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10 avril 2026Les visages du peintre Henry Taylor au musée Picasso de Paris, portraits d’une autre Amérique – franceinfo
Analyse : Cette nouvelle a été étudiée par nos journalistes pour une synthèse rapide.
Les journalistes partagent leur point de vue sur « Les visages du peintre Henry Taylor au musée Picasso de Paris, portraits d’une autre Amérique – franceinfo ».
Points essentiels de l’article
Encore méconnu en France, cet artiste américain de 68 ans est l’un des maîtres de la représentation des personnes noires aux États-Unis. Ses œuvres, éminemment politiques, ont déjà intégré de grandes collections d’art contemporain. Morceaux choisis de cette rétrospective éblouissante.
Jusqu’au 6 septembre 2026, une centaine de toiles aux dimensions parfois spectaculaires s’égaille sur deux étages et treize salles du musée Picasso, situé dans un bel hôtel particulier parisien. S’y ajoutent quelques sculptures et une installation étonnante composée d’une forêt de manches en bois surmontés de bidons et autres objets hétéroclites baptisée par l’artiste It’s like a jungle [C’est comme une jungle].
Henry Taylor a, nous dit-on, activement participé à la conception du parcours d’exposition. Né en 1958 en Californie, installé à Los Angeles, il est considéré comme l’un des plus grands artistes américains contemporains. Taylor peint essentiellement des portraits, d’une touche franche et directe. Il compose ses tableaux figuratifs et expressifs avec de grands aplats de couleurs vives, utilisant parfois les coulures pour jouer avec les textures.
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La situation des Afro-Américains dans son pays, qu’ils soient de parfaits inconnus ou des stars du sport, de la musique ou de l’engagement pour les droits civiques, constitue la colonne vertébrale de son travail. Henry Taylor emploie de multiples supports et mélange souvent les matériaux à même ses toiles. Les morceaux de cartons et les emballages en plastique intégrés dans ses compositions font inévitablement penser à la révolution cubiste initiée par Picasso et Georges Braque au début du XXe siècle. Le maître espagnol fut le premier à insérer en 1912 dans un collage resté célèbre un morceau de toile cirée et une corde. Comme lui, Henry Taylor réinterprète dans son œuvre des figures et des motifs entrés dans l’histoire de la peinture moderne et dialogue avec la tradition picturale. Un beau nu et un déjeuner sur l’herbe revisité (Forest fever ain’t nothing like, « Jungle fever » en 2023) en témoignent.
Autre clin d’œil, plus explicite encore, au cœur de l’exposition avec la grande toile From Congo to the Capital, and black again, une version revisitée des Demoiselles d’Avignon réalisée en 2007. « Cette œuvre a été l’un des points de départ de l’exposition, explique Joanne Snrech, commissaire de l’exposition avec Cécile Debray, présidente du musée Picasso. Taylor admire sa capacité à constamment se réinventer, sa façon de considérer la peinture comme un espace de liberté très radical« . Le Californien a utilisé une caisse de transport pour support et substitué aux cinq femmes blanches et anguleuses de Picasso cinq femmes noires plus incarnées. « Au centre, vous reconnaissez peut-être un portrait de Joséphine Baker, suggère Joanne Snrech. En creux, Taylor souligne, il me semble, la manière dont les corps, notamment les corps noirs, ont été fétichisés dans l’histoire de l’art occidental« . Sur la gauche du tableau, un homme blanc dont on ne voit que le bras, portant une grosse montre au poignet, tient l’une de ces femme par la hanche. « Le peintre souligne sans doute aussi un déséquilibre de richesse et de pouvoir« , analyse-t-elle.
Henry Taylor ne cesse d’explorer, à travers son travail, les questions sociales et politiques touchant les personnes afro-américaines aux USA. Au début de sa carrière, dans les années 1990, il poursuit des études d’art en Californie tout en travaillant dans un hôpital psychiatrique à Camarillo. Sa peinture montre déjà qu’il porte une attention profonde aux personnes qu’il rencontre, notamment aux patients de l’établissement. Il ne cherche pas à réaliser des portraits ressemblants, préférant dessiner des silhouettes et des visages aux contours bien définis.
