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11 avril 2026Analyse : Notre équipe propose une synthèse rapide de cette actualité.
Selon nos experts, « Sur TikTok et Instagram, ces faux profils IA utilisent l’extrême droite comme appât » mérite une attention particulière.
Ce qu'il faut retenir
Depuis quelques mois, des comptes sur les réseaux sociaux mettent en scène des jeunes femmes affichant fièrement leur patriotisme et leur soutien à différents mouvements d’extrême droite. Ces vidéos sont en réalité toutes générées par intelligence artificielle et servent de vitrines pour rediriger des internautes vers des contenus pornographiques payants.
Devenue célèbre ces derniers mois, une certaine Jessica Foster n’était pas passée inaperçue sur les réseaux sociaux. La jeune femme blonde, visiblement membre de l’armée américaine, publiait des clichés avec ses collègues militaires, mais se montrait également à la Maison Blanche, bien souvent en présence de Donald Trump.
Situations peu crédibles, incohérences d’uniformes… Les éléments contradictoires s’accumulant, il a finalement été établi que Jessica n’avait rien de réel. Il s’agissait d’un avatar créé par intelligence artificielle, avec pour objectif de rediriger ses abonnés vers du contenu pornographique, artificiel lui aussi, sur la plateforme OnlyFans. Si certains de ces comptes, sur Instagram et X, ont rapidement accumulé un grand nombre d’abonnés, la plupart semblent depuis avoir été supprimés.
L’histoire ne s’arrête pourtant pas là. Jessica Foster a laissé dans son sillage une myriade de comptes similaires qui, eux aussi, mobilisent les codes de la droite, voire de l’extrême droite pour fidéliser leur audience. La recette reste la même : servir de vitrine à contenu pornographique artificiel.
Policières et camionneuses trumpistes
Un profil Instagram très semblable à celui de Jessica Foster, dont les premières publications remontent à septembre 2025, présente une jeune policière blonde, photographiée tantôt en uniforme, tantôt en lingerie. Les clichés sur son compte comportent nombre de signes distinctifs de génération par intelligence artificielle, ce qui n’a pas empêché « Piper » d’accumuler plus de 400 000 abonnés. Cette plateforme sert en réalité à promouvoir un compte « OnlyFans », où sont hébergées photos et vidéos pornographiques de la jeune policière immatérielle.
À cet égard, rien ne la différenciait, au départ, des autres profils de femmes policières sexualisées créées par IA dont l’existence avait déjà été relevée en janvier 2026. Seulement, au fur et à mesure des publications de Piper, apparaissent des messages de soutien à la politique de Donald Trump. « La population immigrée en Amérique a diminué de 2 145 000 pendant les dix premiers mois de Trump. Est-ce la raison pour laquelle vous avez voté ? Moi, oui », expose-t-elle dans une vidéo. Quelques semaines plus tard, ses abonnés la voient poser fièrement aux côtés du président des États-Unis dans le bureau ovale.
Sur TikTok, un autre profil, dont les premières publications remontent à janvier 2026, met cette fois en scène une camionneuse de 21 ans, adepte de chapeaux de cow-boys et de football américain. Avatar numérique, « Allyia » promeut elle aussi un compte OnlyFans pornographique. Légèrement plus subtile que la policière Piper, elle dissémine çà et là des clins d’œil à destination des potentiels internautes conservateurs, voire supporters de la cause MAGA qui tomberaient sur sa page.
L’écrasante majorité de ses vidéos, tournées depuis l’intérieur de son camion recouvert de drapeaux américains, la montre arborant des t-shirts aux accents patriotiques, souvent à destination des « American dads ». Par moments, des affiches « anti-vegan » sont également habilement disposées dans le champ de l’objectif, souvent en arrière-plan. Si ces éléments ne suffisent évidemment pas, à eux seuls, à supposer d’une référence au trumpisme, Allyia apparaît sur plusieurs publications avec des peluches à l’effigie de Donald Trump, souvent placées entre ses cuisses. Autant d’indices concordants qui servent à créer un narratif, à donner corps à ces personnalités factices.
« Être une patriote de droite dérange tant que ça ? »
Des E-girls virtuelles ont déjà été plusieurs fois utilisées pour promouvoir des idées d’extrême droite. À l’approche des élections législatives allemandes en février 2025, le compte Larissa Wagner sur Instagram faisait par exemple la promotion de la remigration, un thème cher à l’AfD, le parti d’extrême droite dirigé par Alice Weidel.
