vous pouvez être sorti de la cage pour être frappé»: le Français Julien Février raconte sa détention au Venezuela
Analyse : Notre rédaction partage quelques éléments clés à retenir.
Nos rédacteurs considèrent que « «Vous pouvez être sorti de la cage pour être frappé»: le Français Julien Février raconte sa détention au Venezuela » est un article à suivre.
Points importants
Il était le dernier Européen détenu arbitrairement au Venezuela. Le Français Julien Février a été libéré lundi 6 avril. De retour en France, il raconte ses quinze mois passés dans l’enfer de la prison d’El Rodeo 1.
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« Je n’arrive pas à réaliser que je suis vivant et que je suis ici, en France. » Julien Février a la voix qui s’étrangle en entamant son récit. Trois jours plus tôt, il était encore entre les mains du renseignement vénézuélien. Il était alors le dernier Européen détenu arbitrairement par le régime de Delcy Rodriguez. « Un otage », dit-il. Remis à l’ambassade de France à Caracas lundi 6 avril, il a atterri à Paris deux jours plus tard via Madrid. C’est donc là, dans le jardin d’un hôtel de l’aéroport d’Orly, qu’il raconte les circonstances de son arrestation, le simulacre de procès qu’il a subi et les tortures infligées en prison.
Lorsqu’il est arrêté en janvier 2025 en pleine rue à Caracas, cela fait des années que Julien Février bourlingue. Il raconte avoir d’abord vécu en Ukraine où il s’est marié, avant de divorcer. Il a ensuite séjourné en Équateur, puis en Colombie. Le Venezuela, il y est allé une première fois en 2023. Il a tellement aimé qu’il y retourne l’année suivante.
Mais depuis la réélection contestée de Nicolas Maduro le 28 juillet 2024, la répression s’est durcie. Déjà fréquentes par le passé, les détentions arbitraires se multiplient. Tout comme les arrestations d’étrangers, utilisés comme monnaie d’échange. « N’importe quel étranger qui se trouve là peut se faire embarquer par des militaires cagoulés. Cela se passe dans la rue, dans les restaurants, de jour comme de nuit… Il n’y a pas de limites », se souvient Julien Février.
« On se dit que c’est fini, qu’ils vont nous exécuter »
Le Toulousain de 35 ans reste malgré tout et est arrêté à son tour. « Des policiers se sont approchés de moi comme pour un simple contrôle de papiers et, là, il était déjà trop tard. Je me suis fait kidnapper. » Julien Février passe d’abord un mois dans les locaux du renseignement militaire. Menotté, la tête recouverte d’un capuchon, il est aussi plusieurs fois passé à tabac. Jusqu’au jour où il est embarqué avec d’autres vers un lieu inconnu.
Ce jour-là, le convoi s’arrête en pleine campagne. « Au bout d’une demi-heure, on vous descend du véhicule et on vous fait vous mettre face à un mur. Vous avez deux mètres d’intervalle et là, on entend le bruit du chargement des armes. Et on se dit que c’est fini, quoi, ils vont nous exécuter. Et en réalité, cinq minutes plus tard, c’est là que vous entrez dans cette prison de haute sécurité qui s’appelle Rodeo 1. »
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L’endroit, situé dans l’État de Miranda, à l’est de Caracas, est géré depuis 2024 par la Direction générale de contre-espionnage militaire. Il est considéré par l’ONG spécialisée Foro Penal comme le pire des 160 sites pénitentiaires du pays. « Tout est fait pour qu’on ne nous retrouve pas, témoigne Julien Février. À notre arrivée, on se voit attribuer un faux prénom et un faux nom. Et toutes les semaines, on nous change de cellule pour ne pas qu’on sache qui est qui, qui est là pour quoi… » Il y a là une centaine d’étrangers. Parmi eux, le Franco-Chilien Camilo Castro.
Un procès expéditif
Julien Février est enfermé dans une cellule de deux mètres cinquante sur deux mètres. « Une cage, corrige-t-il. Et vous êtes à deux par cage. » Une cage sans matelas et un simple trou pour se laver et faire ses besoins. Un soir, quinze jours après son arrivée, il est conduit avec des dizaines d’autres dans une salle de la prison. « Un monsieur se présente comme étant le juge, un autre comme le procureur. Il s’assied, lit son papier et nous voilà accusés de terrorisme, financement de terrorisme, conspiration, association de malfaiteurs et trahison à la patrie. Soixante personnes qui ne se connaissent pas et qui se retrouvent là, accusées de la même chose. Le juge et le procureur se sont levés et ils sont partis. Ça a duré dix minutes maximum. »
À Rodeo 1, raconte-t-il, les journées commencent à 5h du matin par un réveil « dans des conditions assez rudes ». Elles se poursuivent souvent ponctuées de coups et d’insultes. « Vous pouvez être sorti de la cage pour être frappé, menotté pendant plusieurs jours, complètement nu, soit au sol, soit suspendu. » C’est aussi de la musique « évangélique » diffusée à plein volume pendant des heures. Les premiers mois, on lui sert une nourriture infecte. Son tempérament rebelle lui vaut d’être surnommé « Napoléon » et d’être à sept reprises conduit « au quatrième étage », celui des tortures. « Mais ma seule manière de tenir, c’était de me battre », confie-t-il.
« Complètement perdu »
Julien Février pense être libéré une première fois en novembre, en même temps que Camilo Castro, puis une seconde deux mois plus tard avec les derniers Européens. Il ne le sera finalement que le 6 avril. « Ils m’ont déposé à 12h à l’ambassade de France. Comme ça, sans papiers, sans rien, comme si rien ne s’était passé. » À son arrivée à Paris, alors que son frère l’attend à l’intérieur de l’aéroport avec des agents du Quai d’Orsay, il est arrêté par la police aux frontières et placé plusieurs heures en garde à vue, en lien avec une ancienne condamnation. « C’en est trop, dit-il. Ce traitement que je reçois de la part de la France… Je suis profondément blessé. » Il est finalement relâché dans la nuit.
Aujourd’hui, le trentenaire avoue être « complètement perdu ». « Pouvoir me regarder dans un miroir, être en sécurité, pouvoir manger normalement, ça me fait très bizarre ». Il attend de l’État français un accompagnement médical et pourquoi pas une aide financière. « Parce que là, ma mère va pouvoir m’accueillir chez elle. Mais sinon, je serais à la rue. »
Source : www.rfi.fr
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