Les couleurs vives et contrastées de ses compositions accrochent l’œil. Screaming Head [Tête Hurlante], tableau percutant, représente un homme qui se prend la tête entre les mains, les coudes appuyés sur ses cuisses, apparemment accablé. Sa tête est remplacée par une bouche ouverte dans un grand cri. Sa douleur semble à la fois physique et psychique. Bleu, jaune, blanc, rose, vert, noir : la palette est réduite mais la force expressive du tableau impressionnante.
Le musicien et styliste Pharrell Williams fut parmi les premiers, le 7 avril 2026, à découvrir l’exposition parisienne. Il a pu admirer le petit portrait sur papier d’un autre artiste, Jay-Z (I Am a man, 2017) dans la section consacrée aux icônes. Henry Taylor a en effet constitué son propre panthéon. Il réunit des figures du sport, de la lutte pour les droits civiques et de l’histoire américaine. Jackie Robinson, premier joueur Noir-Américain à avoir intégré une grande équipe de baseball en 1947 côtoie Martin Luther King. Sur un tableau vertical monumental, loin des images guindées de cérémonies officielles, le pasteur joue au ballon avec quatre enfants dans un décor verdoyant.
Henri Taylor se décrit comme « un chasseur-cueilleur » d’images. Sur deux hautes toiles verticales, il représente des anonymes, habitants ces marges de la société américaine qu’il aime observer. Dans The 4th, acrylique sur toile de 2012, une femme prépare un barbecue pour le 4 juillet, jour de la fête nationale aux États-Unis. Derrière elle se dessinent les hauts murs d’une prison. « Ces éléments disparates viennent produire du sens pour le spectateur« , explicite Joanne Snrech, conservatrice du patrimoine. Ce décalage suggère que la fête nationale ne résonne pas de la même manière pour tous les Américains. Peut-on réellement fêter la liberté quand certaines populations restent exclues des promesses fondamentales de la Déclaration d’indépendance, semble s’interroger l’artiste.
Dans la dernière salle d’exposition, une œuvre forte, exposée au Whitney Museum of American Art de New York en 2017, marque selon Joanne Snrech « un moment de bascule dans la carrière de l’artiste« . La toile fait référence au meurtre en 2016 de Philando Castile, un homme noir de 32 ans tué dans sa voiture par un policier qui affirmera s’être senti menacé et sera acquitté. « Une histoire parmi tant d’autres de violences policières racistes aux États-Unis« , résume tristement la commissaire. La compagne de la victime, qui se trouvait dans le véhicule avec une fillette, avait filmé toute la scène. Taylor a vu ces images qui ont beaucoup circulé et en a tiré « une œuvre très radicale d’un indication de vue plastique« , avec de grands aplats de couleur. « On est vraiment entre la figuration et l’abstraction, détaille la commissaire, avec des morceaux de peinture pure et en même temps, une narration très présente et très violente qui ancre la toile dans l’histoire des États-Unis« . L’œil ouvert de Philando Castile sur cette toile cristallise l’horreur du crime.
Un autre tableau, dans la même salle, rend hommage à Sean Bell, un jeune homme de 23 ans, père de deux enfants, tué en 2006 à la sortie d’une discothèque. Trois policiers avaient été impliqués dans sa mort et là encore innocentés. « Il n’y a pas de discours politique, de projet militant qui préexiste aux compositions que l’artiste réalise, explique Joanne Snrech. Il montre des choses qui le touchent que ce soit des images ou des histoires ». C’est un ressenti de l’ordre de l’intime et non un engagement politique marqué qui guide ses choix. Cette dernière salle n’est d’ailleurs pas un mémorial. Elle abrite un tableau emblématique et touchant : Gettin it Done, peint en 2016. Un homme assis dans la rue se fait tresser les cheveux. Les deux figures se détachent sur un fond jaune vif [voir photo en tête de cet article]. Henry Taylor transforme un petit moment et un geste du quotidien en image monumentale comme pour mieux souligner la force et la dignité de leurs vies ordinaires.
« Henry Taylor – Where thoughts provoke« , du 8 avril au 6 septembre 2026 au musée Picasso-Paris, tous les jours de 9h30 à 18h excepté le lundi et le 1er mai, plein tarif à 16€, tarif réduit à 12€.
Une expérience de réalité virtuelle, « Les métamorphoses de Guernica » est proposée aux mêmes dates dans l’auditorium du musée.
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Un suivi attentif permettra de compléter notre point de vue.

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