Cette fois, il semblerait pourtant que les codes conservateurs et nationalistes mobilisés par ces comptes soient un moyen d’arriver à leurs fins. Aucun élément tangible ne permet de prêter à ces profils des intentions ouvertement politiques. Ils multiplient les références, plus ou moins subtiles, à la droite et à l’extrême droite pour attirer des internautes dans leurs filets.
« Fan de Bardella » revendiquée, une jeune tiktokeuse blonde assure avoir 21 ans et vivre à Lyon. La majorité de son contenu sur la plateforme, truffé d’allusions sexuelles, assume un côté patriotique et témoigne même d’une proximité avec l’extrême droite. De nouveau, toutes les vidéos sont réalisées avec l’IA. Elle assure « voter extrêmement à droite » et revendique être « chrétienne », « de droite » et « hétéro ».
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À travers ses publications sur les différents réseaux sociaux sur lesquels elle apparaît, elle s’affiche aux côtés de différents membres du Rassemblement national, sur des clichés eux aussi retouchés artificiellement. Un selfie vidéo avec Jordan Bardella dans une gare ou encore une photo prise avec Marine Le Pen et Marion Maréchal lors d’un meeting du RN alimentent ces profils TikTok et Threads.
Des codes repris par plusieurs comptes que RFI a pu répertorier. Certains, comme celui-ci, renvoient généralement à des comptes Instagram invitant les internautes à leur envoyer des messages personnels ou à rejoindre des canaux Telegram privés sur lesquels nos comptes n’ont, pour l’heure, pas été acceptés. D’autres servent en revanche explicitement de vitrine à des contenus sexuels.
Pornographie et « opportunisme »
Sur le modèle des comptes américains, des profils francophones renvoient explicitement vers des plateformes comme OnlyFans ou Mym sur lesquelles se trouvent des images pornographiques payantes. De nouveau, des clins d’œil, plus ou moins appuyés, à des chevaux de bataille politiques propres aux partis conservateurs français se succèdent. Certaines influenceuses virtuelles publient par exemple des montages photographiques où elles apparaissent voilées puis en petite tenue. « Je pensais faire bien mais j’étais juste perdue… », peut-on lire dans la description de la vidéo, sous-entendant que leur période voilée était une errance. L’une de ces personnalités virtuelles se montre également grimée en policière, contrôlant Jordan Bardella sur le bord de la route, ou critiquant La France insoumise (LFI) devant trois femmes voilées.
Difficile de savoir qui se cache réellement derrière ces profils. Ce type de sophistication n’est d’ailleurs « pas à la portée du premier venu », estime Damien Liccia, docteur en Sciences de l’information et spécialiste dans l’analyse des données issues des réseaux sociaux et du web. Aucun des comptes contactés par RFI ne nous avait transmis de réponse à la date de publication de cet article.
« Aujourd’hui, avec les intelligences artificielles, on peut quasiment tout faire, mais être en capacité de garder un personnage créé par une IA sur le long cours, cela demande quand même une certaine habileté technique. Ça donne à penser que la personne derrière le compte Jessica Foster a parfaitement pensé à sa stratégie », poursuit Damien Liccia. Une stratégie « au long cours » copiée par les autres comptes qui déclinent le concept.
Le chercheur s’interroge quant à une potentielle utilisation de pratiques similaires à des fins idéologiques. « Ce serait une manière assez habile de financer la désinformation puisqu’à la fin, c’est gagnant-gagnant. D’un côté on crée d’immenses communautés et en plus on gagne de l’argent avec ces faux contenus », souligne-t-il. Une hypothèse à manier toutefois avec une extrême prudence, insiste-t-il, tant l’opacité autour de ces comptes est totale. À l’heure actuelle, le spécialiste y voit principalement de « l’opportunisme » et des « petits malins qui profitent d’une situation d’ambiguïté pour gagner de l’argent ». Et pour cause, mobiliser les codes du Rassemblement national sur TikTok, plateforme sur laquelle Jordan Bardella est le plus populaire, semble particulièrement pertinent.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Nous vous tiendrons au courant des prochaines évolutions importantes.

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